Après les promesses électorales, la réalité reprend le dessus
Devant une salle abritant son dernier meeting électoral et face à un public acquis à sa « volonté », Abdelaziz Bouteflika crie : « Antoum ahrar (vous êtes libres). » Une phrase clé de son vocable de campagne. Il s’adresse bien entendu aux électeurs, leur rappelant un droit « oublié », le droit de glisser le bulletin de vote dans une urne opaque. Cette liberté, dont le « candidat » parle, prend fin lorsque le « président » arrive. Elle est donc chronométrée : elle commence à l’ouverture des bureaux de vote et se termine à la proclamation de « sa » victoire ! Le peuple électeur n’a pas un droit de regard sur ce que fait l’« élu » de son mandat. Il n’a pas le droit de demander des comptes ni de « récupérer » le mandat en cas de dérive. Fini le vote, le citoyen est vite prié de ranger sa langue sauf pour acquiescer ou encenser la parole du maître.
M. Bouteflika a réussi en dix ans à renvoyer l’Algérie à la période
de glaciation politique en instaurant un « pluralisme unique ». Les Algériens ont perdu en l’espace d’une décennie la liberté retrouvée au lendemain des « jacqueries »
d’octobre 1988. Tour à tour, tous les espaces de la « libre » expression sont fermés. La télévision redevient une courroie de transmission de la voix officielle. Les chaînes de la Radio
nationale n’ont plus de place pour les voix dissonantes. Des amendements ont été introduits au code pénal en 2001 à même de pouvoir mettre en prison les journalistes usant encore de leur libre
ton hérité du « défunt » code de l’information. Les journalistes et les responsables de journaux indépendants, refusant de se résigner, se trouvent régulièrement au banc des accusés,
appelés à répondre des plaintes de responsables…
Les
libertés malmenées
Entre temps, les bénéficiaires de
la concorde civile en 1999, puis ceux de la réconciliation nationale en 2005 se pavanent librement dans les rues des villes ensanglantées par une décennie de terrorisme. La chasse aux libertés ne
se limite pas au domaine de la presse. Le royaume des interdits étend ses tentacules touchant à la vie privée des gens subissant une sorte de « police des mœurs », à l’image de ce qui
se pratique dans les monarchies du Golfe. Sur le plan politique, il n’est plus possible de créer une formation politique. Des partis nouvellement créés tels que El Wafa de Taleb El Ibrahim ont
essuyé un refus d’agrément. Ceux déjà agréés, et qui sont dans l’opposition, rencontrent des difficultés à organiser des activités, à véhiculer leur message et à faire connaître leurs programmes.
Pas de pluralisme syndical. L’unique organisation nationale reconnue officielle demeure l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA). Plusieurs syndicats autonomes ne sont pas reconnus.
Malgré leur représentativité démontrée à maintes reprises sur le terrain, ils sont interdits, leurs membres pourchassés, réprimés et même poursuivis en justice. Le mouvement associatif a été
transformé en un simple appendice du pouvoir, sur lequel il s’appuie lors de rendez-vous électoraux. Les villes algériennes sont fermées à toute manifestation politique, syndicale ou associative.
Cela depuis la marche historique de 2002 à Alger, conduite par le mouvement citoyen de Kabylie. Une marche réprimée dans le sang. L’état d’urgence, instauré en 1992, est toujours maintenu malgré
les incessantes affirmations officielles du retour à la paix et à la sécurité. Des livres, comme Le Village allemand de Boualem Sansal ou Le journal d’un homme libre de Mohamed Benchicou, ont été
censurés. Plusieurs titres de la presse étrangère, vendus en Algérie, subissent aussi la censure lorsqu’ils publient des articles critiques envers les gouvernants.
L’état
d’urgence toujours maintenu
Plusieurs personnes se
sont retrouvées devant les tribunaux, certaines pour « avoir porté atteinte » à la sacralité du mois de Ramadhan en refusant d’observer le jeûne. D’autres pour avoir osé épouser une
autre religion que l’Islam. Il est ainsi aisé de relever qu’au bout de dix ans sous le règne de Bouteflika, l’Algérie fait un bond en arrière en termes de libertés. Les rapports d’ONG nationales
et internationales ont été durant ces dernières années particulièrement accablantes sur ce sujet. Le dernier en date est celui du département d’Etat américain qui mettait l’Algérie sur une liste
noire. Ce rapport parlait notamment d’une régression en matière de respect des libertés religieuses, de centres de détention en piteux état, de pression sur les médias et d’intrusion politique
dans les mosquées. Le prochain quinquennat serait-il celui d’un grand retour à la pensée unique ?
Source El Watan
Le Pèlerin
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