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Un échange inégal

algrie-UE

 

Les relations entre l'Algérie et l'Union européenne ne cessent de donner lieu à des rencontres et rendez-vous entre les deux parties tendant à obtenir une atténuation des clauses contenues dans l'Accord d'association entré en vigueur le 1er septembre 2005.

En presque cinq ans, l'économie algérienne aura perdu, du fait des démantèlements tarifaires ayant touché jusqu'à ce jour quelque 2 330 produits importés d'Europe, 5 milliards de dollars, selon certaines estimations.

Selon les termes de l'Accord, 4 000 produits sont appelés à être complètement libérés des droits de douane d'ici janvier 2017 ; soit une porte ouverte vers la création de la zone de libre-échange.

Fortement pénalisée par le processus de démantèlement tarifaire, l'Algérie a proposé à l'Union européenne le report pour les produits restants, soit près de 1 700, jusqu'à 2020.

Cette sollicitation d'un «moratoire» de trois ans est, en fait, entamée depuis deux ans sans qu'une voie assurée ait été avancée à ce jour. Selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Amar Belani, les négociations devraient aboutir prochainement «à un compromis acceptable pour les deux parties». Un nouveau round de négociation est prévu pour le mois de mars prochain entre les deux parties.

Dans ce contexte, l'envoyé spécial du ministère italien des Affaires étrangères, Maurizio Massari, en visite dans notre pays la semaine passée, se fait un point d'honneur de faire valoir la position de son pays tendant à «s'engager pleinement à Bruxelles pour être le sponsor de l'Algérie et d'autres Etats africains afin de raffermir la relation entre l'Union européenne et la rive sud de la Méditerranée».

S'agissant de l'Union pour la Méditerranée (UPM) lancée précipitamment en 2008, elle semble prendre les contours d'un projet mort-né.

Les acteurs et partenaires de la région lui préfèrent franchement le regroupement des 5+5 dont la 9e réunion des ministres des Affaires étrangères se déroule ce lundi à Rome.

Le responsable italien explique que c'est là «un cadre particulier auquel nous attachons une importance particulière (…) Il faudra plus de concrétisations des projets des 5+5 afin d'élargir la coopération dans plusieurs domaines dont la sécurité, l'échange de délégations parlementaires, la sécurité alimentaire et les mécanismes de suivi par l'évaluation de la coopération».

Les structures et les dispositifs dans lesquels l'Algérie se trouve associée avec les pays européens se sont ainsi diversifiés au cours de la dernière décennie. Economiquement, politiquement et stratégiquement, cet arrimage institutionnel trouve largement ses justifications dans une région où l'histoire et la géographie ont depuis longtemps imposé leurs règles.

Cependant, l'Accord d'association que notre pays a signé avec l'Union européenne en 2002 – et qui est entré en vigueur le 1er septembre 2005 – présente une particularité évidente, celle qui caractérise la relation économique et commerciale entre regroupement continental de pays développés et fortement exportateurs et un pays du Sud toujours englué dans des problèmes de développement, de déficit de compétitivité et de mono-exportation des hydrocarbures.

C'est à une sorte d'échange inégal que l'on a affaire malgré tous les efforts tendant à diversifier l'économie du pays et à soutenir les entreprises publiques et privées.

Un simple marché de consommation ?

Jusqu'à présent, l'Algérie est considéré, de facto, dans le cadre de l'Accord d'association, comme un marché de consommation porté par 37 millions d'habitants. Les correctifs sollicités par l'Algérie en 2009 pour réorienter les capitaux européens vers l'investissement productif (richesses et emplois) n'ont été que modestement pris en compte par la partie européenne.

En tout cas, les retombées sur l'économie nationale des démantèlements tarifaires successifs des produits en provenance du territoire de l'UE  sont loin de correspondre à ce qui en était initialement attendu par l'Algérie. La politique d'ouverture aux produits européens avec des exonérations progressives de droits de douane-la nomenclature des produits s'accroît chaque année jusqu'à embrasser la totalité des importations en janvier 2017 – était, entre autres, justifiée par le «coup de fouet» que la concurrence pouvait donner à la reprise et à la relance des entreprises algériennes, particulièrement celles relevant des secteurs productifs.

