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Le grand dramaturge français a inspiré abondamment le théâtre algérien et arabe. Et cela continue.

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Molière est sans doute l’auteur français qui a conquis, de manière exceptionnelle, la scène arabe et africaine. Les premiers auteurs connaissaient ses textes et étaient séduits par la veine comique et les thèmes qui leur semblaient familiers. Molière était un modèle idéal pour eux. Aussi, cherchaient-ils à adapter ses pièces en leur donnant un caractère local et en modifiant les noms et en conservant la structure globale. D’ailleurs, la première pièce montée par un Arabe s’inspirait largement de L’Avare, devenue Al Bakhil (An Naqqash, 1848).

En Algérie, la grande majorité des auteurs reprenait des textes du dramaturge français sans citer leur source. Jean-Baptiste Poquelin faisait l’affaire de nombreux acteurs et fascinait le public qui retrouvait un rire libérateur. Il fallut attendre 1940 pour que Mahieddine Bachtarzi monte L’Avare en mentionnant le nom de Molière dans la fiche technique. Mais les traces de son œuvre investissaient la représentation depuis les années 1920. Déjà, dans Djeha de Allalou, jouée en 1926, cette présence est évidente à travers des traces du Médecin malgré lui et du Malade imaginaire.

Djeha devenait médecin malgré lui, obligé de jouer ce rôle auprès du sultan qui lui demandait de soigner son fils, le prince Maïmoun. Mais arrivé au palais, Djeha se rendait vite compte que celui-ci simulait la maladie pour ne pas épouser une femme qu’il ne connaissait pas. La deuxième pièce de Allalou s’inspirait de L’Etourdi (sans oublier l’élément dramatique fondamental tiré des Mille et Une Nuits).

Allalou et Ksentini articulaient leurs représentations autour du comique de situations, du quiproquo, de la farce et de l’étude des mœurs. Leur théâtre était attentif à l’actualité et aux rumeurs et aux bruits de la vie quotidienne. Ils raillaient les hypocrites, les faux dévots et les cadis cupides. Molière était, bien avant eux, «attentif aux problèmes sociaux de son époque, notamment ceux que pose la société bourgeoise», et, dans ce sens, «il placera ceux, dont il veut peindre les travers, les ridicules ou les vices, au milieu de parents et d’amis, eux-mêmes fortement caractérisés, vivants et vrais et dont l’ensemble, autour du héros principal, constituera un milieu social naturel aux aspects divers, où les personnages s’opposeront les uns aux autres et réagiront les uns sur les autres. »

Jusqu’en 1940, Molière fut réutilisé et adapté par de nombreux auteurs qui n’hésitaient pas à reproduire des thèmes, des situations et la structure des pièces de ce grand écrivain français, vite adopté par les Algériens qui se retrouvaient dans sa manière de traiter les questions sociales et les sentiments humains et s’identifiaient rapidement à des personnages en butte avec l’hypocrisie, le mensonge et la lâcheté, sujets d’ailleurs déjà abordés dans les contes et récits de la littérature orale. Le comique attirait le public populaire qui voyait sur scène les «maîtres» ridiculisés et fragilisés par des procédés humoristiques exceptionnels.

De nombreux auteurs traduisirent et/ou adaptèrent des pièces de Molière. Ainsi, L’Avare, Tartuffe, Le Malade imaginaire, Le Bourgeois gentilhomme, Le Médecin malgré lui et Les Fourberies de Scapin sont les textes les plus joués en Algérie. En l’an 2000, au Festival du théâtre d’amateurs de Mostaganem, une jeune troupe de Miliana présenta Le Bourgeois gentilhomme, déjà montée à plusieurs reprises. L’adaptation la plus connue est celle de la Troupe du théâtre populaire (TTP) de Hassan El Hassani, Belgacem el bourgeoisi. Les auteurs modifient souvent les titres : Tartuffe devient Slimane Ellouk (Bachtarzi) ; Le Bourgeois gentilhomme prend le titre de Les nouveaux riches du marché noir (encore Bachtarzi) ; Le Médecin malgré lui apparaît sous un nouvel intitulé, Moul el baraka (Mohamed Errazi), etc.

