Hérodote (484-406 av.
J.-C.) Le «père de l’Histoire»
Timgad
L’ingratitude de ses
concitoyens poussa Hérodote à s’exiler et il se mit à rédiger son Histoire qui lui demanda une douzaine d’années. La légende, rapportée par Thucydide (460-395 av. J.-C.), autre fameux historien
grec — auteur de la Guerre du Péloponnèse — affirme qu’il lut le commencement de cet ouvrage aux Grecs assemblés aux jeux Olympiques (456 av. J.-C.), et qu’il suscita un enthousiasme universel...
Il reçut des Athéniens en récompense une somme de 10 talents (monnaie locale réputée). A la fin de sa vie, il se retira à Thurium en Italie où il mourut à un âge avancé, vers -406.
L’œuvre d’Hérodote
L’Histoire d’Hérodote, écrite dans le dialecte ionien, se compose de 9 livres auxquels les Grecs dans leur admiration ont donné les noms des neuf muses (déesses des arts dans la mythologie
grecque).
Le sujet principal se rapporte aux guerres Médiques (490-479 av. J.-C.), contemporaines à Hérodote, et qui ont eu lieu entre les cités grecques et l’empire perse. Dans cette relation, il a inclu
l’histoire des Perses, des Mèdes, des Égyptiens et de plusieurs autres peuples. On considère Hérodote comme le plus véridique et le plus objectif des historiens anciens. Son style est élégant et
harmonieux, se rapprochant beaucoup de la poésie.
Des lettrés dans l’Antiquité comme Eschyle (dramaturge grec qui a vécu entre 526 et 456 av. J.-C.), des historiens, des philosophes et des géographes avaient ajouté des quantités d’informations à
celles que l’on possédait. Les reconnaissances hydrographiques des marins carthaginois, Himilcon et Hannon (VIe ou Ve siècle) sur les rivages occidentaux d’Europe et d’Afrique, font partie
également de cette période mais leurs résultats ne furent connus que plus tard. A l’époque de cet éminent voyageur, la géographie générale avait connu peu de progrès et ses notions géographiques
sont intimement liées à l’histoire, la scène de l’action quoiqu’elles soient souvent éparses dans ses livres.
Description de la Libye
(Afrique du Nord)
«La Libye (Afrique du Nord) suit immédiatement l’Egypte, et fait partie de la seconde péninsule, laquelle est étroite aux environs de l’Egypte. En effet, depuis cette mer-ci (la
Méditerranée) jusqu’à la mer Erythrée (mer Rouge ou golfe Arabique) il n’y a que cent mille orghyes qui font mille stades, mais, à partir de ce point, la péninsule devient spacieuse et prend le
nom de Libye.»
«J’admire d’autant plus ceux qui ont décrit la Libye, l’Asie et l’Europe, et qui en ont déterminé les bornes, qu’il y a beaucoup de différences entre ces trois parties de la Terre. Car, l’Europe
surpasse en longueur les deux autres mais il ne me paraît pas qu’elle puisse leur être comparée quant à la largeur. La Libye montre elle-même qu’elle est environnée de la mer, excepté du côté où
elle conflue à l’Asie. Nécos, roi d’Égypte, est le premier, que nous sachions, qui l’ait démontré. Lorsqu’il eut fait cesser de creuser le canal qui devait conduire les eaux du Nil au golfe
Arabique, il fit partir des Phéniciens sur des vaisseaux, avec ordre d’entrer, à leur retour, par les Colonnes d’Hercule dans la mer Septentrionale (la Méditerranée), et de revenir de cette
manière en Égypte... Ils racontèrent à leur arrivée qu’en faisant voile autour de la Libye, ils avaient eu le Soleil à leur droite. Ce fait ne me paraît nullement croyable, mais peut-être le
paraîtra-t-il à quelque autre. C’est ainsi que la Libye a été connue pour la première fois.»
Les idées générales d’Hérodote sur le monde connu alors se résument autour des connaissances suivantes concernant les trois parties de la Terre.
L’Europe selon Hérodote
Hérodote ne sait rien de certain sur l’extrémité occidentale du continent européenvers le nord, si ce n’est que l’étain et l’ambre viennent de là. Le bassin occidental de la Méditerranée ne
se lie qu’incidemment dans son récit à l’histoire des Phocéens (les habitants de Marseille), «les premiers chez les Grecs qui aient entrepris de longs voyages, et qui aient fait connaître la mer
Adriatique, la Tyrrhénie, l’Ibérie (l’Espagne) et Tartessus (le bassin du fleuve Guadalquivir, la Bétique)». Une exploration complète du bassin de l’Istres (le Danube) lui a permis non seulement
de décrire tous les affluents de ce fleuve, mais encore elle lui a fait connaître les Gaulois, les derniers peuples de l’Europe du côté du couchant, si l’on excepte, selon lui les habitants de
l’Algarves (Portugal).
