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  • : Algérie Pyrénées - de Toulouse à Tamanrasset
  • : L'Algérie où je suis né, le jour du débarquement des Américains, le 8 novembre 1942, je ne l'oublierai jamais. J'ai quitté ce pays en 1962 pour n'y retourner que 42 ans plus tard. Midi-Pyrénées m'a accueilli; j'ai mis du temps pour m'en imprégner...mais j'adore
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De Toulouse à Tamanrasset

 

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Le cirque de Gavarnie

L'Algérie, j'y suis né le jour du débarquement des Américains, le 8 novembre 1942. J'ai quitté ce pays merveilleux en 1962, pour n'y retourner qu'en août 2004, soit 42 ans plus tard...
Midi-Pyrénées m'a accueilli. J'ai mis du temps pour m'imprégner de Toulouse mais j'ai de suite été charmé par ce massif montagneux et ses rivières vagabondes que je parcours avec amour...Ah ces chères Pyrénées, que je m'y trouve bien ...! Vous y trouverez de nombreux articles dédiés à cette magnifique région et la capitale de Midi Pyrénées : Toulouse
L'Algérie, j'y suis revenu dix fois depuis; j'ai apprécié la chaleur de l'accueil, un accueil inégalé de par le monde.......L'espérance d'abord ...Une relative désillusion ensuite...Pourquoi alors que le pays a un potentiel énorme...Les gens sont perdus et ne savent pus que faire....Les jeunes n'en parlons pas, ils ne trouvent leur salut que dans la fuite....Est-il bon de dénoncer cela? Ce n'est pas en se taisant que les choses avanceront.
Il y a un décalage énorme entre la pensée du peuple et des amis que je rencontre régulièrement et les propos tenus dans les divers forums qui reprennent généralement les milieux lobbyistes relayant les consignes gouvernementales...
Les piliers de l'Algérie, à savoir, armée, religion et tenants du pouvoir sont un frein au développement de l'Algérie ....Le Pays est en veilleuse....Les gens reçoivent des ….sucettes...Juste le nécessaire... pour que ....rien nez bouge....
Pourtant des individus valeureux il y en a ....Mais pourquoi garder des élites qui pourraient remettre en cause une situation permettant aux tenants des institutions de profiter des immenses ressources de l'Algérie. Le peuple devenu passif n'a plus qu'un seul espoir : Dieu envers qui il se retourne de plus en plus...Dieu et la famille, cette famille qui revêt une importance capitale en Algérie.

Le vent de la réforme n'est pas passé en Algérie tant les citoyens sont sclérosés dans les habitudes et les traditions relevant des siècles passés....La réforme voire la révolution passera....à l'heure d'Internet, on ne peut bâillonner le peuple indéfiniment...Cela prendra du temps mais cela se ferra...
Pour le moment le tiens à saluer tous les amis que j'ai en Algérie et Dieu sait que j'en ai....C'est pour eux que j'écris ces blogs, quand bien même je choisis souvent mes articles dans la presse algérienne....pour ne pas froisser la susceptibilité à fleur de peau de l'Algérien...

Cordialement,
Le Pèlerin

 

 

 

 

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 09:44

«Autant que possible il faut tenir l’armée loin des démons de la politique» (1re Partie)

Bouteflika et l armee

 

