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  • : Algérie Pyrénées - de Toulouse à Tamanrasset
  • : L'Algérie où je suis né, le jour du débarquement des Américains, le 8 novembre 1942, je ne l'oublierai jamais. J'ai quitté ce pays en 1962 pour n'y retourner que 42 ans plus tard. Midi-Pyrénées m'a accueilli; j'ai mis du temps pour m'en imprégner...mais j'adore
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De Toulouse à Tamanrasset

 

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Le cirque de Gavarnie

L'Algérie, j'y suis né le jour du débarquement des Américains, le 8 novembre 1942. J'ai quitté ce pays merveilleux en 1962, pour n'y retourner qu'en août 2004, soit 42 ans plus tard...
Midi-Pyrénées m'a accueilli. J'ai mis du temps pour m'imprégner de Toulouse mais j'ai de suite été charmé par ce massif montagneux et ses rivières vagabondes que je parcours avec amour...Ah ces chères Pyrénées, que je m'y trouve bien ...! Vous y trouverez de nombreux articles dédiés à cette magnifique région et la capitale de Midi Pyrénées : Toulouse
L'Algérie, j'y suis revenu dix fois depuis; j'ai apprécié la chaleur de l'accueil, un accueil inégalé de par le monde.......L'espérance d'abord ...Une relative désillusion ensuite...Pourquoi alors que le pays a un potentiel énorme...Les gens sont perdus et ne savent pus que faire....Les jeunes n'en parlons pas, ils ne trouvent leur salut que dans la fuite....Est-il bon de dénoncer cela? Ce n'est pas en se taisant que les choses avanceront.
Il y a un décalage énorme entre la pensée du peuple et des amis que je rencontre régulièrement et les propos tenus dans les divers forums qui reprennent généralement les milieux lobbyistes relayant les consignes gouvernementales...
Les piliers de l'Algérie, à savoir, armée, religion et tenants du pouvoir sont un frein au développement de l'Algérie ....Le Pays est en veilleuse....Les gens reçoivent des ….sucettes...Juste le nécessaire... pour que ....rien nez bouge....
Pourtant des individus valeureux il y en a ....Mais pourquoi garder des élites qui pourraient remettre en cause une situation permettant aux tenants des institutions de profiter des immenses ressources de l'Algérie. Le peuple devenu passif n'a plus qu'un seul espoir : Dieu envers qui il se retourne de plus en plus...Dieu et la famille, cette famille qui revêt une importance capitale en Algérie.

Le vent de la réforme n'est pas passé en Algérie tant les citoyens sont sclérosés dans les habitudes et les traditions relevant des siècles passés....La réforme voire la révolution passera....à l'heure d'Internet, on ne peut bâillonner le peuple indéfiniment...Cela prendra du temps mais cela se ferra...
Pour le moment le tiens à saluer tous les amis que j'ai en Algérie et Dieu sait que j'en ai....C'est pour eux que j'écris ces blogs, quand bien même je choisis souvent mes articles dans la presse algérienne....pour ne pas froisser la susceptibilité à fleur de peau de l'Algérien...

Cordialement,
Le Pèlerin

 

 

 

 

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 07:16

Entretien avec Rachid Grim, politologue

guerre belkhadem ouyahia

Dans cet entretien, nous avons tenté d’aller au fond des questions d’actualité qui interpellent la société dans toutes ses composantes ainsi que le pouvoir politique. Connu pour ses nombreuses contributions, Rachid Grim, politologue, directeur à l’Institut de recherche à l’Université de Tizi-Ouzou, a bien voulu se prêter à une série de questions portant sur les préoccupations citoyennes du jour — les luttes sociales pour tout dire — leur impact sur le pouvoir exprimé à travers ses réponses aux revendications des différents corps sociaux : augmentations des salaires, soutien aux prix de produits de large consommation et autres subventions.