La Gaule, pour lui, est un pays plat, abondant en pâturages, et coupé d’innombrables rivières.
Dans cette narration si développée, si animée des guerres médiques, il décrit avec un soin minutieux tous les objets remarquables, toutes les tribus. II est peu de relations aussi remplies
d’intérêt. Il parle également, mais avec moins de détails, de l’Illyrie et de l’Epire (Albanie), et des Venètes, dont la brillante Venise a perpétué le nom à travers les âges.
Grec et s’adressant à des Grecs, Hérodote en parle montrant combien il la connaissait.
Le continent asiatique
Hérodote considère que l’Arménie est une des limites du continent asiatique séparé de l’Europe par le grand fleuve de l’Amou-Daria tout au moins jusqu’à l’époque d’Alexandre le Grand (356-323 av.
J.-C.).
Sous Darius (mort en 486 ), l’empire perse, fondé par Cyrus le Grand qui a régné de 559 à 529 avant l’ère chrétienne, était à son apogée ; il embrassait presque toute l’Asie alors connue.
Hérodote a vécu cet état de grandeur et a donné un tableau détaillé de ce grand Etat. Certaines des contrées ont même été de sa part l’objet d’études particulières comme l’Assyrie, la Babylonie,
la Médie, l’Asie Mineure.
L’Arabie est, pour lui, l’un des derniers pays habités. Il ne possédait sur cette grande presqu’île que peu d’informations. Il affirme, en particulier : «C’est aussi le seul où l’on trouve
l’encens, la myrrhe, la cannelle, le cinnamome, le lédanone. Les Arabes recueillent toutes ces choses avec beaucoup de peine, excepté la myrrhe.»
Il considérait le golfe Arabique simplement comme un fleuve-golfe, une rivière qui entourait ces terres et liée au Nil qui, selon lui, séparait l’Asie de l’Afrique, délimitation qu’Hérodote
trouvait étrange mais qui persista longtemps encore après.
Retour sur l’Afrique
L’éminent historien grec a consacré tout un livre et une petite partie d’un autre à la description et à l’histoire de l’Egypte. Il en recueillit les détails pendant son long séjour dans ce pays à
la brillante civilisation millinaire. Le Nil captiva surtout son attention, et il examina une à une les diverses opinions émises sur l’origine de sa fameuse crue annuelle. Quant aux sources du
fleuve, il poussa les recherches aussi loin qu’il put, et parvint, enfin, à connaître son cours jusqu’à quatre mois de navigation au-dessus de l’Égypte «don du Nil». Ce grand et très long fleuve,
traversant l’Ethiopie, passait à Méroé sa capitale, puis en Egypte : on savait seulement que, plus loin, il coulait vers l’ouest. Mais Hérodote pensait que «le Nil vient de la Libye et la coupe
par le milieu, comme le Danube fait de l’Europe» le confondant avec un autre fleuve africain, le Niger. Ses notions sur la Libye intérieure indiquent une connaissance certaine. Il décrit une
route qui, de Thèbes (Égypte), passe par l’oasis d’Hammon (Siouah) pour arriver au pays des Garamantes (le Fezzan), puis jusqu’au pied de l’Atlas marocain.
Il écrit qu’entre cette longue ligne et la mer Méditerranée habitent les Libyens, qu’il divise en Libyens nomades (Berbères de l’est) et Libyens laboureurs (Berbères de l’ouest), dont la limite
respective est formée par le lac et le fleuve Triton (la grande lagune marécageuse de chott Melghir et le Djerid.
Des Libyens laboureurs, il ne paraît avoir eu qu’une connaissance générale ; mais il donne les noms de toutes leurs tribus nomades et leurs mœurs.
Tel est le monde d’Hérodote. Le cercle des connaissances positives a une grande étendue sur des milliers de kilomètres. C’est un grand progrès dû à ses seuls efforts, à son jugement clairvoyant
et à sa vaste intelligence. Il voyagea beaucoup, mais comme il ne pouvait tout voir, il était obligé de se mettre beaucoup à recueillir pour terminer son œuvre. La postérité l’a surnommé «le père
de l’Histoire» et il fut l’un des premiers aussi qui a compris l’influence puissante de la Terre sur la vie des sociétés humaines.
Source La Nouvelle République
Le Pèlerin
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