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  • : Algérie Pyrénées - de Toulouse à Tamanrasset
  • : L'Algérie où je suis né, le jour du débarquement des Américains, le 8 novembre 1942, je ne l'oublierai jamais. J'ai quitté ce pays en 1962 pour n'y retourner que 42 ans plus tard. Midi-Pyrénées m'a accueilli; j'ai mis du temps pour m'en imprégner...mais j'adore
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De Toulouse à Tamanrasset

 

cirque-de-gavarnie.jpg

Le cirque de Gavarnie

L'Algérie, j'y suis né le jour du débarquement des Américains, le 8 novembre 1942. J'ai quitté ce pays merveilleux en 1962, pour n'y retourner qu'en août 2004, soit 42 ans plus tard...
Midi-Pyrénées m'a accueilli. J'ai mis du temps pour m'imprégner de Toulouse mais j'ai de suite été charmé par ce massif montagneux et ses rivières vagabondes que je parcours avec amour...Ah ces chères Pyrénées, que je m'y trouve bien ...! Vous y trouverez de nombreux articles dédiés à cette magnifique région et la capitale de Midi Pyrénées : Toulouse
L'Algérie, j'y suis revenu dix fois depuis; j'ai apprécié la chaleur de l'accueil, un accueil inégalé de par le monde.......L'espérance d'abord ...Une relative désillusion ensuite...Pourquoi alors que le pays a un potentiel énorme...Les gens sont perdus et ne savent pus que faire....Les jeunes n'en parlons pas, ils ne trouvent leur salut que dans la fuite....Est-il bon de dénoncer cela? Ce n'est pas en se taisant que les choses avanceront.
Il y a un décalage énorme entre la pensée du peuple et des amis que je rencontre régulièrement et les propos tenus dans les divers forums qui reprennent généralement les milieux lobbyistes relayant les consignes gouvernementales...
Les piliers de l'Algérie, à savoir, armée, religion et tenants du pouvoir sont un frein au développement de l'Algérie ....Le Pays est en veilleuse....Les gens reçoivent des ….sucettes...Juste le nécessaire... pour que ....rien nez bouge....
Pourtant des individus valeureux il y en a ....Mais pourquoi garder des élites qui pourraient remettre en cause une situation permettant aux tenants des institutions de profiter des immenses ressources de l'Algérie. Le peuple devenu passif n'a plus qu'un seul espoir : Dieu envers qui il se retourne de plus en plus...Dieu et la famille, cette famille qui revêt une importance capitale en Algérie.

Le vent de la réforme n'est pas passé en Algérie tant les citoyens sont sclérosés dans les habitudes et les traditions relevant des siècles passés....La réforme voire la révolution passera....à l'heure d'Internet, on ne peut bâillonner le peuple indéfiniment...Cela prendra du temps mais cela se ferra...
Pour le moment le tiens à saluer tous les amis que j'ai en Algérie et Dieu sait que j'en ai....C'est pour eux que j'écris ces blogs, quand bien même je choisis souvent mes articles dans la presse algérienne....pour ne pas froisser la susceptibilité à fleur de peau de l'Algérien...

Cordialement,
Le Pèlerin

 

 

 

 

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 04:11

La décolonisation chère aux chouhada n’a pas eu lieu

vie algerienne

 

