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Hommage à Aragon, Poète français
Aragon, ton Elsa...
Souriant, Aragon, sur la plupart des photos qui le montrent en compagnie. Et même s'il ne sourit pas, quelque chose de lumineux,
d'inspiré, émane de son visage.
Image de sa poésie.
Frère et sœur
?
Automne 1908. Deux femmes viennent de conduire à l'école, pour la rentrée des classes, un enfant de onze ans. Vous les avez
vues : toutes deux ont embrassé
cet enfant qu'elles appellent Louis. Vous avez aussi compris que la plus jeune des femmes est sa sœur. En effet, une jeune mère lui a demandé : Comment va votre petit frère aujourd'hui ? L'autre
femme, entre deux âges, doit être
sa mère. En effet, le petit Louis l'a quittée en lui disant Au revoir maman ! Tout est clair, il n'y a rien là qui puisse fournir des indications sur l'identité de cet enfant sans histoire ! Eh bien
détrompez-vous ! Voici maintenant
qu'arrivé, 12, rue Saint-Pierre, à Neuilly - le domicile des deux femmes, elles viennent d'y entrer - un homme portant
beau, quasiment septuagénaire, et
qui a l'air d'un préfet de police.
Louis Andrieux
D'ailleurs, c'est le préfet de
police de Paris - ou plutôt l'ancien. Il est entré dans la maison - la porte n'étant pas fermée, vous
aussi, vous êtes entré. Et là,
stupeur : le vieux monsieur que vous aviez peut-être pris pour le mari de la dame entre deux âges, se dirige vers la jeune femme, la prend dans ses bras, lui donne un baiser de mari, et disparaît avec
elle dans une chambre ! Vous
voulez savoir... Eh bien, cet homme s'appelle Louis Andrieux. Il a été lié à Gambetta ; son passé politique est important. En
1896, il a rencontré une jeune
fille dont il est tombé amoureux fou : Marguerite Toucas. Elle avait vingt-trois ans ; lui, cinquante-sept. L'année suivante, leur fils est né.
Nous te coupons tes vivres !
Louis Andrieux, installé dans la
vie, avec femme, enfants et honneurs, a décidé que le nom de famille de ce fils de l'amour commencerait par un A, comme Andrieux, et que ce serait Aragon, une
province d'Espagne où il avait été
en poste. Il a décidé aussi que sa mère se ferait passer pour sa sœur, alors que sa grand-mère se déclarerait sa mère ! Ce
qu'elles ont fait. Jusqu'en 1917,
lorsque Louis, qui a bien grandi, est parti à la guerre. Elles lui ont tout dit. Louis est parti pour les tranchées. Il a bien
failli en mourir : envoyé au front, à Couvrelles, il est enseveli trois fois sous
la terre projetée par des obus.
Mais il est revenu, Louis. Il a terminé ses études de médecine. Et puis il a décidé de tout abandonner pour devenir poète ! Non, a dit sa famille : nous te coupons les vivres
!
Aragon en œuvres
1926 Le Paysan de Paris - Promenade et méditation lyrique dans un Paris qui se
transforme.
1933 Les Cloches de
Baie - Au début du siècle, la jeune Catherine défend les droits de la femme.
1936 Les Beaux Quartiers - Edmond et Armand Barbentane dans le Paris de 1913.
1941 Le Crève-cœur
- poèmes.
1942 Les Yeux d'Eisa - poèmes.
1945 Aurélien -
L'amour contrarié entre Bérénice, mariée, et Aurélien.
1958 La Semaine sainte - L'aventure de Théodore pendant les Cent jours.
1959 Elsa - Poèmes
1963 Le Fou d'Eisa - poèmes.
1965 La Mise à
mort.
La femme de sa Vie
Aragon est
secouru par Breton. Les deux hommes se sont connus en 1917. Ils ont jeté les bases du
surréalisme en 1919, publié leurs premières œuvres, lutté contre le
mouvement dada, tenté de faire évoluer leur mouvement vers la révolution totale.
Mais, en 1930, Aragon déclare que le surréalisme n'est qu'une forme
d'idéalisme bourgeois ! Ces
mots sont ceux du militant communiste qu'est devenu Aragon. Ce communisme se double d'un lien sentimental avec l'URSS : il a rencontré la femme de sa vie, une
admiratrice aux yeux magnifiques, Eisa Kagan, séparée de son mari, l'officier français André Triolet - elle signera ses œuvres
(Rosés à crédit, par exemple, roman publié en 1959) Eisa
Triolet. Eisa Kagan est la sœur de Lili Brik, compagne du grand poète russe
Vladimir Maïakovski (1893-1930).
Aragon, Ferrat
Aragon fait
de nombreux voyages en URSS. Lorsque la guerre éclate en 1939,
il est
mobilisé, fait prisonnier. Il s'évade, devient un résistant actif, tout en continuant de publier
des recueils de poèmes, des romans. En 1959, paraît l'un des sommets de sa création poétique : Eisa - que vous devez absolument découvrir :
lisez surtout Les Yeux d'Eisa,
mesdames ; jamais vous ne lirez plus beau texte dédié à la femme aimée
- messieurs, vous pouvez toujours en apprendre certains passages par cœur, on ne sait jamais, ça peut servir... Écoutez aussi la magnifique mise en
musique des poèmes d'Aragon par le chanteur Jean Ferrât - le plus beau des mariages entre la musique et la poésie !
Les yeux
d'Elsa
Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pourboire
J'ai vu tous les soleils y venir se
mirer
S'y jeter à mourir tous les
désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire
l'ombre des oiseaux c'est l'océan
troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
Vête
taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés
Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsque une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la
pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa
brisure ...
J'ai retiré ce radium de la
pechblende
Et j'ai brûlé mes
doigts à ce feu défendu
Ô paradis
cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes
II advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs
enflammèrent
Moi je voyais briller
au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d’Elsa
Louis Aragon, Les Yeux d'Elsa, 1942
Que serais-je
sans toi
Que serais-je sans toi qui vins à ma
rencontre.
Que serais-je
sans toi qu’un cœur au bois
dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre.
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.
J’ai tout appris de toi
sur les choses humaines.
Et
j'ai vu désormais le
monde à ta façon.
J'ai
tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines.
Comme au passant qui
chante, on reprend sa chanson.
J'ai tout appris de toi jusqu'au sens du frisson.
J'ai tout appris de toi
pour ce qui me concerne.
Qu'il fait jour à midi qu'un ciel peut être
bleu
Que le bonheur n'est
pas un quinquet de taverne.
Tu m’as pris par
la main, dans cet enfer moderne
Où l'homme ne sait plus ce que c'est qu'être
deux
Tu m'as pris par la
main comme un amant heureux.
Qui parle de bonheur a
souvent les yeux tristes.
N'est-ce pas un sanglot que la déconvenue
Une corde brisée
aux doigts du guitariste
Et pourtant je vous dis que lé bonheur
existe.
Ailleurs que dans
le rêve, ailleurs que dans
les nues.
Terre, terre, voici ses rades inconnues
Louis Aragon, Que serais-je sans toi,
mis en musique par Jean
Ferrat (1964).
Source La littérature française
Le Pèlerin
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