Celles-ci ne visent, nous dit-il, qu’à gagner du temps pour le système en achetant la paix sociale. Pendant ce temps, se précisent les luttes ouvertes de succession à travers une réforme annoncée de la Constitution dans le dessein de perpétuer le système voulu par un président «à la santé défaillante mais très lucide». Au sommet du sérail politique, les partis de l’Alliance affûtent leurs armes. Que dire du MSP qui se redécouvre une vocation d’opposant au système ? Quant à l’opposition, «divisée, traversée par l’adversité», elle n’est pas encore prête à constituer l’alternative, selon le politologue, alors que la «société civile commence à relever la tête et à mettre au placard toutes les organisations du passé…»

Le Soir d’Algérie : C’est un contexte bien particulier dans lequel est aujourd’hui le régime : séisme politique dans les pays arabes et, au plan interne, une agitation sociale permanente. Quel regard portez-vous sur cette réalité ?

Rachid Grim : Quel que soit le qualificatif que ceux qui nous gouvernent appliquent aux évènements qui se déroulent dans le pays depuis le mois de janvier dernier, nous sommes bel et bien entrés dans une période d’incertitudes. L’Algérie, même si nos gouvernants, comme pour conjurer le sort, disent le contraire, est bel est bien partie prenante de ce que vous appelez le séisme politique arabe et ce que d’autres qualifient de printemps arabe. Nos gouvernants refusent systématiquement de parler de revendications politiques de la part des jeunes et des moins jeunes qui ont investi la rue. Pour eux, il ne s’agit que de revendications à caractère social. Il y a bien entendu du vrai : la revendication sociale existe bel et bien : logements, emploi, pouvoir d’achat, école, université, mal vie, hogra, et bien d’autres choses. Mais elle n’est pas la seule : la revendication politique est présente partout ; elle est essentielle et permanente, même si elle ne s’exprime pas directement en tant que telle. Nous la retrouvons dans les revendications des étudiants – qui finalement ne font rien d’autre que de remettre en cause tout le système scolaire et universitaire qui a mené le pays directement dans le mur. Quoi de plus politique ? Si on étudie de très près les revendications des différents corps professionnels, on y trouvera en filigrane la remise en cause de tout le système, qui a mené le pays dans la situation catastrophique dans laquelle elle se trouve aujourd’hui. Et cela nos gouvernants commencent à le comprendre et à craindre ses conséquences sur la pérennisation du système. Le pouvoir sait qu’il devra lâcher du lest pour se maintenir. Il espère comme cela gagner du temps et jouer sur les divisions de l’opposition démocratique (partis, syndicats et associations de la société civile) pour reprendre la main. Gagner du temps, c’est le leitmotiv du pouvoir. Céder sur des broutilles, pour gagner le temps nécessaire à se refaire une virginité, telle est sa démarche. Mais même quand il fait semblant de lâcher du lest, le pouvoir s’y prend de telle manière qu’il ne peut pas être crédible. L’exemple effarant est donné par le Président lui-même qui, dans son discours à la nation, avait promis plus de démocratie et plus de pouvoirs, à la représentation populaire ; et quelques jours plus tard, il fait voter contre l’avis de tous les partis présents à l’APN – moins bien entendu le FLN et le RND - un code communal à l’exact opposé de ses promesses.

Ne vivons-nous pas un grand paradoxe, à savoir d’un côté une coalition gouvernementale qui explose avec le vote du code communal par une assemblée discréditée, une opposition démocratique réprimée et qui n’arrive pas à mobiliser et le peuple qui se préoccupe plus de son quotidien. Votre analyse sur une telle réalité... ?