«Il est très dangereux de dire ce que l’on pense, très pénible de ne pas le dire et très pernicieux de dire le contraire.»
(Saint Augustin de son nom berbère Aourègh n’Aferfan)
Ils étaient, assurément, dans la vérité sublime, tous ceux qui croyaient sincèrement qu’une action de décolonisation, pour être en phase véritable avec les aspirations du peuple, doit œuvrer à reconstruire l’homme dans la plénitude de sa dignité et s’appliquer à restituer aux citoyens leurs droits fondamentaux et leurs valeurs essentielles, tous ces droits et valeurs, longtemps outragés par une succession de dominations étrangères aussi dévastatrices et aussi âpres les unes que les autres. Dans un des documents adoptés par le Congrès de la Soummam rapporté par Khalfa Mameri, dans son livre consacré à Abane Ramdane, il est écrit : «La révolution algérienne veut conquérir l’indépendance nationale pour installer une république démocratique et sociale garantissant une véritable égalité entre tous les citoyens d’une même patrie sans discrimination.» Cette décolonisation, indépendantiste et révolutionnaire, dans ses principes et ses desseins déclarés, n’a, malheureusement, pas eu lieu. Elle était pourtant un rêve fusionnel de tout un peuple mobilisé, elle était l’idéal sacralisé pour lequel des centaines de milliers d’Algériens ont consenti le sacrifice de leur vie.
Les martyrs d’une Algérie libre, morale, juste et égalitaire
Il est des moments privilégiés de très forte densité socio-historique, où l’histoire impose à un peuple des impératifs existentiels et lui révèle des hommes exceptionnels, plus doués que d’autres à s’élever à la hauteur du destin national. Ces hommes lucides et courageux savaient et disaient, qu’on ne fonde pas une nation viable, sûre et durable sur la seule notion d’une indépendance même très chèrement conquise. Ils savaient aussi et surtout, que le sentiment de liberté ne pouvait être qu’une simple et volatile exaltation de l’esprit, dans tous les cas où les valeurs de justice, de morale et d’égalité ne lui donnent pas une essence et un sens. Les peuples, qui ne savent pas ou ne veulent pas cultiver la mémoire des hommes d’exception, que l’histoire, en général, révèle parcimonieusement, sont des peuples, qui contribuent eux-mêmes, probablement sans en avoir conscience, à la déconstruction de leur propre histoire et à l’annihilation de leur propre génie. Abane, Amirouche, Ben Boulaïd, Ben M’hidi, Didouche, Haouès, Lotfi, Zighoud dominent l’histoire du mouvement de Libération nationale. Je les cite par ordre alphabétique, afin de ne pas paraître les hiérarchiser. Je suis intimement convaincu que sans leur disparition tragique et prématurée, le destin de l’Algérie indépendante n’aurait pas été aussi hasardeux.
Aux historiens le devoir de vérité, non le droit au monopole
Les historiens s’assignent à eux-mêmes la mission de rechercher la vérité historique et le devoir de l’enseigner et de la transmettre en toute honnêteté et en toute objectivité. Encore faut-il convenir d’une définition consensuelle du concept d’objectivité en histoire, des critères, du champ et des limites de sa démonstration. Nulle part il n’est écrit que les historiens s’octroient le droit de monopole de l’histoire, de son étude et/ou de son écriture. Ils n’ont jamais revendiqué l’exclusivité de ce droit. Les historiens, gens de culture et de disponibilité intellectuelle, savent mieux que d’autres, que l’histoire est la mémoire collective de tous les hommes, de ce fait sa connaissance et sa diffusion n’appartiennent à personne en particulier ; quand bien même, l’enseignement universitaire, l’érige, pour des raisons didactiques et pédagogiques, en une discipline scientifique spécifique dévolue aux historiens. Ceci étant, quiconque détient un segment de vérité historique et qui possède le talent de l’écriture ou le don de la narration orale, possède le droit, voire le devoir de témoigner. L’histoire événementielle n’est pas toute l’histoire, aussi scrupuleusement fidèle au déroulement des faits historiques soit-elle, tant qu’elle est mutilée des valeurs idéologiques et morales, qui la sous-tendent et l’animent. L’histoire du mouvement national algérien, telle qu’elle nous est présentée à la lecture, amputée de ses dimensions essentielles et particulièrement dégradée par l’anecdotique au détriment de l’historique, n’a pas le pouvoir scientifique ni la qualité éthique de nous convier à cultiver une considération positive des acteurs de l’histoire algérienne. En effet, l’histoire algérienne est, très souvent pour ne pas dire toujours, réduite à de malencontreuses narrations anecdotiques où l’ambition suicidaire des uns le dispute sans cesse à la vanité démesurée des autres, dans des luttes fratricides, où l’égoïsme l’emporte