Dans la même logique soutenant l'idée de la diversification impérative de l'économie nationale, il était aussi attendu des investissements directs des entreprises européennes en dehors des simples opérations commerciales.

Il n'en fut pas tout à fait ainsi et le bilan a été tiré avec grand fracas par l'Algérie en 2009 lorsque, lors de la cinquième session du Conseil d'association Algérie-UE, le ministre algérien des Affaires étrangères rappela à ses devoirs l'Union européenne en matière d'investissements créateurs d'emplois et de richesses de façon à compenser, au moins partiellement, les pertes générées au Trésor public par les dégrèvements tarifaires dont bénéficient les produits en provenance du territoire de l'Union. S'agissant d'un bénéfice «collatéral» qui a pour nom le transfert de technologie, il se trouve presque renvoyé à la catégorie de souhait de luxe tant que les autres volets de la coopération n'ont pas trouvé de règlement définitif, en plus du fait que c'est un processus long, demeurant nécessairement  tributaire des volumes et de la nature des investissements que seraient disposés à réaliser les pays de l'Union européenne dans notre pays.

Par rapport au moment où l'Accord d'association a été conçu – début des années 2000 – des représentants d'entreprises, des patrons, des experts et même des partis politiques ont montré leurs réserves quant aux retombées d'un tel partenariat inégal sur une économie qui peinait encore, et peine toujours, à retrouver ses repères.

Notre appareil économique était loin d'être qualifié pour soutenir une «invasion» par des produits européens soutenus par des facilitations douanières légales et par d'autres procédés pernicieux, tel que le dumping.

Pour des analystes de la scène économique nationale, il s'agissait, ni plus ni moins, d'une concurrence déloyale faite à la balbutiante production nationale. Cette dernière, et dans ses différentes filières (textile, cuir, électronique, petite industrie, produits alimentaire,…), n'était guère préparée à soutenir le choc d'une telle compétition.

Les estimations des pertes douanières pour l'Algérie générées par le démantèlement tarifaire depuis 2005 sont de l'ordre de 5 milliards de dollars dont  la moitié au cours de la période 2005-2009. 

Les échanges de l'Algérie avec le continent européen se caractérisent par un net déséquilibre. Ainsi, un constat a été établi par les économistes et non démenti par les officiels : pour un dollar exporté vers le territoire de l'Union européenne, l'Algérie en importe 20 dollars. La balance est on ne peut plus en porte-à-faux. Au rythme où vont les choses – un démantèlement tarifaire total d'ici 2017 qui se greffe aux contre-performances de notre appareil de production –, tous les espoirs mis dans cet Accord d'association – à savoir essentiellement une compétition censée fouetter la production nationale et un mouvement de transfert de technologie – risquent de partir en fumée.

Le gouvernement algérien, a, outre la revendication de la révision du calendrier du démantèlement tarifaire, fait des observations sur d'autres points contenus dans l'Accord d'association. Il s'agit principalement de la faiblesse des flux des IDE (investissements directs étrangers) en provenance des pays de l'Union européenne et du dossier de la libre circulation des personnes. Le sort peu clair du dossier des investissements initialement prévus par la maison de construction automobile Renault en Algérie constitue sans doute le prolongement d'une politique encline aux strictes transactions commerciales basée sur des exportations toujours accrues vers l'Algérie. 

 «L'Algérie considère que les flux d'investissements européens sont en-deçà de ses attentes, en particulier ceux destinés à promouvoir la diversification de son économie et de ses exportations», avait déclaré à Bruxelles en 2009 notre ministre des Affaires étrangères, Medelci, devant les négociateurs de l'Union européenne, en ajoutant : «Mon pays, en signant l'Accord d'association, voulait développer une coopération globale qui couvrirait tous ses volets : politique, économique et commercial, culturel, social et humain. Or, jusqu'à maintenant, nous relevons clairement que le volet commercial a reçu une attention particulière par rapport aux autres».

Source Les Débats Saâd Taferka

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