La coalition gouvernementale – FLN/RND/MSP — n’a jamais été rien d’autre qu’un rassemblement fait de bric et de broc, créée dans le seul but de servir le maître du jeu : le Président. Tant que son état de santé lui permettait de rester le maître, les trois partis étaient aux ordres. La situation présente est quelque peu différente : tout le monde sait maintenant que la porte de la succession est ouverte. Et que cette succession ne pourra plus se faire, comme elle avait été imaginée par le pouvoir — y compris par les trois partis de la coalition. Il ne peut plus y avoir – grâce en soit rendue aux révolutions tunisienne et égyptienne — de succession familiale. Chacun essaie donc de se placer pour, le moment venu, participer à la course et essayer de la gagner. C’est évident pour le parti islamiste, avec Aboudjerra Soltani qui devient un «opposant» pour se refaire une virginité et prétendre faire partie de ceux qui pourront participer à la course finale pour le pouvoir. C’est tout aussi évident pour les deux autres partis, dont les chefs se marquent à la culotte : chacun prétendant être le plus légitime, pour succéder au zaïm. Dans un pays «normal», l’opposition démocratique devrait tirer un énorme avantage de cette situation et se préparer à la prise du pouvoir. Mais pour cela elle devra être crédible. Ce qui n’est absolument pas le cas. Non seulement elle est réprimée par le pouvoir qui l’empêche de marcher et de s’exprimer, mais surtout elle est tellement désunie que personne ne peut croire qu’elle pourra être une alternative au pouvoir. Et non seulement elle est désunie, mais les partis qui la constituent développent entre eux une adversité plus grande que celle qu’ils développent vis-à-vis du pouvoir. Et c’est bien ainsi que l’opinion publique perçoit la situation. Les islamistes par ailleurs ne sont pas en meilleure posture. Le MSP, devenu par son entrisme, un parti de gouvernement, est perçu de la même façon que ses partenaires de la coalition. Même si l’on doit se méfier de la puissance de ses satellites de la société civile (femmes, étudiants, associations caritatives, etc.) qui ont fait un énorme travail de pénétration en profondeur de la société, le parti ne semble pas encore prêt à prendre le pouvoir et gérer – seul – le pays. Pour l’instant, il constitue un appoint pour les deux partis de la famille révolutionnaire, et il s’en contente. Il est en train de faire l’expérience du pouvoir et de se préparer aux futures échéances. Ce qu’Aboudjerra Soltani avait posé comme objectif politique suprême de son parti – être majoritaire à l’APN en 2012 – n’est pas encore près de se réaliser. Le jeu actuel du parti, qui fait de l’opposition, tout en restant au gouvernement, n’a pas d’autre signification que de montrer qu’il existe en dehors de la coalition et qu’il en est indépendant. Une manière de se rappeler à son électorat pour les prochaines échéances. Et le peuple dans tout ça, il continue de manger son pain noir et de rêver à des lendemains meilleurs (pour beaucoup, en dehors du pays). Pour lui, il s’agit avant tout de survie. L’Algérien est connu pour sa patience légendaire. Jusqu’au moment où la goutte déborde… Et la goutte est en train de déborder. Ce ne sont pas les milliards de dinars que le président et son gouvernement sont en train d’injecter dans les salaires, le soutien des prix, les projets de logements et autres, qui vont régler leurs problèmes de mal-vie, de hogra, d’emplois, de scolarité, de santé, etc. D’ailleurs, cette énorme masse monétaire qui est injectée pour tenter de juguler la revendication sociale risque de se transformer très rapidement en une inflation à deux chiffres. Avec ses conséquences catastrophiques sur le pouvoir d’achat déjà à ras terre de l’immense majorité de la population.

En dépit des dénégations, les insurrections dans le monde arabe rejaillissent sur le pouvoir, obligé de faire des concessions pour acheter la paix sociale. C’est «l’union sacrée» face aux périls. Mais le président Bouteflika lors de son discours du 15 avril à Tlemcen est apparu à bout de souffle mais pas à bout d‘arguments...