souvent sur l’intérêt général. Tout n’est que conspirations et intrigues sur fond de sectarisme et de tribalisme. Les divergences d’opinion et l’affrontement des idées, ailleurs développées comme forces dynamiques de l’évolution des peuples, sont présentées dans l’histoire de l’Algérie comme d’irréductibles tribulations dues au choc des motivations subjectives et à l’incompatibilité caractérielle des acteurs de l’histoire nationale. L’histoire de l’Algérie, en général, celle du mouvement national algérien et de la guerre de Libération nationale, en particulier, sont écrites pour se lire comme un roman historique de facture ordinaire. Il est inimaginable pour un esprit sain d’accepter que l’histoire d’un peuple puisse être à ce point rendue insignifiante. C’est de l’enseignement de l’histoire qu’un peuple tire les raisons et la force de croire en son passé, en ses aînés et se donne la confiance en soi, les motivations positives et la volonté de se construire un présent fait de dignité et un avenir fait d’espoir. C’est certainement parce que les Algériens aspirent à cet idéal, qu’il y a en Algérie un immense besoin de l’histoire, la grande et vraie histoire, n’ont point de simples narrations des faits divers de la toute petite histoire.
A propos du témoignage de Sadi consacré aux colonels Amirouche et Haouès Je tiens à souligner qu’il n’est pas dans mes intentions de raviver inopportunément et tardivement un débat à propos duquel je ne détiens, par-devers moi, aucune donnée historique inédite. La publication du témoignage de Saïd Sadi consacré au colonel Amirouche a suscité, j’aime à le dire, plus d’enthousiasme, qu’il n’a provoqué de désapprobation. Les dénigreurs de l’ouvrage ont fait à son auteur de nombreux griefs, dont je ne retiens que quatre d’entre eux : - Le grief fait à Saïd Sadi pour «exercice illégal d’écriture de l’histoire » est d’une aberration évidente. J’ai fait, plus haut, allusion à l’inanité du droit de monopole de l’histoire que certains, par ruse inavouée, concèdent aux seuls historiens patentés, lesquels, il faut le reconnaître, n’ont pas été dupes et n’ont pas, à ma connaissance, surenchéri dans ce sens. - D’aucuns, tout en débitant des flots ininterrompus d’éloges exaltés à l’adresse de quelques personnages politiques de leur choix ont indécemment reproché à Saïd Sadi d’avoir, davantage, fait l’apologie du colonel Amirouche, que de lui avoir consacré un témoignage historique objectif. Etrange posture intellectuelle et morale que celle qui consiste à s’octroyer complaisamment le droit et la latitude de louanger en toute liberté, tout en s’évertuant à les proscrire à autrui. - D’autres ont fait à Saïd Sadi le reproche d’avoir élaboré sa version des circonstances de la mort des colonels Amirouche et Haouès à partir de données exposées sans preuves de leur véracité historique. Curieux reproche, quand on sait que ces contradicteurs n’ont fourni, ce faisant, aucune preuve tangible à l’appui de leur contre-version des mêmes faits historiques. Il ne faut point se leurrer, les circonstances de la disparition des colonels Amirouche et Haouès ne sont pas de celles dont on laisse le secret au hasard des investigations indiscrètes. Très certainement, les preuves existent, consignées quelque part, dans les archives de l’armée coloniale française. - Ceux qui ont reproché à Saïd Sadi d’avoir manqué d’objectivité et de neutralité feignent d’ignorer que l’écriture de l’histoire n’est pas vraiment le lieu de prédilection pour une démonstration idéale de l’esprit d’objectivité et de neutralité. Cette observation d’ordre purement théorique relève, à vrai dire, de la compétence académique à n’aborder qu’avec circonspection. Il faut que la sagesse et la raison triomphent et que le débat retrouve sa juste mesure. Saïd Sadi n’a pas, que je sache, produit ou voulu produire un manuel d’histoire de grande ambition savante. Il a tout juste rendu un hommage particulier à une figure emblématique de la guerre de Libération nationale. Amirouche mérite bien plus que cet humble hommage et Saïd n’a pas démérité à le lui rendre. Le reproche majeur à faire éventuellement à Sadi, s’il en est un, ne peut se rapporter qu’à la véridicité de la trame historique du témoignage. Or, ceux habilités à lui faire ce reproche de vérité, à savoir ceux qui ont combattu en Wilaya III, qui mieux que d’autres connaissent son histoire et ses hommes n’ont, à ce jour, produit aucune réserve de nature à déconsidérer le témoignage de Sadi.
La séquestration des dépouilles de Amirouche et Haouès est une abomination
