Le tourisme motorisé reconquiert l’Algérie
Le Sahara, destination idéale
Ralenti par l’affaire des touristes allemands et autrichiens enlevés en 2003, le tourisme saharien reprend de plus belle,
surtout en moto.
En témoigne la randonnée des motards montés sur des Harley Davidson effectuée au début de cet été (ils seront plus
nombreux en 2008), et celle achevée depuis quelques jours par une soixantaine de bikers dont plus de 45 de nationalités étrangères. Un pari difficile certes à réaliser mais qui nécessite une
totale coordination entre les différents services, à commencer par ceux chargés de la sécurité, les tour-opérateurs et les offices de tourisme. Les bikers qui ont quitté la capitale algérienne
depuis l’hôtel Mazafran, à Zéralda, se sont ébranlés à travers les routes nationales et les chemins de montagne à destination de Ghardaïa. Plusieurs haltes ont été effectuées pour des
photos-souvenir comme celle de la Chiffa, lieu paradisiaque réputé pour ses singes, ou sur la route vers Aïn Ouessara pour l’approvisionnement en carburant. En prenant la RN 1 vers Djelfa, on est
subjugué par l’étendue des plaines. Des travaux d’extension de cette route en deux fois deux voies sont en cours. « Regardez toutes ces parcelles de terre, vous pouvez construire non pas une
seule ville mais plusieurs à la fois et régler définitivement la crise du logement. Il faudrait que l’Etat fasse appel à des experts en construction pour endiguer le problème crucial du
logement », lance Lyès, le photographe d’El Watan. Arrivés dans une station d’essence sur la route menant à Djelfa, les motards sont envahis par un groupe d’adolescents qui leur posent
différentes questions. « Que faites-vous ici ? Où allez-vous ? » A l’intérieur du café situé à l’angle de cette station, un individu au teint kabyle nous sert une limonade.
« Vous êtes des journalistes. Vous savez que vous avez de la chance de voyager avec des motards étrangers, je connais pas mal de vos confrères avec qui j’ai étudié à Babez (université Houari
Boumediène de Bab Ezzouar) », avance-t-il. Ingénieur de son état, notre bonhomme exerce comme serveur dans un patelin presque désertique. A notre question de savoir par quel miracle il a
atterri dans ce lieu, sa réponse est plus que logique : « El Khobza mon frère (mon gagne-pain). » Nous quittons notre ami en lui souhaitant bonne chance, tout en prenant la route
vers Ghardaïa. Nous marquons une pause-déjeuner sur une route bien asphaltée dont la couleur sombre contraste avec la couleur éclatante des collines dénudées. Quelques bâtiments de couleur jaune
de deux étages font face au restaurant. Des badauds se regroupent de l’autre côté de la chaussée. Lyès, Riad et Mohamed « la pression », une équipe dynamique d’Allo OTA, se déplacent
vers les enfants, les bras truffés de tee-shirts et de casquettes blanc et rouge à l’effigie de l’opérateur de téléphonie mobile. Les mioches sont heureux de recevoir ces cadeaux. D’autres
accourent pour décrocher un tee-shirt. Il est utile de préciser qu’Allo OTA a sponsorisé ce raid en compagnie de sept de ses distributeurs officiels : Isicom, Mobi One, Ring, Nomadic, Moon
Mobile, Novaphone et Sarl wmpi), en compagnie de Glob Trans, Universal Transit France, la Safex, la Fédération algérienne des sports mécaniques, le ministère du Tourisme et Red Bull. Pour ce
dernier cité, il faut dire que les Red Bullettes et leurs véhicules confectionnés à l’effigie de la marque de boisson énergétique étaient elles aussi de la partie. Amina, Lamia, Sihem, Meriem et
leurs deux collègues Aniss et Rabie ont véritablement animé le raid. Ils distribuaient des cannettes aux bikers lors de chaque halte, exténués qu’ils étaient aussi bien par le long trajet que par
la chaleur du désert. Arrivés dans la soirée sous bonne escorte de la gendarmerie et de la police, l’armada à deux roues, accompagnée par un nombre impressionnant de véhicules, a été prise en
charge par l’agence de voyages M’zab Tours. Son directeur, Boughali Toufik, a déployé toutes ses qualités pour accueillir tout ce beau monde dans sa merveilleuse palmeraie de Beni Izguen. Un
dîner traditionnel a été servi dans des salles traditionnelles, où la h’rira le disputait au couscous local servi dans des écuelles en bois. Les Hollandais, les Belges et le couple argentin n’en
revenaient pas du paysage féerique et de l’accueil réservé à la délégation. « L’accueil des gens était chaleureux, le paysage est magnifique et même les routes étaient excellentes »,