Le président n’est pas seulement à bout de souffle. Il est aussi à bout d’arguments. Ses seuls arguments sont ceux de la manne financière dont il dispose (et qu’il ne doit qu’à l’augmentation du prix du pétrole, depuis son élection en 1999 !). Acheter la paix sociale, il le peut effectivement. Mais pas pour très longtemps. L’argent n’est pas inépuisable et les conséquences des décisions prises, et appliquées, d’injecter de telles masses dans le soutien des prix de produits de large consommation, l’augmentation des salaires des fonctionnaires, etc. seront très vite désastreuses. Tous ses projets économiques – du moins jusqu’à présent – ne sont pas des projets de développement et de création de richesses. Il était nécessaire d’investir dans les équipements publics de base. Mais ceux-ci coûtent de l’argent et ils n’en rapportent pas. Et ils n’entraînent pas un vrai développement économique. Jusqu’à maintenant, l’investissement créateur de richesses est absent des réalisations du président. Tout ce qu’il pourra faire à partir de maintenant – en admettant qu’il donne un autre cap à sa politique économique – n’aura pas de résultat immédiat, qui pourra faire patienter une population qui plonge de plus en plus dans la pauvreté. Il ne mettra pas fin aux émeutes de la misère, qui ne feront que s’accentuer. D’ailleurs, la politique des pouvoirs publics qui consiste à répondre par la positive à toutes les revendications violentes de la rue a pour conséquence de démultiplier celles-ci. Il ne me semble pas que le président ait devant lui assez de temps pour renverser la vapeur et tenir toutes ses promesses de lendemains meilleurs pour le peuple algérien. D’ailleurs, même s’il le voulait, il ne le pourrait pas dans les conditions actuelles. Il ne dispose pas du personnel politique et des managers capables de concevoir et mettre en œuvre une politique économique nouvelle et porteuse d’avenir. Le gouvernement Ouyahia, comme les précédents d’ailleurs, a montré ses limites. La grande majorité du personnel politique et de gestion de l’économie n’a pas d’autre compétence que celle de savoir bien plier l’échine. Des courtisans qui n’ont d’autres objectifs que celui de durer et de profiter de la rente. Ce n’est pas de lui que pourra venir la solution à la situation gravissime que connaît le pays depuis des décennies.

Au vu de son état de santé, les supputations reprennent de plus belle quant à sa succession. L’après-Bouteflika estil d’ores et déjà lancé, selon vous ?

Oui ! L’après Bouteflika est déjà lancé. La seule question qui se pose est celle de savoir si c’est lui qui préparera et mettra en application la procédure pour sa succession, ou si celle-ci viendra d’ailleurs. Il me semble que, malgré sa santé physique visiblement défaillante, le Président a gardé intactes ses facultés mentales. Il sait pertinemment qu’il n’ira pas vers un quatrième mandat. Il sait qu’il doit tout faire pour pérenniser le système qu’il a mis en place ; ne serait-ce que pour protéger ses proches des revanchards de tous bords. Il a annoncé dans son discours à la nation sa décision de réformer la Constitution. Je pense que cette annonce est le prélude à la préparation constitutionnelle de sa succession ; bien entendu, une succession en faveur du maintien du système en place. On sait que la Constitution actuelle organise la succession (en cas de décès ou d’incapacité totale) en faveur du président du Conseil de la nation, qui sera chargé d’organiser —sans pouvoir lui-même s’y présenter — les élections présidentielles. C’est une procédure qui n’arrange pas le président : compte tenu de la scène politique actuelle et des dérapages que l’on voit déjà poindre, une telle succession sera très difficile, pour ne pas dire à problèmes. Il n’y aura ni consensus ni même une majorité nette pour départager les différents partis (y compris ceux de la coalition qui deviendront des adversaires irréconciliables). L’armée sera même peut-être obligée d’intervenir directement, pour éviter le pire ou même pour imposer un candidat. Tout milite donc pour que le président, très rapidement, impose une nouvelle Constitution qui organise au mieux sa succession, pendant qu’il est encore au pouvoir. Il s’agit d’une véritable course contre la montre ; et contre tous ceux qui – et ils sont nombreux, au sein même du pouvoir — essayeront de freiner des quatre fers. Dans cette perspective, le MSP (ou Hamas), parti de la coalition, se redécouvre une vocation d’opposant au système et se lance dans la revendication d’un régime parlementaire. Lucidité ou opportunisme politique ? Et l’un et l’autre ! D’une part, c’est de l’opportunisme parce qu’il est apparu à tout le monde, MSP compris, que la succession de Bouteflika est lancée. Le parti islamiste se positionne donc sur la ligne de départ, comme ses deux compères de l’Alliance. S’il se positionne comme opposant – tout en se gardant bien da quitter l’Alliance et donc, le gouvernement –, c’est pour indiquer qu’il est différent des deux autres et qu’il prend ses distances. Un message subliminal à son électorat qu’il sait très déçu par ses positions depuis dix ans. Par ailleurs, le HMS est très lucide. Il sait qu’un régime présidentiel ne lui est pas favorable. Celui-ci exige un candidat, donc un président, qui a une très forte personnalité ; qui plus est reconnu comme telle, y compris par ses adversaires. Cet homme n’existe pas au sein du parti islamiste. Celui-ci est encore très divisé, malgré la scission de Menasria et de son groupe. Aboudjerra Soltani sait que la seule chance du parti d’exister encore et d’arriver un jour au pouvoir, il ne la devra qu’à la voie parlementaire. Seul un régime parlementaire lui permettra de vivre, de se développer et de devenir un jour majoritaire, pour pouvoir former un gouvernement. La voie qu’a suivi l’AKP de Turquie. C’était d’ailleurs le sens de sa déclaration à l’issue des dernières élections législatives, quand il prédisait que son parti deviendra majoritaire aux élections de 2012.

