Algérie - Journal d'un président à
vie
Plus qu'un mois à tenir. Oui je sais,
ce n'est pas très loyal ce que je fais. Donner de l'argent à tout le monde et sortir le chéquier en période de précampagne alors que les autres candidats ne peuvent rien faire, tout juste
promettre de construire des logements et détruire les prisons. Ce n'est pas de la compétition honnête. Mais c'est comme ça, la vie est injuste et l'Algérie encore plus, ce n'est pas moi qui l'ai
inventée. Quel électeur peut résister à l'argent ? Aucun, je les connais, ils ne veulent rien d'autre que de l'argent, de l'argent et encore de l'argent.
Alors qu'on le sait, on peut vivre d'amour et
d'eau fraiche. Mais je ne sais pas pourquoi, je suis inquiet, anxieux, je ne dors pas très bien en ce moment. Je ne suis pas angoissé par ma réélection, il est clair qu'aucun candidat n'a les
moyens de me battre mais je suis inquiet du score. Oui, j'aime les gros scores sans appel, les chiffres indiscutables et l'unanimité. J'ai été élevé dedans, c'est comme ça. Je ne vais pas me
refaire à mon âge. Pourtant, normalement, je n'ai pas à m'inquiéter. Ma télévision fait du bombardement massif, Ouyahia est chargé de fouetter les électeurs, Zerhouni de les encadrer et Khelil de
les inonder de pétrole. Pourquoi m'en faire ? C'est qu'au fond, je n'ai aucune confiance dans les Algériens. Ils prennent l'argent, vous applaudissent, vous font de grands sourires et des tapes
amicales dans le dos pour se retourner contre vous au dernier moment. Et gardent l'argent bien sûr.
Et si je déclarais que tous ceux à qui j'ai donné
de l'argent doivent le rendre dans le cas d'un trop fort taux d'abstention ? Non, ça ne se fait pas, la presse va me tomber dessus, les gens vont réellement me détester et même Belkhadem risque
de trouver ça pas normal. Que faire, disait Lénine. Rien peut-être. Bains de foule, discours généreux et tranquillisants. Dans tous les cas, je peux annuler les élections, prétextant un problème
sécuritaire ou autre. Une espèce de coup d'état à l'envers, c'est le président qui annule une élection malgré qu'il l'ait gagnée. Du jamais vu. Avec ça je peux même prétendre au prix Nobel de
chimie, vu que j'ai raté celui de la paix. A cause du GSPC, qui refuse de se réconcilier avec lui-même. Je ne comprends pas. Pourquoi tuent-ils des gendarmes et des agents des forces de sécurité
? Au lieu de faire exploser des abstentionnistes et des syndicalistes ? Non, je plaisante, je suis contre toutes les formes de violence. Mais quand même, il y a quand même quelques journalistes à
qui je donnerais bien quelques leçons. Et si j'augmentais le salaire des donneurs de leçons?
Source TSA
Le Pèlerin
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