Partager l'article ! Algérie - Michel Delattre du cabinet MD Expansion à propos de la création de l'espace maghrébin de libre-échange: «L'UMA peut être plus re ...
«L'UMA peut être plus rentable que l'Union européenne»
Entravé par des divergences de gouvernance, l'instauration d'un espace de libre-échange maghrébin est plus que jamais à l'ordre du jour des discours des dirigeants et des gouvernants des pays du Maghreb. Un concept qui ne date pas d'aujourd'hui puisque -faut-il le rappeler- le projet de zone de libre-échange comme celui de la Banque maghrébine pour l'investissement et le commerce extérieur (BMICE) datent de 1991. A ce titre, contacté par nos soins, Michel Delattre, conseiller en stratégie de développement ''Partenariat Euro-Maghreb'' a bien voulu apporter quelques éclaircissements sur cette question.
Les Débats : Avec la relance de l'UMA, il est notamment question de la création d'un espace économique de libre-échange entre les pays de ce bloc régional. Cet espace a-t-il une chance d'être un jour aussi rentable que l'UE ?
- M. Delattre : Vaste question ! Avant d'être rentable, il faut exister réellement. Pour mémoire l'Union du Maghreb arabe regroupe les 5 pays du " Grand Maghreb " et ceci depuis plus de 20 ans, même si cela reste au niveau des intentions.
Mais pas trop d'inquiétude. La CEE puis l'UE est toujours en cours de constitution. Il lui aura fallu 40 ans pour concrétiser efficacement un Pool " Charbon Acier " base de l'économie européenne de l'époque et moins de 15 ans pour se rendre compte que c'était obsolète. 20 ans également auront suffi à doubler le nombre des pays adhérents mais, je le note avec force, en quadruplant les problèmes ; inutile de revenir sur cette actualité.
Ainsi va la vie. Comment avancer en faisant plaisir à tout le monde ? C'est impossible. La vie économique dépend de l’avis " politique et inversement mais la différence fondamentale réside dans la vitesse de décision et d'appropriation des concepts et des actions.
4 saisons dans les mêmes 12 mois, chaque année, pour la confection, la mode, les produits alimentaires… et 20 ou 40 ans pour apporter des modifications structurelles admises par tous et validées par l'économie mondiale. Dans ce contexte, tout nous encourage à dire qu'un jour l'UMA, en complément des accords internes et multilatéraux existants, sera aussi et peut-être plus rentable que l'UE. Cet avenir souriant pour devenir et rester "rentable" devra inclure et porter l'ensemble des valeurs qui concourent à la qualité de vie des citoyens de la zone dans leurs dimensions sociale, humaine, économique et autres.
Dans les conditions politiques et économiques actuelles, quelles seront les incidences de cet espace sur les échanges économiques entre l'UE et les pays du Maghreb?
- Tout d'abord il faut rappeler que le bassin économique MED, s'il ne représente qu'un des grands bassins de développement dans le monde avec lesquels il a plus ou moins de relations, il dispose d'une double profondeur. Le Nord de l'Europe d'une part et l'Afrique d'autre part.
Ne pas se mettre d'accord " entre nous " à ce niveau et quelles qu'en soient les raisons serait une vision rétrécie des réalités économiques qui conduirait à des incidences négatives. La dernière crise mondiale montre bien qu'un pays, aussi fort soit il, n'est pas en mesure de résoudre ses problèmes seul et ceci sans aborder ceux qu'il crée aux autres. Il importe donc à chaque partie de rechercher, avec les autres, une harmonie objective entre les conditions politiques, sociales et économiques. Bien faire la différence entre libre-circulation des personnes et libre-installation. L'UMA dans sa dimension Grand Maghreb c'est admettre entre autres au même titre qu'en Europe : qu'une entreprise installée au Maroc aura les mêmes facilités de commercialiser sur toute la zone ; réfléchissons un instant au projet Renault ! Les incidences sont déjà bien commues : très peu d'échanges horizontaux concourent au développement du PNB régional, une positions individualiste dans les négociations internationales ; le Maghreb n'est pas vu par l'UE comme une entité politico économique cohérente mais bien comme une parcellisation de moyens, de posture, de législation qui interdit aujourd'hui toute vision globale pour une PME (plus de 90% de l'économie productive européenne). Il importe donc que cette recherche de cohérence, sous réserve d'attentes communes et partagées - intellectuellement et géographiquement- s'effectue dans un cadre politique régional réellement ouvert sur l'Avenir. Ce dernier ne se construit pas seul ; les autres partenaires et plus particulièrement l'UE devront apporter leur concours pour une démarche constructive.
De quelle manière l'UE pourrait-elle s'impliquer dans la concrétisation de cet espace?
- L'implication structurante est déjà en oeuvre depuis longtemps. Déjà en décembre 1991 j'animais une première Action du programme UE de coopération décentralisé au profit de l'Algérie (ECIP sur ses 4 Volets). Depuis de très nombreux programmes touchant l'ensemble des ministères ont eu lieu. Les Programmes de mise à niveau ont touché, sous des formes diverses, les 3 pays du Maghreb central. L'Accord d'association et l'accord de libre- d'échange, même avec des dates de sortie différentes y est appliqué.
Aujourd'hui je pense que l'ensemble des grands problèmes est entre les mains des "grands hommes et structures" qui nous gouvernent et ils prennent le temps de la réflexion !Il nous reste donc les problèmes "simples", les milliers qui font notre vie de tous les jours, ceux ou le bon sens se confronte à la théorie. C'est ici que l'UE et l'UMA doivent écouter leurs "clients" et prendre le temps de réfléchir - avec la société civile des deux rives - aux attentes et aux solutions de terrain qui pour la plus grande part existe ailleurs.
Espérons que cet exercice d'ouverture serve à l'ensemble des parties et que vive la Méditerranée.
Bio-express
Michel Delattre, expert européen, fondateur et directeur du cabinet de Conseils aux Entreprises MD Expansion, oriente depuis 1972 l'ensemble des ses actions vers la stratégie de développement au profit des PME et de ses institutions d'appui. Expert en Co-investissement dès 1982 en Tunisie, dans le cadre d'une coopération bilatérale, il dispose d'une grande expérience dans l'identification et la réalisation de partenariats. En 1992, il préparait à Alger la première opération de la communauté européenne au profit des PME algériennes privées dans le cadre des procédures ECIP ; opération élargie à l'Egypte, Maroc et Tunisie et qui a réuni près de 200 PME en Europe.
Partenaire et intervenant à divers titres entre 1977 et 2002 dans "les mises à niveau" française, tunisienne et marocaine, le programme de mise à niveau EDPME Algérie fait appel à son expertise de 2002 à la fin du programme pour piloter le volet PME, et cela au profit de 700 entreprises.
Source Les Débats
Entretien réalisé par Maissa Naili
Le Pèlerin
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