Les réformes politiques annoncées par Bouteflika sont confiées pour leur conduite et leur application au ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales (!) qui prend acte et qui ne se prononce sur aucun échéancier. Une telle démarche vous paraît-elle crédible ?

Non ! Absolument pas ! Le ministre de l’Intérieur et de Collectivités locales n’a absolument pas le profil d’un réformateur. Toutes ses déclarations publiques – qui sont souvent apparues comme des dérapages verbaux – militent pour cette affirmation. Rappelons-nous que, s’agissant du contenu du projet de nouveau code communal, il avait tonné que le gouvernement ne le retirera pas et qu’il le fera passer sans en dénaturer la philosophie. Ce qu’il a fait ! DOK est un soldat discipliné. Il obéit au chef. Et rien qu’à lui. Ce qu’il a fait pour le code communal, il le fera pour tous les autres textes à «réformer» : code de wilaya, loi sur les partis, loi électorale, Constitution. Il mettra dans ces «réformes» exactement ce que le Président voudra qu’il y mette. C’est-à-dire presque rien qui ira dans le sens d’une réelle démocratie et qui établira les bases d’une vraie alternance. Ould Kablia n’est ni l’homme du renouveau (n’oublions pas qu’il est toujours le président de l’association des anciens du MALG, association tournée vers le passé et non pas vers l’avenir) ni un porteur d’idées capable d’aller de l’avant. Or, pour réformer, il faut être tourné vers l’avenir, ouvert sur sa société et porteur d’espoir. Et l’homme n’a aucune de ces caractéristiques. Le fait qu’il ait accepté la «mission» que lui a confiée le Président sans pour autant fixer un échéancier signifie bien qu’il ne va rien changer au déroulement tranquille des choses : il n’y a rien de très pressé, semble-t-il nous dire.

Marches interdites, meetings dispersés, le pouvoir n’hésite pas à recourir aux grands moyens de répression. Qu’est-ce qui lui permet une telle arrogance ?

