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Les Algériens charmés par la grande parade
dans les rues d’Alger : Sons et lumières d’Afrique
Le noir fusionne avec le blanc, à Alger. Cela
ne donne pas de gris mais des couleurs. C’est la fête de la culture africaine plus que celle du panafricanisme, une idée qui a perdu de son brio. La deuxième édition du Festival culturel
panafricain (Panaf’ 2009) s’ouvre aujourd’hui à Alger. Alger, une ville qui a abrité le Festival panafricain en 1969, il y a quarante ans, et qui sera dédié à la mémoire de la chanteuse
sud-africaine Miryam Makéba, disparue en 2008. La philosophie du premier Panaf’, celui de 1969, organisé dans la fièvre des indépendances, a presque disparu. Le continent est aujourd’hui
débarrassé du colonialisme mais pas de ses séquelles. L’Afrique vit toujours les coups d’Etat, les régimes despotiques, la corruption, les conflits, le détournement des richesses... et les
ex-puissances coloniales n’ont jamais été aussi présentes.
Mais des artistes, des écrivains, bref des acteurs
culturels tentent de résister avec un esprit actuel. Certains vivent l’exil, d’autres sont interdits de parole dans leur pays, d’autres encore sont victimes de persécution et de mépris. Ils ne
seront pas tous à Alger pour le Panaf’ 2009 qui s’ouvre aujourd’hui, mais ceux qui y seront tenteront de raviver la flamme de l’espoir. Pas question de croire au fatalisme ou à l’idée stupide et
cruellement blanche que l’homme africain n’est pas « entré » dans l’Histoire.
L’Union africaine (UA), qui cherche toujours à s’adapter à
la modernité, a confié à l’Algérie l’organisation du deuxième Panaf’, placé sous le signe de « la renaissance ». Au sommet de Khartoum, en 2006, l’UA avait dépoussiéré, vingt ans après,
la charte de Port-Louis sur la culture. Cela a donné la charte de la renaissance africaine, inspirée de la Déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle de 2001 et du Manifeste
culturel panafricain d’Alger de 1969. Dans ce manifeste, il était proposé, entre autres, la création d’un institut panafricain du cinéma, des maisons d’édition et de distribution de livres, la
mise en place d’organismes pour « permettre l’insertion des arts africains dans l’industrie », etc. Rien de tout cela n’a été réalisé. Le cinéma africain est réduit à des actions
individuelles d’artistes de talent. « Le cinéma est aussi le prestige de l’Afrique. Le Panaf’ lui apporte son aide, réfléchit à sa condition et lui offre un superbe champ
d’expression », est-il écrit dans la brochure du Panaf’. Un panorama du cinéma africain est prévu à la salle Ibn Zeydoun de Riadh El Feth et un colloque sur le 7e art africain est programmé
les 10 et 11 juillet au même endroit. Peut-être que des idées vont émerger du naufrage pour cet art majeur et lui épargner le dédain que lui montrent, parfois avec méchanceté, les organisateurs
des grands festivals internationaux (Cannes, Berlin, Venise, Montréal, etc.).
Et peut-être qu’on va enfin parler autant de l’état
lamentable des salles de cinéma en Algérie, où l’on adore étaler « le prestige », qu’au Burkina Fasso ou au Mozambique. Le public aura à découvrir 13 courts métrages sous le thème
« L’Afrique vue par… », conçus par des grands noms du cinéma. En tout, 232 cinéastes seront à Alger. Cette présence devrait au moins être mise à profit pour « sortir » quelque
chose de concret. Idem pour la littérature avec les 11 participants aux résidences d’écriture et avec les conférenciers du symposium sur les littératures africaines prévu les 15 et 16 juillet à
la Bibliothèque nationale (qui reprend ses activités après des mois de sommeil, conséquence de l’éviction scandaleuse du romancier Amine Zaoui de sa direction). La réédition de 200 ouvrages
permettra probablement aux jeunes lecteurs de découvrir Big Balé du Congolais Achille Ngoye, Je voudrais redevenir bébé du Béninois Alexandre Gbado ou L’Anniversaire de l’Algérien Mouloud
Ferraoun. Même si toutes les maisons d’édition algériennes n’ont pas bénéficié équitablement de ce marché de la réédition, l’effort est à saluer. Surtout que les jeunes auteurs africains, si peu
connus dans leur continent, sont devenus des superstars en Amérique du Nord et en Asie. Autant dire aussi que la présence en Algérie de la littérature africaine ne doit pas être
conjoncturelle.