Pour analyser les récents développements intervenus sur la scène nationale, nous avons sollicité le concours de notre ami Mohamed Chafik Mesbah qui a bien voulu répondre à nos questions à travers l’entretien que nous publions. Voici la première partie de cet entretien.
Le Soir d’Algérie : La conjoncture politique nationale connaît des évolutions importantes qui nous renvoient, cependant, à des interrogations qui se rapportent aux origines de la crise politique que traverse, encore, le pays. Commençons par l’arrivée au pouvoir de Abdelaziz Bouteflika. En 1999, l’actuel président de la République avait accédé au pouvoir grâce à l’appui déterminant du Commandement militaire. Depuis lors, s’est-il affranchi de cette tutelle ?
Mohamed Chafik Mesbah : Sur le plan formel, comme sur le plan pratique, le président Bouteflika s’est, incontestablement, affranchi de cette tutelle. La démission de l’ancien chef d’état-major de l’ANP, le général Mohamed Lamari, a constitué un véritable tournant dans les rapports de M. Bouteflika avec l’institution militaire. Le général Mohamed Lamari, avec sa personnalité exultante, était le seul officier capable de s’opposer frontalement au chef de l’Etat. Ce départ qui a sonné le glas de ce que nous pourrions appeler «le commandement politique» a ouvert, aussi, la voie aux jeunes officiers qui ont pu accéder aux postes de commande dans les unités de feu et des services. Ces jeunes officiers dotés d’une solide formation militaire et technique sont fermés, aussi bien, aux sirènes de la politique. En résumé, l’autorité du président de la République sur la hiérarchie militaire ne souffre pas de contestation. Les propos rapportés par WikiLeaks sur la question ne sont pas erronés.
L’institution militaire a subi des évolutions substantielles depuis l’accession au pouvoir du président Bouteflika. Quel bilan dressez-vous de ces évolutions ?
Redoutable tacticien, le président Bouteflika, sitôt parvenu au pouvoir, a vite fait de comprendre qu’il était urgent de se défaire d’un commandement militaire qui manifestait une trop forte propension à interférer dans le champ politique. Ce choix lui semblait d’autant plus nécessaire qu’il ne lui fallait pas rester tributaire d’une hiérarchie à qui il devait son intronisation. M. Bouteflika a agi, intelligemment, en trois étapes successives. Première étape, de manière pacifique et presque consensuelle, il a poussé vers la sortie les chefs militaires qui pouvaient le plus porter ombrage à son pouvoir, il s’agit des chefs appelés communément «janviéristes» par référence à l’interruption du processus électoral en janvier 1992. Deuxième étape, il a placé les chefs militaires restés en activité dans une position de rivalité potentielle au sommet de la hiérarchie, les contraignant, en permanence, à livrer des combats épuisants et sans fin où ils se neutralisent mutuellement. Troisième étape, il a favorisé l’émergence aux postes de commandement les plus sensibles de jeunes officiers compétents et ne traînant pas d’antécédents professionnels ou moraux fâcheux. Le bilan peut être jugé positif, sauf que l’indispensable clarification de la doctrine de défense, notamment, en matière de définition des rapports de l’armée à la société et de détermination des menaces étrangères, n’a pas suivi.
Pourquoi le DRS a-t-il été soumis à une politique différente ?
Le président Bouteflika, déjà méfiant par instinct vis-à-vis de l’institution militaire, l’a été encore plus par rapport aux services de renseignement. Pourquoi, alors, n’a-t-il pas agi semblablement pour «le corps de bataille» et les services de renseignement ? Premièrement, c’est, vraisemblablement, son état de santé qui l’a conduit à réviser l’ordre de priorités dans sa démarche. La réorganisation des services de renseignement, étant donné les menaces pressantes apparues contre le régime, ne pouvait plus constituer une urgence. Deuxièmement, le président Bouteflika, ne disposant ni de véritables relais politiques pour s’adresser à la population ni d’appareils de coercition efficaces pour les substituer au DRS a dû estimer préférable, selon toute éventualité, de conserver en l’état les services de renseignement pour s’en servir comme arme de dissuasion. Troisièmement, enfin, le président Bouteflika pourrait avoir considéré que le DRS, confronté à des difficultés d’adaptation dans un environnement de plus en plus hostile, finirait par perdre, de lui-même, de son influence. N’oublions pas, également, que le président Bouteflika s’est assuré d’un certain répit en découplant, depuis l’élection présidentielle de 2004, état-major de l’ANP et services de renseignement. L’état-major devenait, en effet, aveugle face à la société politique tandis que le DRS ne pouvait plus disposer du socle de l’état-major sur lequel il avait pour habitude de s’appuyer. Nonobstant toutes ces considérations, M. Bouteflika doit garder présent à l’esprit, néanmoins, l’ambition symbolique qui lui est prêtée de vouloir laisser pour l’histoire l’image du chef de l’Etat qui aura normalisé toutes les institutions du pays, y compris le DRS.