La séquestration des corps des colonels Amirouche et Haouès, durant plus de vingt ans, dans une cave d’une institution militaire algérienne, est un acte sacrilège d’une très grande abomination. Un acte aussi démentiel ne pouvait être que l’œuvre d’une conscience morbide en proie aux affres de sa propre malédiction. Face à une si profonde déchéance humaine, la raison, les sentiments et la morale perdent toute leur signification ; on est, comme l’écrivait Nietzsche, le philosophe allemand, «au-delà du bien et du mal», on est dans l’anéantissement de toutes les valeurs morales et mentales. Certains contradicteurs du témoignage de Sadi, par déficit d’arguments et/ou par stratagèmes intellectuels, renvoient tout prosaïquement les circonstances de la mort des colonels Amirouche et Haouès aux avatars et aux vicissitudes d’une histoire, dont chacun propose une lecture et une interprétation propres à lui. L’énigme de la très longue séquestration des corps des deux illustres colonels, par deux fois martyrs, me dissuade de croire tout bonnement à la véracité de cette antithèse faite d’une infâme banalité. Deux questions essentielles se posent : - Pourquoi les protagonistes, au plus haut sommet du pouvoir, n’avaient-ils pas, respectant en cela, les traditions officielles établies par eux, érigé une stèle commémorative à l’époque même où fut découvert le lieu où sont tombés – morts pour la patrie – Amirouche et Haouès ? - Pourquoi avoir séquestré plus d’une vingtaine d’années leurs dépouilles dans une cave— ô comble de l’horreur ! — avant de leur offrir des sépultures décentes? Ceux qui savent, quoiqu’approximativement, répondre à cette double question, sont très peu nombreux et ils se taisent honteusement ; ceux qui ignorent tout de la question sont une véritable légion et ils épiloguent à profusion. Le silence insondable des uns et le vacarme assourdissant des autres ne peuvent pas occulter la monstrueuse réalité des faits historiques cachés.
L’Algérie aujourd’hui dans l’incertitude de demain
L’Algérie est entrée malencontreusement dans la configuration de la tourmente et de l’incertitude au lendemain même de la proclamation de sa décolonisation officielle et de la célébration populaire de son indépendance et de sa souveraineté recouvrée. Les Algériens exultaient, ils croyaient fortement que leurs rêves, forgés dans les dures épreuves plusieurs fois séculaires, allaient enfin se réaliser. Désorientés par le déferlement d’une violence surgie de là où personne ne l’attendait, le peuple impuissant, déçu et frustré, ne pouvait ou ne savait que réclamer la paix en scandant le seul mot d’ordre «Sept ans, ça suffit !», dont il avait encore le droit de jouissance. Dans leur grand désenchantement, les Algériens, les uns optimistes, par tempérament, d’autres par fatalisme, tous croyaient avec sincérité que dans une Algérie algérienne enfin gouvernée par des Algériens, la raison et la fraternité allaient naturellement triompher de l’adversité, de l’égoïsme et des haines. Ils ne tarderont pas à apprendre, à leurs dépens, que les hommes — natifs du pays ou venus d’ailleurs – qui par ambitions équivoques ou par intérêts matériels sordides s’emparent d’un pouvoir absolu par la violence l’exerceront toujours par l’usage de la force et de l’arbitraire. A proprement parler, il n’y a aucune différence dans les motivations psychologiques et les conduites politiques des uns et des autres, de nature à leur réserver des appréciations distinctives ; quand deux malfaisances sont d’un même genre et se manifestent selon une même intensité, le bon sens moral élémentaire exige qu’on les réprouve avec la même rigueur. Remonter aux conflits fratricides pour la prise du pouvoir survenus durant l’été fatidique de 1962, à la recherche de l’origine première du système politique, qui prévaut en Algérie depuis l’indépendance et des causes fondamentales du désastre national, est une démarche intellectuelle, qui ne convainc plus personne de nos jours. Non pas que cette démarche manque de pertinence ou de sens des réalités, peu s’en faut, mais parce que l’opportunisme politique est moins hasardeux que la rigueur intellectuelle. En un peu moins d’un demi-siècle de règne absolu et arbitraire, ce pouvoir politique et les hommes qui le composent ont donné la pleine mesure de leur nuisance morale et de leur insuffisance intellectuelle. Dans leur déchéance inexorable, ils ont précipité la nation algérienne dans la déshérence et la morosité et l’ont impitoyablement fourvoyée dans une impasse inextricable. Dans une contribution — intitulée Lettre à la nation algérienne, parue dans Le Soir d’Algérie des 18, 19, 20 et 21 novembre 2007 –, j’avais ébauché un état des lieux des réalités socioculturelles, économiques et politiques de l’Algérie, le constat globalement négatif et particulièrement alarmant s’est, on ne peut, aggravé depuis lors. Force est de constater que trois années après, les processus de dégradation et de régression ne font qu’empirer