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Les citoyens des régions fortement touchées par la tempête de neige galèrent pour survivre.
La misère de la semaine qui vient de s'écouler me rappelle le roman de Mouloud Feraoun
«Jours de Kabylie». La quête acharnée de la subsistance. Quelle déception de revivre ces jours à l'identique pour un pays qui a obtenu son indépendance il y a un demi siècle!.
Depuis une semaine, les citoyens des régions fortement touchées par la tempête de neige galèrent pour survivre. Sur les hauteurs où les neiges ont atteint les deux mètres, la vie est cruelle.
Manque de gaz butane, manque d'électricité, de produits alimentaires et même de médicaments et les moyens de transfert de malades vers les hôpitaux. Certains villages sont quasiment coupés du
monde. Dans ce chaos sibérien, L'Expression s'est introduit dans les villages, dans les chaînes devant les stations Naftal, dans les commerces, dans les mairies et même participé à des opérations
de déneigement effectuées par des villageois abandonnés. Un point à ne pas omettre de signaler: les partis politiques se sont rajoutés une couche de discrédit à quelques semaines seulement des
élections. La population est très remontée à cause de beaucoup de dysfonctionnements dans la gestion de cette situation inédite. Il y a toutefois des entreprises, à l'instar de Sonelgaz qui s'en
sortent, jusqu'à présent, avec un point d'honneur auprès des populations.
En fait, les populations ont commencé à s'inquiéter et à lancer des SOS dès le deuxième jour, mais, il a été constaté que les services concernés n'ont pris ces cris d'alarme à leur juste mesure
que plusieurs jours plus tard. Pour plusieurs régions, il était déjà trop tard. A travers toute la wilaya, les engins se sont révélés incapables de satisfaire tous les besoins des villageois. La
situation ne s'est pas améliorée malgré le recours au matériel des entreprises privées. A Ichariouen, situé sur la crête surplombant la côte tigzirtoise, les villageois se sont mobilisés dès le
premier jour. La neige qui a atteint 1 mètre d'épaisseur est venue à bout de leurs efforts. «C'est une catastrophe, on ne pourra jamais débarrasser autant de neige avec des pelles. Pour moi,
c'est la faillite. Les toits de mes poulaillers se sont effondrés et les poussins sont en train de mourir. Je ne peux pas regarder ce spectacle», se lamente un homme, la cinquantaine, éleveur de
son état, épuisé par le travail à la pelle. En effet, il y a deux jours, on nous a informés que les neiges ont été enlevées par les engins de l'Armée, mais les pertes de ces villageois
agriculteurs et éleveurs sont considérables. Le spectacle est le même à travers tous les villages. Habiter loin des chefs-lieux signifie sans ambigüité que les villageois doivent se prendre en
charge sans attendre l'arrivée des moyens de l'Etat. «Nous avons l'habitude. On n'a jamais senti qu'on appartenait à ce pays. Vous avez bien vu, vous les journalistes, la rapidité avec laquelle
sont arrivées les forces antiémeute pour tuer nos jeunes alors qu'aujourd'hui il faut les attendre une éternité». Ce sont les propos amers d'un jeune rencontré en bas du village d'Aït Yahia près
de Aïn El Hammam.
Des chaînes interminables à Oued Aïssi
Sur les hauteurs de la commune de Makouda, les populations ont galéré pour ouvrir autant que possible
les voies. A Attouche et Tala Bouzrou, la colère des citoyens a fini par éclater. «Si je le vois, je le brûle dans sa cheminée. Lui, il se réchauffe avec ses enfants alors que moi, je n'ai même
pas une voie pour emmener mon enfant à l'hôpital», fulmine un citoyen en colère. Le spectacle est chaotique au siège de la commune de Makouda. Les populations ont incendié le siège de la mairie
et le maire n'a dû son salut qu'à des citoyens qui l'ont fait fuir. Il passera toute la nuit au siège de la commune de Boudjima pour échapper à la vindicte populaire. «Ah bon? à Makouda, tout va
bien?. Alors moi, j'habite la planète Mars», fulmine un autre citoyen rencontré devant le siège de la mairie tout en feu. Les citoyens reprochaient en fait au maire son intervention à la Radio
nationale où il affirmait qu'à Makouda, tout allait pour le mieux. En fait, la population a largement contribué par le recours à la solidarité dans cette situation. Les villageois ont même
répondu aux appels de Sonelgaz. Dans beaucoup de villages, ce sont des jeunes volontaires qui ont ouvert les voies vers les lieux où les lignes électriques ont été endommagées. Leur travail a
largement contribué à sauver l'image de cette société auprès des populations. «Nous sommes avec les agents de Sonelgaz depuis ce matin. Nous leur avons ouvert tous les chemins pour effectuer les
réparations» affirme un jeune à Boudjima, rencontré aux environs de 23h, sous les flocons de neige qui tombaient encore après six jours.