Les titres choisis correspondent au contexte social de l’époque de l’adaptation et obéissent au discours de l’auteur-acteur qui actualise ainsi le propos de la pièce en lui faisant porter de nouveaux oripeaux, plus conformes aux «traditions» et réalités locales (noms des personnages, coutumes et mœurs, déroulement dans une ville algérienne, costumes…). Certains passages faisant allusion à la religion disparaissent de la version algérienne. Les proverbes, les dictons populaires et le chant peuplent le récit qui obéit parfois à la structure du conte. Les dramaturges prennent de grandes libertés avec le texte originel. Les personnages s’expriment dans une langue où le dialogue est simple, proche du langage quotidien. Bachtarzi, Touri, Gribi ou Errazi enlèvent ou ajoutent des scènes, réécrivent certains passages et neutralisent la structure dramatique originelle. Bachtarzi inaugure son texte El Mech’hah (L’Avare) par un prologue en vers qui apporte une série d’informations sur l’intrigue.

Dans Docteur Allel, adaptation du Médecin malgré lui, il opère de la même manière en présentant au début les personnages et les événements importants.  Le Tunisien Mohamed Aziza explique ainsi l’intérêt porté à l’adaptation des œuvres de Molière : «Partout, dans le monde arabe, on tente de s’approprier l’expérience théâtrale de l’autre. On «libanise», on «arabise», on «syrianise», on «marocanise» un peu tous les auteurs. Mais c’est Molière qui se révèle la providence de tous les adaptateurs parce que ses personnages sont plus ouverts, ses situations plus transposables et ses préoccupations plus partagées.» Les auteurs algériens ne réussirent pas tout à fait à transposer sur scène le génie de Molière.

Certes, ils arrivèrent à toucher le grand public mais ne purent reproduire la dimension poétique et la portée morale et sociologique des textes de Molière. Ces adaptations ne plurent pas à tout le monde, certains chroniqueurs français dénonçaient cette réécriture de textes français.L’aspect satirique et le choix des personnages constituaient les éléments-clés pour transposer deux formes dramatiques dans une sorte d’espace syncrétique. Mais le rire, dans les pièces de l’auteur français, n’est jamais gratuit. Molière devenait, grâce à la force dramaturgique et à la dimension comique, un écrivain «algérien». Le discours des auteurs algériens se caractérise par son caractère didactique et pédagogique. Molière se conformait trop bien à cet objectif.

L’Avare est certainement le texte qui a le plus séduit metteurs en scène, dramaturges, traducteurs et adaptateurs arabes. Plusieurs versions en existent dont la première pièce de théâtre jouée dans un pays arabe. Amin Sidqi, Jalal, Najib Haddad et bien d’autres auteurs adaptèrent ou traduisirent Molière. En Algérie, nous pouvons citer les noms de Mahieddine Bachtarzi, Mohamed Errazi, Mahboub Stambouli, Mohamed Touri, Rédha Houhou, Mohamed Boudia… L’engouement pour ce texte s’expliquerait par deux faits : le thème de l’avarice est souvent traité dans la littérature orale et même écrite avec des écrivains comme El Mas’oudi et El Jahiz. Le Livre des Avares de celui-ci en est la parfaite illustration.

El Mech’hah (L’Avare) de Bachtarzi et Si Kaddour el Mech’hah de Touri empruntent les procédés comiques de Molière, «algérianisent» les noms et le langage, habillent les personnages de costumes locaux et situent les actions dans un cadre algérien. Les textes diffèrent parfois de l’original. Ces auteurs simplifient sérieusement les intrigues en évitant toute allusion à des situations risquant de choquer en terre algérienne. La structure d’ensemble, les grandes séquences et le fonctionnement de certains personnages du texte-source se retrouvent réemployés dans la pièce-cible, avec trop peu d’aménagements et de changements et investissent toute la représentation dramatique, fournissant au texte une certaine cohérence discursive.