Ce qui lui permet cette arrogance, c’est la manne financière qu’il a entre les mains. Tant qu’il disposera d’autant d’argent et qu’il pourra en faire ce que bon lui semble, sans jamais en être comptable, il aura cette arrogance. D’autant plus que pour l’instant, il y a du répondant au niveau de certaines couches sociales désespérées. Les sans-logements espèrent bénéficier de logements sociaux qui ne leur coûteront rien ; les sans-emplois espèrent qu’un miracle aura lieu avec tous les emplois aidés promis ; les salariés attendent leur tour pour une augmentation conséquentes. Sans parler de ces contre-manifestations de jeunes «baltaguia» organisées pour montrer que, hors du Président, il n’y a pas de salut. Il faudra certainement ajouter cette peur que les Algériens ont de l’inconnu : qui est capable de remplacer le Président, si celui-ci s’en allait ? Cela donne de l’assurance aux tenants du système. C’est d’ailleurs beaucoup sur ce thème que les tenants du système répondent aux revendications des marcheurs du samedi : Sadi n’est même pas capable de faire l’unanimité dans son propre douar ! Aït Ahmed est sénile et il préfère les rives du lac Léman à son pays ! Benbitour, il ne représente rien ! Personne, y compris dans le sérail, n’a assez de carrure pour remplacer notre zaïm ! Et ça marche ! Ecoutez autour de vous les remarques des uns et des autres, quand vous abordez ce sujet ; vous y découvrirez cette peur de l’inconnu, sur laquelle surfe le pouvoir.

Les animateurs du «changement pacifique et démocratique» du système ont rendu publique une plate-forme politique qui évoque les modalités de transition. Votre lecture à ce propos ?

C’est exactement ce que l’on entend depuis des lustres. Un changement par une Constitution nouvelle qui donnerait plus de libertés, plus de contre-pouvoirs, plus de… C’est toujours le même problème : on pense qu’il suffit de changer les textes pour que tout s’arrange. Le pôle démocratique dans toute sa diversité (et les adversités qui le traversent) oublie que la démocratie est avant tout une culture. Et que les plus beaux textes du monde, s’ils ne sont pas appliqués ne restent que des textes. C’est le citoyen qui fait la démocratie, pas les textes. Or, le citoyen – dans sa majorité le plus silencieuse – n’a vu de la démocratie qu’une cacophonie portée par tous les courants. Les islamistes se disent des démocrates qui ont gagné les élections législatives, dont on les a spoliés ; alors qu’ils ont eu et ont encore le même comportement de prédateur que le FLN qu’ils combattaient. Les élus des autres partis dits démocratiques se sont avérés être exactement identiques à ceux du FLN (d’ailleurs beaucoup d’entre eux en sont issus). Ce que les partis du pôle démocratique ont montré est absolument l’égal de ceux qui gouvernent le pays depuis son indépendance. Je pense sincèrement qu’à ce jour, personne dans l’opposition démocratique n’est prêt pour une transition qui mènera à une vraie démocratie. Je ne mets pas en doute la sincérité, ni le courage, de ceux qui mènent le mouvement de revendication politique, mais je doute de leur capacité à aller de l’avant et à prendre en main la destinée du pays. Je leur souhaite pourtant de réussir, car au moins eux, ont montré une volonté de se battre pour le changement, que l’on ne voit pas ailleurs.

Que vous inspire le débat sur le changement du système de l’intérieur pour certains ou de l’extérieur pour d’autres acteurs politiques ?

Saïd Sadi l’a essayé et il s’en est mordu les doigts. Il avait pensé pouvoir faire évoluer de l’intérieur le système mis en place par l’actuel Président, en rejoignant le gouvernement. Non seulement, il n’a rien pu changer, mais il a fait preuve d’une naïveté politique qui le poursuit aujourd’hui encore et qui le décrédibilise en tant que recours possible pour la succession. Sans compter que la participation du RCD au gouvernement a contribué à le démythifier en tant que LE PARTI de l’avenir démocratique de l’Algérie ; le parti vraiment citoyen. Il n’a réussi qu’à faire la démonstration contraire : ses ministres étaient autant khobzistes que ceux du FLN, du RND ou du HMS. Et qu’il n’y avait rien de plus important pour eux que le koursi !

Voilà plus de deux mois que la crise libyenne perdure et prend des proportions imprévues. Quelle analyse faites-vous de la polémique quant à la position de l’Algérie ?