Aux espaces de la
Safex, les « pleins feux » sur la bande dessinée africaine ne doivent pas passer inaperçus avec la participation de 32 bédéistes venus de 19 pays qui vont animer des résidences et un
concours. Un tiers seulement des pays africains prend part au programme du théâtre. Seuls le Burkina Faso, le Cameroun, la Libye, le Togo et Madagascar ont envoyé des troupes indépendantes, les
autres pays sont présents avec leurs théâtres nationaux. Les représentations auront lieu à partir du 6 juillet au théâtre national Mahieddine Bachtarzi (TNA), à la salle El Mougar, à Tizi Ouzou,
Béjaïa, Oran, Mostaganem et Annaba. L’Algérie sera représentée par le TNA, les théâtres régionaux et par six troupes du Sud (Adrar, El Oued, Tamanrasset, Tindouf, Ouargla, Béchar). « Le
théâtre africain entre tradition et modernité » sera le thème d’un colloque programmé du 10 au 12 juillet au complexe Lâadi Flici. Au chapitre curiosités, Juillet au féminin se détache du
programme au TNA. Il s’agit, selon les organisateurs, de contes de grand-mère agencés en spectacles et montages poétiques accompagnés d’orchestre. Le Sahara, « berceau de l’humanité »,
sera l’un des principaux invités du Panaf’ 2009 avec une exposition, à la Safex, consacrée aux arts anciens qui va durer jusqu’au 7 août. « Les architectures de terre » seront également
mises en valeur au même endroit dans une autre exposition. Le public y découvrira les techniques anciennes de construction et la diversité des styles. Au palais de la culture Moufdi Zakaria, un
salon de l’artisanat d’art africain est prévu du 8 au 15 juillet.
Avec 5860 artistes, soit 60% des participants, la musique
et la danse se taillent la part du lion. Choréafrica sera, à partir du 10 juillet, au cœur du festival des danses contemporaines à l’Institut supérieur de formation aux métiers du cinéma, de
l’audiovisuel et des arts du spectacle (ISMAAS) de Bordj El Kiffan. Au menu, 18 compagnies venues de 16 pays. Sidi Bel Abbès et Tizi Ouzou vont accueillir les festivals de danses folkloriques et
populaires. Les troupes africaines animeront des spectacles à Oran, Mostaganem, Aïn Témouchent, Tlemcen, Saïda, Alger, Tipasa, Blida, Boumerdès et Annaba. A partir du 6 juillet, le Théâtre de
verdure d’Alger, qui retrouve son public après des mois de fermeture, accueillera le Festival international du diwan (gnawi) avec la présence, entre autres, de Gaâda Béchar et de Tom Diakité
Trio. A Annaba et à l’auditorium de la Radio, le festival international du jazz prendra le relais à partir du 15 juillet. Une conférence sur les origines africaines du jazz est programmée à la
salle Frantz Fanon le 17 juillet.
Le
Festival international de l’art pictural contemporain sera l’activité la plus longue puisqu’elle s’étalera du 5 juillet au 28 février 2010. Une biennale africaine d’arts plastiques est prévue à
la Safex à partir du 6 juillet et reste ouverte au public jusqu’au 3 septembre. Il en sera de même pour les expositions des designers africains sous le thème « Manières de vivre :
relecture » de la modernité dans l’art africain, de la photographie d’art à la Safex ainsi que de l’art africain au féminin au MaMa. Les arts visuels feront également l’objet de résidences à
l’Ecole supérieure des beaux-arts et à Dar Abdeltif. L’Afrique du Sud, le Sénégal, l’Egypte et le Cameroun déplaceront à Alger les plus grandes délégations. La Tunisie a attendu les derniers
jours pour communiquer la liste de ses participants, ce qui n’a pas manqué de causer des désagréments. « Ce n’est jamais fin prêt pour quelqu’un d’angoissé comme moi. Il manque toujours la
petite touche », nous a dit Khalida Toumi, ministre de la Culture, rencontrée en marge du colloque sur les anthropologues africains organisé le week-end dernier au complexe Lâadi Flici.
Abritant les plus grandes communautés d’origine africaine, le Brésil et les Etats-Unis seront présents à Alger. Ils se joindront aux 49 Etats, Algérie compris, membres de l’UA. Côté officiel,
Mohamed El Moctar, ministre malien de la Culture, a, dans une déclaration à l’APS, appelé à institutionnaliser le Panaf’ ; il a plaidé pour rééditer ce festival tous les deux ou trois ans.
Le guide libyen Mouammar El Kadhafi, président en exercice de l’UA, et le Gabonais Jean Ping, président de la Commission africaine, seront présents à la cérémonie officielle d’ouverture du
Panaf’, prévue ce soir, à la coupole Mohamed Boudiaf à Alger.
Source
El Watan Fayçal Métaoui
Le Pèlerin
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