déclarent Guillermo et Martinez d’Argentine. Accompagné de Mercedes, le couple, vivant à Genève (Suisse), a participé à différents raids aux USA, au Canada, en Amérique latine et en Europe. Il
tient à remercier les services de sécurité pour leur assistance quasi permanente. « L’escorte nous a facilité le travail », tiennent à préciser nos interlocuteurs. Seul bémol,
ajoutent-ils, les services de l’hôtellerie à améliorer et à exploiter davantage dans plusieurs villes du Sud. Cette nuit-là, une troupe folklorique égayait la soirée de ses chants et danses
traditionnels, créant ainsi une ambiance conviviale. Les étrangers ne se gênaient guère pour se lancer dans l’ambiance et danser dans les palmeraies. Le lendemain, les bikers se sont réveillés
tôt le matin pour immortaliser les photos du lever du soleil. Un soleil entre le sommet d’une dune, les palmiers et les roches de sable. Un paysage féerique. Les motards ne se gêneront guère pour
filmer et photographier même sur les toits des habitations traditionnelles.
Ghardaïa, perle des oasis
La vallée du M’zab est la région qui a inspiré plus d’un poète et attiré plus d’un touriste. Jadis, lorsque les
touristes occidentaux se comptaient par centaines de milliers, Ghar de Daïa (traduire par là Grotte de Daïa), aujourd’hui Ghardaïa, était le point de chute par excellence des touristes européens
et nord-américains. On continue à aimer cette oasis de paix en ce sens que les hôtels de la ville affichent complet. Les civilisations ancestrales de la vallée font d’elle une zone touristique
par excellence. Sa situation géographique et son développement économique et culturel lui confèrent des atouts certains. Son patrimoine culturel est immense et original. Ghardaïa, porte du désert
et perle des oasis, est considérée comme l’une des plus importantes régions touristiques en Algérie, plus particulièrement au Sud. La wilaya jouit d’atouts considérables qui font d’elle un lieu
de perdition pour les touristes, les ethnologues, les architectes, les chercheurs et les historiens. Les Mozabites sont un peuple amazigh avec ses propres traditions, croyances, rites et mode de
vie. Ils sont reconnaissables à leurs tenues traditionnelles, le saroual loubia (pantalon large) et la chéchia (toque). Ghardaïa est construite dans le même style et selon la même architecture
que les quatre autres villages mozabites les plus importants de la vallée du M’zab. Sa disposition a dû s’adapter au profil des collines rocailleuses de la région. Un style architectural unique
en son genre, avec les commerces, la grande place du marché à la criée et des ruelles formant un véritable labyrinthe et la mosquée au sommet de la colline. Ghardaïa, qui est l’un des sites
touristiques les plus prisés en Algérie, attire non seulement par ses dunes de sable, ses oasis et son architecture unique, mais aussi et surtout par son artisanat. Les tapis mozabites sont très
connus, ainsi que d’autres produits textiles tels que les burnous, les tenues traditionnelles pour les enfants et les souvenirs. Les autres produits artisanaux, tels que le cuir, le cuivre ou les
peintures sur sable ont valu à la vallée du M’zab la réputation d’être l’un des plus importants centres d’artisanat en Algérie. « Nos produits sont copiés et vendus en tant que produits
locaux par nos voisins tunisiens aux touristes qui en raffolent », affirme un commerçant du marché de cette ville. Les touristes ont envahi ce lieu de commerce afin d’acquérir quelques
objets souvenir. Des photos-souvenir ont été immortalisées avec des Mozabites. La richesse de son artisanat, de ses coutumes et chants traditionnels ont favorisé El Oued, une région attractive
qui dispose d’un patrimoine riche et varié sites naturels, chott, lacs, « sebkhate », souks, villages traditionnels, mosquées centenaires, faune et flore typiquement sahariennes, une
gastronomie purement locale et son climat qui ont fait de cette région une destination touristique incontestable. Ce que nous voulons vous faire découvrir, en somme, c’est toute la splendeur de
ses paysages en hiver, au printemps et même en été, ses couchers de soleil, ses mosquées, ses palmeraies, ses maisons, ses lacs, sa faune et son architecture fortement adaptée au climat du
Sahara. Une halte à Ouargla dans une pompe à essence et nous voilà partis en direction d’El Oued, la ville aux mille coupoles. Cette ville se distingue par ses immenses étendues de dunes de sable
pouvant atteindre jusqu’à 100 m de haut et par ses routes à l’asphalte bien entretenu.