et s’accélérer à un rythme de plus en plus inquiétant. Nul besoin d’être un économiste émérite pour constater que les gouvernants algériens – puisque, c’est d’eux qu’il s’agit – n’ont jamais opté sérieusement pour un modèle économique définissable, cohérent et clair. Ils ont toujours excellé dans l’art facile et dangereux de la bricole, obéissant chaque fois à leurs pulsions démagogiques. La vérité historique et politique atteste que ce sont les mêmes hommes issus directement ou par filiation du coup de force de 1962, qui pérennisent le même système et règnent en maîtres sur l’Algérie d’aujourd’hui. Autrefois, ils étaient de fiers militants de l’idéal socialiste ; hier, à la stupéfaction nationale, ils se proclamaient adeptes convaincus des bienfaits de l’économie de marché ; aujourd’hui, ils s’apprêtent à professer les vertus salvatrices du patriotisme économique. C’est vrai que, pour un certain temps, la manne pétrolière leur permettra encore de se livrer impunément, hélas, à leurs agissements dilatoires. En un demi-siècle de gestion calamiteuse de l’Algérie, le délabrement économique, ou de ce qui tient lieu d’économie nationale, inscrit dans la durée, a provoqué un marasme social généralisé et un mal-être sérieux de l’homme et de la société. Ce qui est advenu aux Algériens, en ce laps de temps historique, est tout aussi singulier que vraiment consternant ; ils ont déconstruit le sanctuaire des valeurs essentielles que des générations d’anciens ont mis des siècles à construire. L’hécatombe tient de l’hallucination : déliquescence des liens sociaux, perversion des valeurs individuelles et sociales, une effarante vacuité morale, des symboles de la nation mutilés et un martyrologe profané. Le peuple algérien est, probablement pour l’une des rares fois de son histoire, confronté à lui-même, face à des horizons obstrués et à un avenir incertain. Assurément, le pire reste à craindre, car, en dépit de leur faillibilité prouvée et de leur âge bien avancé, ces gouvernants, étrangement inconscients des nuisances commises, s’obstinent ostensiblement à ne pas vouloir quitter le pouvoir et surtout la caverne d’Ali Baba.
Quelle prospective et quel avenir pour l’Algérie ?
Tenter une prospective positive et optimiste, dans ce contexte national marqué par une chienlit permanente et un désarroi généralisé, est un défi immense à la raison, et pour cause : - un peuple, qui ne crée aucune richesse significative, qui ne produit que fort peu de ce qu’il consomme, qui ne survit péniblement que par la grâce d’une rente fossile, ne saurait prétendre à un avenir fiable ; - une nation, qui a perdu ses repères essentiels, le sens élémentaire de civisme et de civilité, qui ne cultive plus les sentiments de la justice et de la solidarité, est une nation qui s’est notablement départie de tout génie d’imaginer un destin décent et de toute volonté apte à le construire ; - un peuple, qui privilégie, à toute entreprise productrice de richesses, la pratique du simple mercantilisme, source d’enrichissement rapide et d’immoralité féconde, qui importe tout ce qu’il commercialise, qui n’exporte que les hydrocarbures en raréfaction accélérée, ce peuple n’a aucune force d’affronter les rigueurs d’un Sahara en expansion mais sans gaz ni pétrole ; - une nation, dont les gouvernants inamovibles et arrogants, entretiennent la culture mortifère de la haine, de l’ostracisme et de l’intolérance, et qui, dans l’impunité totale, pratiquent avec cynisme la corruption débridée et la subordination éhontée, n’est pas une nation moralement armée pour se forger un avenir de grandeur. La passivité psychologique peu ordinaire avec laquelle le peuple endure l’agressivité virulente de ces méfaits socio-politiques, qui, de jour en jour, s’exacerbent, laisse présager que le très proche avenir algérien sera indubitablement théocratique et obscurantiste ou ne sera rien de bien définissable. Quel genre de sortilèges a-t-on jeté au peuple algérien, lui qui a démontré une longue histoire de bravoure et d’honneur, pour qu’aujourd’hui, il exhibe, au monde qui l’observe et s’étonne, une image confuse d’un peuple soumis aux lubies meurtrières d’une caste de malfrats ? En vérité, il est impossible de comprendre, qu’un peuple, hier encore valeureux et d’un attachement légendaire à sa dignité, puisse, aujourd’hui, tolérer, outre mesure, de semblables dérives et d’aussi monstrueuses forfaitures, qui, plus est, toujours commises par les mêmes gouvernants aux commandes du pays, un demi-siècle durant.
Aux anthropologues : le mot de la conclusion