Sous un ciel qui mitraille de grêle des citoyens debout sur la neige, la livraison est très lente. «Je suis ici depuis hier à 10h. Je crois que c'est le bout de la chaîne», assure un jeune devant
sa camionnette. Il était à ce moment-là, 2h du matin. Le froid était glacial à Oued Aïssi. «Il ne reste plus aucune bombonne de gaz à la maison. Mes enfants meurent de froid. J'ai commis la faute
de me réchauffer à l'électricité. Et le courant est coupé depuis la première nuit de neige», affirme encore un autre dans la chaîne. Cependant, malgré les heures d'attente, les citoyens ne
manifestent aucune animosité envers les travailleurs de la société: «Heureusement, je constate que ce sont des jeunes très éduqués et gentils. Ils ont beaucoup de patience». «C'est notre devoir
de servir du maximum qu'on peut les citoyens. C'est une situation difficile et seule la sagesse peut nous être utile», répond un jeune agent de Naftal aux propos émis par un villageois. Sous des
flocons de neige qui volent tels des papillons, nous avons continué notre périple jusqu'à l'usine Naftal de Fréha. Là aussi la chaîne s'étend sur plusieurs kilomètres. «On nous assure qu'on sera
servis mais il faut patienter. Et on patiente comme vous voyez.»
Les éternelles
nuits d'angoisse
Moi, j'attends ici pour approvisionner tout le village. Je ne
sais pas si j'aurais toute la quantité» affirme un jeune venu de Béjaïa. Nous nous sommes enquis des conditions de sécurité dans la chaîne. «Au début, il y a avait des problèmes mais maintenant
ça s'est amélioré avec le renforcement du dispositif sécuritaire», nous a assuré un autre jeune dans l'attente de quelques bombonnes. Le spectacle est pareil devant tous les dépôts de vente. La
pression sur le gaz butane est aggravée surtout par les coupures d'électricité.
«Je vous assure que je ne dors plus la nuit. Je redoute qu'un de mes enfants ne tombe malade. Les routes sont toutes coupées. Aucun moyen de l'acheminer vers un centre de santé». Les propos sont
ceux d'un homme à la cinquantaine. «Nous avons évacué notre voisin à bord d'un bulldozer. Il n'y avait aucune autre solution», raconte un jeune de Tarihant, localité fortement touchée et isolée,
dont l'électricité n'est toujours pas été rétablie. «Nous avons essayé avec les agents de Sonelgaz mais nous ne sommes pas parvenus à atteindre les lieux de la panne. Il y a beaucoup de neige. Ça
dépasse un mètre», affirme un jeune de la localité. «Moi, j'ai acheminé ma femme avec l'aide des voisins sur une couette. Ma voiture ne pouvait pas circuler», affirme un autre citoyen. En fait,
l'angoisse des populations émane de ce constat. «Je n'ai pas peur de mourir de froid ou de faim. Je suis un vrai Kabyle. J'ai vécu cette situation durant les années cinquante. C'était pire car
c'était la guerre. Mais en ces temps, il n'y avait pas cette électricité, ces moyens de transport ni même ces hôpitaux. Même dans les jours ordinaires, nous mangions de la farine de gland»,
raconte un vieux. «L'Etat doit assumer son rôle. Amener la modernité dans les villages appelle une gestion moderne. Moi, je crois que c'est rare de voir l'homme qu'il faut à la place qu'il faut.
Pourtant, c'est nous qui avons inventé l'adage», affirme un autre vieux retraité, debout sur la neige à superviser les jeunes qui dégagent la route. Jusqu'à hier, le même rythme animait les
déplacements des populations. Les gens ont profité de l'accalmie d'hier pour s'approvisionner.
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