Quelle influence exerce le DRS sur la prise de décision stratégique en Algérie ? S’agit-il, comme il se dit, d’un pôle concurrent au cercle présidentiel ?
Dans le contexte politique et institutionnel actuel, il n’existe aucun contre-pouvoir réel à celui du chef de l’Etat. Au plan formel, le président de la République, aux termes de la Constitution, dispose d’un pouvoir sans limites. Le processus de prise de décision connaît, cependant, sur le plan pratique, de sérieuses défaillances aggravées, à présent, par l’indisponibilité chronique de M. Bouteflika. Il en résulte un fonctionnement atrophié du gouvernement et de l’administration. Le DRS, la force de pesanteur jouant, conserve, certes, une certaine efficacité qui lui permet d’exercer une influence relative sur le cours des choses. Pas au point, toutefois, d’engager une démarche d’obstruction à la volonté du chef de l’Etat. Le DRS ne dispose pas, faut-il le souligner, d’un projet alternatif à celui du président de la République. Il existe bien au sein des services de renseignement, chez de nombreux cadres du DRS, des réminiscences du passé, une réserve de culture patriotique vivace qui les pousse à nourrir du ressentiment face aux scandales de grande corruption ou à cultiver un attachement viscéral à la cause du peuple sahraoui. Cela ne constitue pas la matrice d’un projet alternatif à celui du président de la République.
Comment expliquez-vous que le DRS, service secret militaire, se soit substitué à la police et au juge d’instruction dans les enquêtes sur la corruption au sein de Sonatrach ?
Il ne faut pas se voiler la face. Le DRS est l’héritier des services de renseignement de la période du parti unique, lesquels disposaient d’une expertise éprouvée dans les investigations complexes à propos de ce qui était connu sous le libellé de «crimes économiques». Il est certain que le DRS a, toujours, accumulé la documentation relative aux graves anomalies de gestion. Cette mission de prévention des atteintes à l’économie nationale ressortit des attributions confiées, officiellement, au DRS et n’a jamais été absente du plan de charges des services de renseignement. C’est, d’ailleurs, l’exploitation des données recueillies par ces services de renseignement qui a grandement facilité les enquêtes opérationnelles qui ont été menées. Des enquêtes qui ne pouvaient être confiées à la police, mal outillée pour ces lourdes infractions sur lesquelles, de surcroît, pèsent, parfois, des présomptions d’intelligence avec l’étranger. Dès sa saisine, le juge d’instruction, jusqu’à preuve du contraire, a contrôlé les procédures engagées. C’est ailleurs que se situe le problème. La question pertinente consiste à s’interroger, en effet, sur l’étendue de la marge de manœuvre dont a disposé le DRS à propos d’enquêtes déclenchées avec l’aval du chef de l’Etat, si ce n’est sur son initiative. A présent, c’est la justice qui est en charge de ces enquêtes. A voir le niveau subalterne des responsables mis en cause ainsi que les suites judiciaires réservées, il est permis de supposer que la véritable lutte contre la corruption ce n’est pas demain la veille.
En perspective de cette transition démocratique que vous considérez comme une issue fatale, quel avenir en Algérie, pour le DRS, en termes de missions, de structures et de cadres ?
Le leitmotiv d’une éventuelle réorganisation des services de renseignement pourrait être le suivant : «protéger la société, non pas la contrôler». Trois axes de déploiement peuvent être envisagés. Premièrement, au plan de la doctrine, il s’agira de consacrer la subordination des services de renseignement aux instances politiques. Un plan national de renseignement doit être élaboré par le gouvernement et soumis, dans son exécution, au contrôle du Parlement. Deuxièmement, au plan organique, il s’agira d’adopter une configuration qui prévienne l’exercice monopolistique de la fonction de renseignement. Cette fonction doit être répartie entre différentes structures spécialisées, placées elles-mêmes sous des tutelles distinctes. Naturellement, sans préjuger de la coordination fonctionnelle à instaurer entre ces différentes structures. Troisièmement, au plan humain, il s’agira d’ouvrir, résolument, les portes des services de renseignement à l’élite parmi l’élite du pays pour remplacer une composante humaine, en partie déficiente. Après quoi, il faudra maintenir, sans désemparer, le cap dans cette direction. Cette réorganisation pourra-t-elle se dérouler, pacifiquement, dans un climat de sérénité approprié? Ce sera l’un des défis majeurs de la transition démocratique à venir.
