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Economie - Crise financière - Dubaï et ses déboires

 

De la démesure à la ruine
L'humanité n'est point gouvernée par la morale, nul ne l'ignore ; la cupidité et l'égoïsme règnent sans partage sur un monde dont le centre est à Wall Street. Mais au détour d'une méga-faillite, l'éthique tant méprisée par les cyniques prend une revanche inattendue. Beaucoup, ces jours-ci, éprouvent une joie un peu méchante - les Allemands appellent ce sentiment schadenfreunde - devant la piteuse déconfiture des magnats de l'immobilier de l'émirat de Dubaï.
Ainsi donc, les super-spéculateurs du désert, financeurs de projets monumentaux au milieu de nulle part, se retrouvent sur la paille, dans l'incapacité de payer leurs factures. Comme n'importe quel pays du tiers-monde, Dubaï est à la recherche d'un rééchelonnement. Il sera rapidement mis en place. On ne s'inquiète pas outre mesure pour leurs principaux créanciers : ils seront payés, la royale solidarité est une nécessité, même si elle sera payée au prix fort par les faillis. L'émirat pétrolier d'Abou Dhabi aidera son voisin impécunieux à faire face. Au cas par cas, et en se remboursant sur les bijoux de famille, la compagnie aérienne Emirates Airlines et Dubaï Ports World, bien connus sous nos latitudes. Car dans ces milieux, comme tout le reste, la solidarité est tarifée.
La crise financière globale a finalement rattrapé les patrons du centre international du shopping par excellence, le paradis du consumérisme de luxe et temple du mauvais goût. Les projets immobiliers démesurés, un archipel en forme de palmier, des hyper-gratte-ciels, une station de ski sous cloche... La liste est longue de ces folies et de résidences à un million de dollars, premier prix, qui ne trouvent plus preneurs.
L'assèchement du crédit bancaire a remis en cause la viabilité du schéma de financement d'un type d'immobilier dont Dubaï représente l'exemple achevé. Le cycle spéculatif, argent facile et crédit illimité, que l'on croyait éternel, a été brutalement interrompu en 2007 par la crise des subprimes. La plupart des banques se sont retirées, parfois sans préavis, de financements de projets spéculatifs dont la rentabilité est devenue de ce fait problématique. La crise a un effet salutaire dans ce cas d'espèce.
Ces projets titanesques, qui ne tiennent aucun compte des contraintes de protection de l'environnement et de développement durable, sont stoppés, au grand dam des fabricants de système de réfrigération d'air mais pour le plus grand bonheur des défenseurs d'une nature en péril.
Il est illusoire de penser que cet échec servira à la réorientation future des excédents financiers vers des projets de développement dans les pays voisins, en Afrique ou en Asie qui manquent cruellement de capitaux. Il ne reste qu'à espérer que la leçon sera salutaire pour des investisseurs de casino en quête de jackpots et de prestige mal placé. Non pas que la faillite enseigne la sagesse, mais qu'à tout le moins elle soit une sorte de pédagogie du placement raisonné et de l'investissement utile. Voeu pieux ?
Abu Dhabi à la rescousse de Dubaï
Au lendemain de la crise financière survenue à Dubaï, l’émirat voisin, Abu Dhabi, capitale et principale composante des Emirats arabes unis (EAU), vole au secours de son frère Dubaï qui ploie sous 80 millions de dollars de dettes.
Basée à Abu Dhabi, la Banque centrale des Emirats arabes unis a annoncé hier la mise à disposition de liquidités supplémentaires pour les banques locales et étrangères à un taux de 50 points au-dessus du taux interbancaire. Actuellement, des projets sont annulés, des chantiers travaillent au ralenti et des appartements et villas cherchent acquéreur. Surprise par la crise, mercredi dernier, Dubaï, « perle » du Golfe et Etat « bling bling », a annoncé son intention de demander aux créanciers de Dubai World, qui contrôle notamment Nakheel, de demander un moratoire de six mois, jusqu’au 30 mai 2010, pour le paiement de la dette arrivée à maturité. Nakheel devait régler, le 14 décembre, 3,5 milliards de dollars. Le holding gouvernemental Dubai World et sa filiale immobilière Nakheel ont contracté près de 60 milliards de dollars de dettes. La Banque centrale a assuré dans son communiqué que « le système bancaire émirati est plus solide qu’il y a un an et dispose de plus de liquidités ».
En réalité, la Banque centrale fédérale des Emirats tente vaille que vaille de rassurer les opérateurs sur la solidité du système bancaire du pays, à la veille de la réouverture des Bourses d’Abu Dhabi et de Dubaï. Il y a lieu de signaler que la Banque centrale était intervenue une première fois en souscrivant en février, 10 milliards de dollars sur les 20 milliards de dollars de bons du Trésor émis au début de l’année par l’Emirat afin de faire face aux difficultés de Dubaï qui couvaient depuis le début de la crise financière mondiale. Aussitôt annoncée, la crise financière qui a secoué Dubaï et a plombé les marchés boursiers. De nombreux analystes s’accordent à dire que Dubaï est en train de payer le prix de sa fièvre immobilière. « Ce pays subit les conséquences d’une politique irrationnelle. Il s’est engagé dans une politique immobilière qui a dépassé ses capacités financières et technologiques.
C’est presque du gaspillage », explique Salah Mouhoubi, économiste, joint hier par téléphone. Notre interlocuteur a fait savoir que le plan de régulation mis en place par le G20 ne pouvait prévoir la crise survenue à Dubaï. « Ce pays a fait des investissements improductifs. Ce sont des projets-mirages », indique-t-il, en estimant que cette crise immobilière ne va pas affecter pour autant les prix du pétrole. « Les prix du pétrole sont définis au sein des pays de l’OPEP. Et les pays non membres de l’Opep n’ont pas intérêt à jouer avec les prix », souligne-t-il. Et comment Dubaï pourra-t-il sortir la tête de l’eau ? M. Mouhoubi invoque les liens de solidarité et d’entraide existant entre les pays du Golfe capables, selon ses dires, de permettre à Dubaï « de sortir de cette mauvaise passe ».
Source El Watan / Le Quotidien d’Oran
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