Algérie - Pourquoi
les électeurs algériens de France sont courtisés
Les moyens colossaux déployés pour s'assurer
d'un taux de participation honorable à l'élection présidentielle du 9 avril ne font pas reculer le spectre d'une abstention historique. Aussi ne dédaigne-t-on aucune poche électorale, si
peu importante soit-elle. En tout cas, l'électorat algérien résidant en France fait l'objet d'une attention particulière de la part du staff de campagne du président
candidat.
L'élection en France se
déroulant quelques jours avant la tenue du scrutin en Algérie et bénéficiant en général d'une bonne couverture médiatique, les stratèges de campagne pensent qu'un vote massif de la population
émigrée pourrait influer sur l'électorat au pays ou, tout au moins, permettre de faire passer la pilule d'un taux de participation gonflé artificiellement. Pour étayer leur thèse, ils évoquent
volontiers l'élection présidentielle de 1995.
A l'époque, la communauté algérienne installée à
l'étranger s'est fortement mobilisée et l'impact psychologique au pays a été certain, de sorte que le taux de participation a été l'un des plus élevés jamais enregistré en Algérie, malgré les
menaces du GIA et l'appel au boycott de plusieurs partis et personnalités politiques. Là où ces stratèges font une grossière erreur, c'est que les enjeux sont différents, ainsi que le
contexte.
En 1995, il s'agissait de sauver le pays en le dotant d'institutions légales et en faisant barrage à l'intégrisme armé qui avait juré sa perte. Les Algériens n'étaient pas dupes. Ils savaient
qu'en sauvant le pays, ils sauvaient concomitamment le régime. Mais ne fallait-il pas parer au plus pressé ?
En 2009, il s'agit de conforter le régime dans son omnipotence et, accessoirement, de remettre en selle ceux-là mêmes contre qui les Algériens se sont mobilisés en 1995. Les deux parties ne
dédaignent d'ailleurs pas une certaine forme de collaboration si l'on se fie au zèle de certains « repentis » au profit de la candidature du président à sa propre succession.
En 1995, l'Etat algérien était encore menacé de disparition sous les coups criminels de l'internationale intégriste et des pays qui la finançaient et l'encourageaient ; en 2009, cette menace est
écartée, on fait ami ami avec ces pays, et l'Algérie est en proie à un pourrissement de l'intérieur, où la corruption et le népotisme le disputent à l'enrichissement illicite et au goût du lucre
ostentatoirement et vulgairement exposés.
Demander, quatorze ans après, à un peuple de se remobiliser pour des objectifs aux antipodes de ses vœux, si ce n'est pas le mépriser, c'est du moins se méprendre sur sa capacité de discernement.
A plus forte raison quand il s'agit d'Algériens vivant en Europe, où le verbe n'est pas bâillonné et où les moyens de pression du régime sont limités.
Source TSA
Le Pèlerin
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