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Face à la crise mondiale, problématique de la dévaluation du dinar algérien


La stagflation signifie  hausse des prix, hausse du chômage et chute de  la production, c’est ce qui s’est passé avec la crise de 1929 ; la déflation signifie baisse des prix,  hausse du chômage et chute de  la production, c’est ce qu’on a assisté le dernier trimestre 2008.
Cette déflation est dramatique,  car signifiant baisse de la demande, qui se répercute sur  les  capacités productives et, donc, sur la croissance  future de l’économie mondiale. Aussi, une stagflation provisoire, prochaine, dûe  aux  importants investissements publics (USA-Europe-Chine,  notamment) pourrait amorcer une reprise de l’économie mondiale  fin 2010, courant 2011, sinon la crise risque de durer .
1.- Or, que se passe t-il face à ce phénomène actuel de déflation, qui devrait entraîner une  baisse des prix, tant des équipements, des consommations intermédiaires  (pour l’outil de production) ainsi que des produits finis en Algérie, des produits importés ?   Le dollar, qui était coté, officiellement, d’environ 60/63 dinars, est passé depuis le 15  décembre 2008  à 70/73 dinars et l’euro, qui était coté à 80 dinars, est passé au dessus de la barre de 100 dinars,  le marché parallèle ayant répercuté cette dévaluation. La baisse des prix au niveau mondial ayant été d’environ 20/25% (beaucoup plus, pour certains produits), la Banque centrale  d’Algérie a manipulé le taux de change, certainement pour éviter l’accroissement des importations : cependant nous assisterons, si l’on maintient le rythme de 2008 (38 milliards de dollars ) à la même valeur mais à une diminution en volume physique ce qui signifierait, du fait que la production locale est faible, à l’arrêt de certains chantiers programmés.
Ainsi, l’impact  de la dévaluation du dinar, par rapport à l’euro et au dollar, d’environ 20%du dinar, explique qu’il ne peut y avoir de répercussion positive de la baisse des prix en Europe/USA. Plus le prix final sera amplifié par les taxes douanières appliquées à la valeur entrée marchandises en dinars, plus les marges bénéficiaires des grossistes et détaillants.
Cette dévaluation pourrait s’expliquer pour l’euro, mais il y a un paradoxe pour le dollar, qui connaît une chute par rapport à l’euro, ce qui, d’ailleurs, accroît paradoxalement et artificiellement les recettes de Sonatrach, reconversion du dollar en dinars, car la fiscalité pétrolière est reconvertie sur le marché intérieur en dinars, diminuant, ainsi artificiellement, le déficit budgétaire, voilant  ainsi la mauvaise gestion.  Autre explication de ce dérapage par rapport au dollar, le dinar algérien est, corrélativement, fixé en grande partie  par le cours du  pétrole, lui même lié au dollar, cours du pétrole qui, précisons le, a remonté depuis le début janvier 2009 de quelques dollars non pas dû à l’initiative de l’OPEP, mais aux tensions géo-politiques (Moyen Orient, et conflit entre l’Ukraine et la Russie ). Mais, face à cette explication  une  question se pose : pourquoi, au moment où le cours du  baril a dépassé 100 dollars, n’y a t-il pas eu réévaluation du dinar ? Cela montre l’incohérence  de la politique du taux de change de la Banque centrale.
 2.-Dès lors, se pose cette question centrale : cette dévaluation peut–elle avoir un impact sur les exportations hors hydrocarbures. Depuis fin 1995, et à ce jour (après l’ajustement structurel du rééchelonnement de 1994) le dinar continue sa dévaluation. Si dans une économie de marché concurrentielle structurée, la dévaluation, doit en principe, dynamiser les exportations, force est de reconnaître  qu’en Algérie, qui souffre, non  pas  d’oisiveté des facteurs de production, mais de blocage structurel (qui implique l’approfondissement de la réforme globale, en panne, n’étant depuis 1986 ni dans une économie de marché ni dans une économie administrée - interminable transition du fait de rapports de forces contradictoires  qui se neutralisent au sommet de l’Etat, expliquant l’incohérence des politiques socio-économiques) les exportations hors hydrocarbures représentent, à peine, 2% du total et sur ces 2%, Donc la dévaluation, dans un pays déstructuré comme l’Algérie, où domine la sphère informelle marchande, qui représente plus de 40% de la masse monétaire en circulation, faute d’entreprises compétitives concurrentielles dans le cadre des valeurs internationales, n’a pas les mêmes impacts que dans les pays développés, où la politique keynésienne de relance de la demande globale (consommation plus investissement) à travers des déficits budgétaires ciblés peut relancer la croissance et les exportations. 50% proviennent des déchets ferreux et semi-ferreux. D’où, d’ailleurs, la non pertinence en cette période de crise de parler de stratégie industrielle au moment où nous assistons  à de nouvelles mutations  technologiques (voitures électriques, par exemple) du fait de l’ancienne culture, matérialiste, des années 1970 qui raisonne en termes d’offre, alors que c’est une  question de demande, le marché algérien étant fortement limité, d’où l’importance de l’intégration maghrébine. Car, cette dévaluation du dinar diminue, à la fois, l’ensemble des salaires reconvertis en dollars et euros et, surtout, risque, conjointement avec le manque de considération du fait d’une politique salariale  incohérente, donnant le primat aux emplois-rentes, de dévaloriser le savoir et, donc, d’accélérer  l’exode de cerveaux. En effet,   rien ne dit que des bas coûts salariaux, par rapport au marché mondial, attireront l’investissement, si les contraintes d’environnement (bureaucratie et corruption, système financier sclérosé, absence d’un marché foncier libre, un marché de travail et une main d’œuvre adaptée) ne sont pas levées.  C’est que les  piliers du développement du XXIe siècle reposent sur une bonne gouvernance, l’organisation, en réseaux, tant des institutions que des entreprises, et la valorisation du savoir.  Le paradoxe est que l’on risque  d’arriver au
gonflement du poste services de la balance des paiements (appel aux compétences étrangères, à des coûts faramineux) et de faire fuir le peu de compétences existantes, ce d’autant plus que le salaire réel, en termes de pouvoir d’achat, d’un professeur d’ université algérienne en fin de carrière (et cela s’applique, tant au corps enseignant, dans son ensemble, qu’à celui du secteur de la santé que des cadres de haut niveau) avec cette dévaluation par rapport à ses homologues tunisiens et marocains.
Dans ce cas, il est utopique,  et démagogique, de parler de retour  des compétences algériennes à l’étranger, qui sont attentifs au sort de leurs collègues au niveau local.

Source La Nouvelle République

Le Pèlerin
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