Réunion ministérielle de l’OMC à Genève
L’UE propose d’abaisser de 60% ses droits de douane sur les produits agricoles…
Une fois les hostilités finies, les choses sérieuses commencent à Genève entre les pays du Nord et ceux du Sud. La réunion ministérielle convoquée par l’OMC a débuté, hier, en présence de 50 ministres de 35 pays. Elle est l’ultime «chance» pour les deux parties de conclure et de boucler sept années de négociations commerciales à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Mais avant cette rencontre marathonienne qui se déroulera au siège de l’organisation, presque tout a été dit, sauf surprises. Etant donné que les pays du Sud réclament clairement une baisse des subventions aux agriculteurs des pays riches et que les pays du Nord exigent, en échange, une ouverture accrue des marchés des pays émergents pour leurs produits industriels. Les rencontres informelles qui ont eu lieu avant le début des travaux ont mis au grand jour le différend et l’écart qui existent entre les deux parties. Hier, l’Europe, contrairement à toute attente, sort des ses bagages la surprise «spectaculaire». Mais celle-là est conditionnée. Le Vieux Continent est prêt à abaisser ses droits de douane sur les produits agricoles de 60% en moyenne, contre 54% déjà annoncés. Cette intention émane du porte parole du commissaire européen au Commerce Peter Mandelson. «L’UE est d’accord pour abaisser la moyenne de nos droits de douane [sur les produits agricoles, ndlr] à 60% contre 54%», a déclaré Peter Power, selon l’AFP, citant des propos tenus plus tôt par M. Mandelson à des journalistes, à la sortie d’une salle de réunion à Genève.
Selon le même responsable, cette offre est «une avancée tout à fait considérable, une amélioration substantielle, qui devrait donner une impulsion importante aux discussions à Genève cette semaine». La condition : «un nombre limité de pays en développement doit accepter des baisses de droits de douane» pour les produits industriels et elles «doivent être réelles» et «permettre un nouvel accès à leurs marchés en pratique». «C’est la base politique», selon l’UE.
Certes, c’est une offre qui permettrait «une avancée», néanmoins, si l’on se fie aux déclarations du négociateur brésilien Roberto Azevedo, «il ne s’agit pas d’une concession mais de la conséquence des négociations». «Ce chiffre est une conséquence de différents chiffres sur lesquels les négociateurs se sont déjà mis d’accord», a-t-il commenté.
«S’ils proposent de couper, c’est qu’ils ont de la place pour le faire», a relevé un autre membre de la délégation brésilienne. Même si le geste européen est, pour Pascal Lamy, le directeur de l’OMC, «un pas fondamental pour conclure le cycle de Doha cette année», les Etats-Unis continuent d’alimenter les divergences. «La contribution la plus importante doit venir de la libéralisation du marché plutôt que du côté des subventions» agricoles, pense la représentante américaine au Commerce, Susan Schwab.
«Nous savons que nous avons un rôle de leader à jouer dans ce cycle, et nous sommes prêts à apporter notre contribution sur les soutiens les plus nocifs aux échanges», affirme-t-elle. De l’autre côté de l’Atlantique, le ton est le même. M. Mandelson suggère ainsi qu’«un nombre limité de pays en développement doivent accepter des baisses de droits de douane» pour les produits industriels, et ces baisses «doivent être réelles» et «permettre un nouvel accès à leurs marchés en pratique», a insisté le commissaire européen au Commerce. Ce dernier pense d’ailleurs qu’«un résultat équilibré du cycle de Doha peut apporter une forte poussée pour stimuler la croissance économique, amener de meilleures perspectives pour le développement et assurer un système commercial stable et plus prévisible». Considérant que les «152 Etats membres sont à deux doigts d’une étape fondamentale pour conclure le cycle de Doha cette année», M. Mandelson relèvera au même titre qu’il n’y a «pas de stimulus plus fort à notre action que les menaces auxquelles fait face l’économie mondiale sur plusieurs fronts, y compris la hausse des prix alimentaires et des prix de l’énergie et les turbulences sur les marchés financiers». De leur côté, les pays africains représentés par l’Egypte ont souligné l’importance des négociations pour faire face à la hausse aiguë des prix des biens alimentaires.
«Si les pays riches échouent dans leur responsabilité à appliquer l’équilibre et la sensibilité face à la vulnérabilité des pays en développement, ce n’est pas seulement le système mondial du commerce qui est en danger», a regretté le ministre égyptien du Commerce Rachid Mohamed Rachid. «Nous mettons alors en danger la sécurité et la stabilité mondiales», a-t-il averti. Soulignons que cette conférence se concentrera principalement sur l’agriculture, le secteur de la fabrication, des services, les règlements du commerce et le droit de la propriété intellectuelle. Les négociations -entamées à Doha en 2001-, qui auraient déjà dû être conclues fin 2004, peinent à sortir d’un affrontement Nord-Sud centré sur l’agriculture.
Source La Tribune
Le Pèlerin
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