El Oued, la ville aux mille coupoles
El Oued dispose de grandes potentialités touristiques, à travers tout son territoire allant des sites naturels aux
sites archéologiques très diversifiés. Aujourd’hui, pour découvrir le vrai visage du Souf, c’est en dehors de la ville d’El Oued que l’on est subjugué par les couleurs, les tons, les paysages et
les dunes de sable enserrant de petites palmeraies. C’est également dans les jardins « Ghitane », non loin de la ville, que l’on retrouve le silence et la sérénité du Sahara. Comme on
la retrouve dans les vieilles citées de Ouglana et de Tamerna dans la région de Oued Righ. Le Souf est spécifique de par son architecture en voûtes et en coupoles, il constitue une ville
originale qui a impressionné des visiteurs venus du monde entier. Les toits des maisons sont faits de voûtes et de coupoles qui donnent une valeur esthétique à l’architecture et répondent
parfaitement aux conditions climatiques et d’isolation. Après une nuit de sommeil, les bikers ont pris la route vers la sortie de la ville, à une trentaine de kilomètres. Des dunes d’une extrême
beauté assaillent votre regard. C’est le moment de prendre des photos et profiter du sable doré d’El Oued. La délégation a pris la route vers Biskra, puis a goûté à un plat traditionnel
typiquement biskri (chakhchoukha biskria), à l’hôtel Les Ziban. Après une pause-déjeuner, les motards s’enfoncent en direction de Skikda. Un passage obligé par Menbâa El Ghozlane (Source des
gazelles), indispensable pour l’achat de dattes, puis vers la route sinueuse d’El Kantara. Dommage que les bikers n’ont pas visité les grottes de Gouffi. Peut-être l’année prochaine. Arrivés à
Constantine en fin d’après-midi, les motards se sont ébranlés sur la route montagneuse et extrêmement zigzagante menant vers Skikda. Une voie dangereuse qu’il faudrait prendre avec des pincettes
d’autant plus que l’éclairage public
fait défaut sur pratiquement le trois quarts du trajet. Dans son discours de fin de parcours
prononcé à l’hôtel Salam de la ville, Hubert Auriol, le patron du Raidalgérie 2007, a précisé que cette première expérience est une réussite même si quelques imperfections restent à améliorer. Il
précisera que le pari de visiter le Sahara algérien a été tenu et qu’un autre raid est prévu pour l’année prochaine. « Nous avons voulu par ce raid donner une autre image de l’Algérie et je
pense que ceux qui se sont retirés à la dernière minute pour des raisons sécuritaires ont eu tort », a certifié notre interlocuteur. Grand bravo également aux autorités locales des villes de
Ghardaïa, d’El Oued ainsi qu’aux services de sécurité (police et Gendarmerie nationale) et la Protection civile.
Source El Watan
Le Pèlerin
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