Après l’histoire, la sociologie et la politique, j’en appelle à présent à l’anthropologie culturelle, non point pour conclure, mais plutôt pour m’autoriser l’occurrence de hasarder une réflexion par laquelle j’aurais dû introduire ce texte. Ceci étant, c’est probablement judicieux ainsi, car très souvent, les lecteurs retiennent mieux d’un texte les termes de sa conclusion que les énoncés de son introduction. Science de l’homme par excellence, l’anthropologie développe l’intelligence d’appréhender globalement les phénomènes humains dans l’interactivité de leurs dimensions matérielles et immatérielles. Aussi enseigne-t-elle que les peuples ne se différencient les uns des autres et ne se singularisent que par l’originalité de leur culture et de leur histoire. Les anthropologues connaisseurs avisés des peuples berbères savent que les Algériens, en dépit des apports et des influences culturels, plus ou moins contrariants ou plus ou moins significatifs, sont demeurés des hommes particulièrement épris de liberté et profondément attachés aux valeurs de justice, de solidarité sociale et de démocratie politique. Ces anthropologues savent aussi que ces valeurs supérieures ont, de tout temps, constitué le substrat éthique et le socle culturel des sociétés berbères. Par ce mot de la conclusion, je tiens à rappeler quelques vérités situées aux confins de l’anthropologie culturelle et de l’histoire de l’Algérie berbère. Pour ce faire, je me limite à ne citer très brièvement que trois témoignages d’une grande autorité : - le premier attribué à Aristote et rapporté par Eugène Guernier, dans son ouvrage ( L’Apport de l’Afrique à la pensée humaine) considérait l’organisation sociale et politique des Berbères comme «la meilleure Constitution pour éviter les excès de pouvoir, les dictatures et les révoltes populaires» ; - le second, nous le devons à Justin, historien romain, qui dans ses œuvres consacrées à l’histoire universelle, écrivait : «Des textes réglementant l’exercice du pouvoir populaire, fort ancien en Berberie, existaient bien avant le Ve siècle de notre ère.» ; - le troisième est tiré de l’ouvrage ci-dessus mentionné d’Eugène Guernier : «Il est impossible de ne pas reconnaître chez les Berbères un sens politique très avisé, une notion exacte de la pensée démocratique et un penchant vers le social, qui constituent les assises intéressantes d’une société moderne. Les civilisations, aussi bien carthaginoise que romaine, n’ont pas altéré ce caractère démocratique et social du Berbère.» N’était la fascination du pouvoir, pour les privilèges et les honneurs, qu’il prodigue ; n’étaient la vanité outrancière et l’attrait ignominieux du lucre et de la luxure exercés sur les Algériens, qui, à l’époque, détenaient la puissance armée de la décision, le peuple algérien aurait pu faire de l’instant de la décolonisation une opportunité idéale, d’une puissante densité symbolique, pour se réapproprier ces valeurs essentielles et engager une extraordinaire entreprise de renouveau national et fonder une nation viable et apaisée, juste, égalitaire et démocratique. Un peuple ne rate jamais impunément le rendez-vous majeur de son histoire, moment et lieu sanctifiés entre tous, en dehors desquels rien de grand ni de viable jamais ne se conçoit. Ainsi, subrepticement dévié de sa trajectoire naturelle de prédilection, dépossédé brutalement de sa victoire suprême remportée sur le mauvais sort plusieurs fois séculaire, frustré de ses rêves les plus chers, outragé impudiquement, le peuple algérien s’est trouvé, depuis lors, dangereusement exposé aux pires tribulations. Les Algériens, qui dédaignent tout à la fois les enseignements de l’anthropologie culturelle et de l’histoire générale et qui demeurent au stade de l’effarouchement réactionnel, se contentant de s’étonner, de vitupérer et de condamner les conduites psychosociales qui altèrent sensiblement la société et mettent en grave péril son harmonie et son équilibre, ces Algériens, par l’incomplétude de leur posture moralisante, sans réels efforts d’investigation circonstanciée des causes premières et sans volonté sérieuse d’y remédier, vouent, peut-être sans en avoir pleinement conscience, l’Algérie à une régression certaine. En beaucoup moins d’un siècle, les gouvernants algériens, par leur gabegie et leur égoïsme intempérant, auront épuisé une richesse fossile et non renouvelable, que la nature avait mis plusieurs millions d’années à produire. Un tour de force stupéfiant et une forfaiture révoltante, au regard des larges couches de la population demeurées dans un état d’extrême pauvreté. Quoi qu’il en soit, il n’est pas nécessaire d’être devin pour deviner que, dans l’état actuel de grande misère morale où nous sommes, l’épuisement imminent et drastique de la manne pétrolière n’augure, d’ores et déjà, d’aucun avenir rassurant.
Source Le Soir d’Algérie  Ahcène Bouaouiche.

Psychologue à Constantine

Le Pèlerin

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