Le Président a consacré indirectement à ce problème un long développement dans son discours à la nation. Il en ressortait que l’Algérie s’opposait frontalement «aux ingérences étrangères» dans les conflits à l’intérieur des pays arabes. La lecture est claire : «Touche pas à Kadhafi !» Non pas que Bouteflika ait un quelconque atome crochu avec le dictateur de Tripoli (personne ne l’a, me semble-t-il, entendu dire du bien de lui) mais Bouteflika connaît trop bien la théorie des dominos (il était ministre des AE quand les Etats-Unis de son ami Kissinger appliquaient cette théorie sur le front du Sud-Est asiatique) pour rester réellement neutre devant le risque de chute de Kadhafi. Après lui, ce sera le tour de qui ? D’ailleurs, il suffit de voir quels autres pays arabes soutiennent Kadhafi pour se rendre compte que ce sont ceux qui se sentent les plus menacés par la rue : Syrie et Yémen. Mais de là à ce que le régime algérien aide militairement Tripoli, j’espère bien que ce n’est pas le cas. Et que ce ne le sera jamais le cas. Ce serait vraiment trop grave. D’autant qu’à lire ce que vient de publier le quotidien El Watan du 25 avril, sur les tentatives répétées du zaïm de Tripoli de déstabiliser l’Algérie, y compris militairement, il serait criminel pour le président d’aider son alter ego de Tripoli.

Si l’on part de l’hypothèse que certaines officines occidentales avaient mis en plan la création d’un foyer de tension à la frontière est de l’Algérie pour l’affaiblir, partagez-vous ce point de vue et quels seraient selon vous les risques à venir ?

Mais bien entendu que des officines étrangères ont toujours travaillé à déstabiliser toute la région du Sahel et du Sahara du sud ; c’était leur intérêt et il n’y a rien de plus normal à ce qu’il le fasse. C’est plus à la réaction algérienne, qui jusque-là semble avoir été à la hauteur, qu’il faut s’intéresser. Les services de sécurité du pays ont toujours été à la hauteur, concernant ce problème. Même la diplomatie avait un temps été en phase avec les vrais intérêts du pays. Mais depuis un certain temps, depuis le positionnement du mouvement Al-Qaïda dans la région, les choses semblent avoir évolué en défaveur de l’Algérie. La diplomatie semble en panne ; et même les services de sécurité semblent piétiner, bien que leur engagement pour sécuriser la bande sud, et maintenant sud-est, du pays ait beaucoup crû. Le danger est bien réel - à Dieu ne plaise — de voir cette région sud de l’Algérie devenir, sous l’effet conjugué des officines dont vous parlez, des djihadistes d’Al-Qaïda, des gouvernements des pays limitrophes et même de certains chefs touareg, algériens ou non algériens, une véritable poudrière. Une poudrière qui pourra aller même jusqu’à une tentative de sécession d’une partie de cette région. Ce qui avait été un moment l’objectif de Kadhafi, dans sa recherche effrénée de grandeur et de leadership.

Tensions et troubles permanents à l’intérieur, pressions à l’extérieur, l’optimisme doit-il rester de rigueur malgré tout ?

Optimiste, oui ! Mais d’un optimisme volontariste ! Celui qui exige qu’on ne baisse pas les bras ; qu’on continue de se battre envers et contre tous ! Celui qui fera que nos étudiants réussissent dans leur combat pour un avenir meilleur. Celui qui les poussera à faire jonction avec les revendications politiques ! Un optimisme qui se base sur le dur combat des syndicats autonomes, et qui commence à donner ses fruits ! Et qui les fera se rassembler sous la même bannière pour revendiquer un avenir meilleur au-delà de leurs propres chapelles. Un optimisme que nourrit une société civile qui commence à relever la tête et à mettre au placard toutes les organisations khobzistes du passé (UGTA comprise) et qui se tourne résolument vers des lendemains meilleurs. La démocratie est à ce prix !

Source Le  Soir d’Algérie Brahim Taouchichet

Le Pèlerin

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