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L’Egypte reste irascible. Elle nous le fait savoir bruyamment.
L’Algérie, qui fait valoir son flegme diplomatique, n’en a cure.

A peine Chakib Khelil rentré du Caire où il a conclu affaires et répandu une once de diplomatie apaisante, Moufid Chehab, une voix autorisée, exhibe la hache de guerre.
Sofiane Aït Iflis - Alger (Le Soir) - C’est à hérisser les cheveux sur un crâne chauve que cette prolongation qu’Alger et le Caire se livrent encore près d’un mois après la grande explication d’Omdourman, au Soudan. D’un côté, une Egypte ruminant une colère volcanique et de l’autre, une Algérie qui fait mine de ne pas l’entendre roter. Il valait peut-être de ne pas s’abaisser au niveau des éructations des médias cairotes à l’excitation maladive. L’attitude algérienne, tout le temps que durèrent les invectives égyptiennes, paraissait empreinte de suffisamment de sagesse, tant Alger n’était redevable d’aucune faute à expier. Le silence algérien face aux attaques acharnées égyptiennes valait son pesant de grandeur et de noblesse. Sauf, à notre sens, qu’il ne fallait pas exagérer la «gentillesse » jusqu’à faire fi du magma cairote toujours bouillonnant et, comme si de rien n’était, y diligenter un ministre de la République pour une visite officielle. Le ministre algérien de l’Energie et des Mines, Chakib Khelil, aurait pu se suffire de se rendre à la réunion ordinaire de l’organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (Opaep) et ne pas annexer à ce séjour d’affaires une visite officielle au Caire. Car, dans l’histoire, ce n’était pas à Alger d’explorer les voies d’apaisement. C’était plutôt au Caire de corriger ses flagrantes bévues diplomatiques, la plus grave étant le rappel de son ambassadeur à Alger. Les diplomates interprètent une telle décision comme l’ultime étape avant la rupture diplomatique. On pensait l’Egypte happée par une déraison momentanée, conséquence de ses surenchères maladroites autour d’une confrontation sportive. Erreur ! L’Egypte refuse de s’administrer une médecine pour atténuer ses excès de fièvre. La visite de Khelil au Caire, entendue comme une volonté algérienne d’apaisement, n’aura rien changé à l’attitude belliqueuse égyptienne. Que l’on juge. Sitôt Khelil revenu d’Egypte, le gouvernement égyptien charge son secrétaire d’Etat chargé des affaires juridiques, Moufid Chehab de signifier quel sentiment lui procure le geste d’Alger. Le sentiment n’est pas le meilleur. «L’Egypte ne renverra pas son ambassadeur en Algérie s’il n’y a pas d’excuses officielles ou de dédommagements pour les dégâts subis par les entreprises et le peuple égyptiens», a affirmé Chehab au journal égyptien Echourouk, repris par l’AFP. En somme, rien de nouveau au pied de la pyramide de Khéops. Plutôt si, si l’on examine la déclaration à l’aune de ce qu’elle préfigure comme évolutions pratiques. A prendre Chehab aux mots, l’Egypte pousse à une rupture diplomatique pure et simple avec l’Algérie. Car, en conditionnant le renvoi sur Alger de son ambassadeur par des excuses officielles algériennes, elle s’enferme dans une logique de pourrissement, étant entendu que son exigence équivaut à quémander l’impossible.

Le silence d’Alger parle-t-il ?

Pendant que l’Egypte agresseur joue sa farandole et crie à l’agression, l’Algérie s’essaye à la gestion sereine de la crise. Avec quelques ratés, cependant. L’expression diplomatique algérienne, qui s’est voulue d’éviter le tac au tac, laissant les Egyptiens s’enivrer de leurs propres inepties, n’a pas toujours été uniforme. On l’a lue et entendue saupoudrée de sucre chez Mourad Medelci et un tant soit peu ferme et piquante chez Ahmed Ouyahia. Ce dernier, éloigné des feux de la rampe durant les jours de la grande jubilation nationale d’après-victoire, a trouvé en la tripartie l’opportunité de dire son mot. Ses mots. Lui, contrairement à d’autres voix officielles qui se faisaient un devoir de voir en l’agitation égyptienne non pas un Ouragan mais juste une tempête passagère, opposa à l’arrogance cairote la noblesse algérienne. Ouyahia a visé là où ça pouvait faire mal, en mettant en exergue l’histoire nationale écrite en lettre de sang et non découverte en déroulant un papyrus. Ouyahia s’est retenu de reproduire cet exercice facile consistant à juste relater «l’enfer du Caire». Il a qualifié le déchaînement politicomédiatique égyptien de logorrhées qui ne pouvaient aucunement atteindre ni affecter l’Algérie. Après avoir entendu le Premier ministre s’exprimer, on s’imaginait mal, du moins dans l’immédiat, une virée diplomatique d’un ministre au Caire. Or, c’est ce qui s’est produit. s’agit-il d’une bivalence dans la gestion de la crise naissante avec l’Egypte ?

Source Le Soir d’Algérie S.A.I.

Le Pèlerin

 

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