Bachtarzi a modifié la structure du texte de Molière, d’abord en réduisant le nombre des actes (de 5 à 3), ensuite en supprimant des scènes, en ajoutant d’autres et en empruntant la forme du conte et de la farce traditionnelle. C’est un récit fermé, conclu par un dénouement heureux et qui transforme radicalement le discours de Molière : H’sayen se délivre en quelque sorte de ses tares, comme par enchantement. Madjid finit par épouser Aïda. Leïla s’en sort à merveille. La fin rétablit la stabilité et l’équilibre initial et donne à H’sayen un autre statut. Il change positivement, cette évolution, tellement rapide, en devient invraisemblable. Trop peu d’éléments indiquent cette transformation. Le personnage subit, en quelque sorte, le diktat de l’auteur qui décide unilatéralement de le libérer de ses défauts et d’homogénéiser l’espace d’intervention et de manifestation des personnages.

Dans L’Avare de Molière, les choses se passent autrement. Harpagon ne change pas et reste prisonnier de ses vices et de ses tares. Cléante et Valère réussissent à déjouer les plans d’Harpagon et à épouser les femmes de leur choix. Leur quête n’a abouti que parce qu’ils possédaient un moyen de chantage : la cassette. Bachtarzi construit un univers homogène, statique, marqué par une certaine cohésion, illustrée essentiellement par l’aboutissement de la quête des personnages. Le conflit dont les soubassements sont alimentés par une question d’argent est résolu à la fin de la pièce.

Tout rentre dans l’ordre. Les personnages voient leurs projets et leurs vœux réalisés. Les deux fins (celles de Bachtarzi et de Molière) sont différentes. Le dénouement de la pièce de Bachtarzi est conforme au ton didactique du travail théâtral de l’auteur. H’sayen est radicalement transformé, il devient, en quelque sorte, un autre personnage. Cette mue subite est illogique. La logique narrative se plie au discours moralisateur de Bachtarzi qui, dans de nombreux cas, évacue les espaces conflictuels et déshumanise ses personnages qui ne peuvent, dans des conditions cohérentes, connaître ce type de transformation.

De négatif, H’sayen va devenir un élément positif. Ce retournement sans transition est caractéristique de la pauvreté dramaturgique du texte et de l’absence d’une étude serrée des personnages. L’intention didactique et morale a pris le-dessus sur les considérations narratives et esthétiques. Les procédés employés par Bachtarzi ne sont nullement nouveaux dans les pays arabes.

De nombreux auteurs reprennent depuis l’indépendance des procédés et des techniques d’écriture de Molière, à commencer par Belhafaoui, Safiri, Rouiched, Hassan El Hassani et d’autres auteurs du moment. La dernière pièce en date est Tartuffe, montée par le TRC. Sid Ahmed Agoumi a également en projet la mise en scène de ce texte. Il faudrait dire que le théâtre en Algérie, redevable à Molière, a adapté et mis en scène plusieurs de ses pièces : Don Juan, adaptée par Belhafaoui et mise en scène par Mustapha Kateb, Le médecin malgré lui se transformant en «comédien malgré lui» chez Safiri et Hadj Omar, Les Fourberies de Scapin se métamorphosant chez Touri en Sellak el wahline (mise en scène de Allel El Mouhib qui montera également une autre adaptation de Touri, Si Kaddour el Mech’hah).

Il est évident que L’Avare de Molière perd énormément de sa force dramaturgique dans cette adaptation. Le choix du style de la farce populaire désarticule le texte initial et donne à voir de nouveaux effets esthétiques qui n’ont pas la même dimension plastique et dramaturgique que dans la pièce originelle. La conception du rire n’est pas la même chez les deux auteurs.

Source El Watan Ahmed Cheneki

Le Pèlerin

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