Enfin ! C’est là une vision idyllique des choses que vous envisagez. Que faites-vous du contexte et de l’environnement hostiles au DRS ? Oubliez-vous que l’opinion publique, à tort ou à raison, considère que les services de renseignement sont la source de tous les blocages en Algérie ? Ne pensez-vous pas que le chef du DRS constituera, fatalement, une victime expiatoire lorsqu’il s’agira de passer d’une phase à l’autre dans le processus qui se dessine ?
Sans doute, en effet, faudra-t-il beaucoup de conviction, de ténacité et d’intelligence à ceux qui seront en charge de cette œuvre historique. Il existe, comme vous le soulignez, un contexte et un environnement, au plan national comme international, plutôt défavorable au DRS. L’environnement international, tout d’abord. Les puissances étrangères, concernées par l’état des lieux en Algérie, apprécient que les services de renseignement soient un facteur de stabilisation de la situation interne, en termes de sécurité. Ils préféreraient, cependant, qu’ils ne soient pas agissants contre leurs intérêts essentiels dans le pays. Il existe, également, au plan national, une sourde hostilité contre le DRS de la part de ce qu’il est convenu d’appeler «le cercle présidentiel» constitué de responsables apparents mais aussi d’une pléthore d’hommes d’affaires et de spéculateurs évoluant autour desdits responsables mais dans l’opacité. Les services de renseignement, notamment depuis l’éclatement des affaires de grande corruption, sont considérés par ces hommes d’affaires comme des obstacles à l’accaparement vorace des richesses nationales, des empêcheurs de «tourner en rond». Sur un registre presque analogue, tout ce qui s’apparente à l’opposition tire à boulets rouges sur le DRS, assimilé comme vous le dites à une source absolue de blocage. Il existe, enfin, au sein de l’opinion publique nationale un ressentiment, plus ou moins objectif, vis-à-vis des services de renseignement, hérité des décennies écoulées. Bien que l’influence prêtée aux services de renseignement paraisse exagérée, il serait ridicule de nier ce contexte et cet environnement hostiles. A défaut de recourir à la démarche consensuelle, précédemment décrite, pour engager le processus de réorganisation des services de renseignement, faut-il se résoudre à décapiter ces services et à présenter à l’échafaud leurs cadres ? Cette vision nihiliste de la réforme des services de renseignement est parfaitement infantile. La lucidité et la raison devraient prévaloir auprès des responsables futurs de l’Algérie lesquels devraient s’assurer des voies et moyens à même de garantir l’aboutissement, en parfaite condition, du processus démocratique engagé. Aucune nation, aucun Etat ne peut se passer de services de renseignement adaptés, cependant, au contexte institutionnel de l’époque.
Bien des fantasmes se nourrissent des exploits prêtés aux services de renseignement algériens. C’est ainsi que l’ancien ambassadeur français à Dakar, l’écrivain Jean-Christopher Rufin, affirme, dans son dernier roman Katia, que le DRS est le service de renseignement le plus performant en Afrique du Nord. Faut-il le croire ?
Pourquoi le plus performant au niveau de l’Afrique du Nord seulement ? Il fut un temps où les services de renseignement algériens étaient craints pour leur efficacité partout à travers le monde. Par rapport à leur capacité à contenir les activités d’intelligence étrangère dans le pays et par leur efficience dans l’appui apporté aux mouvements de libération en Afrique et de résistance démocratique en Amérique latine. Sans doute le DRS a-t-il subi le contrecoup de la lutte contre le terrorisme au profit de laquelle il a mobilisé toutes ses ressources. Un potentiel résiduel subsiste, cependant, qu’il suffit de canaliser vers les missions liées aux impératifs stricts de sécurité nationale, en le dotant de moyens logistiques et techniques adéquats.
La conduite de l’armée algérienne en cas de déclenchement d’un soulèvement populaire devenu incontrôlable nourrit toutes les supputations. Quelle est l’hypothèse qui vous paraît la plus probable ?
La réponse exige, sans doute, que soit détaillé, encore plus, le profil des jeunes officiers qui a été évoqué précédemment. Issus des écoles de cadets de la Révolution ou des universités, ces nouveaux chefs militaires sont habités, en effet, par une conviction patriotique qui les prédispose à venir au secours d’une Algérie en péril. Face à une situation de chaos potentiel, l’armée algérienne adopterait un comportement semblable à celui des forces armées égyptiennes. Ce comportement pourrait même pencher encore plus vers les attentes populaires.
Est-ce à dire, a contrario, que la toute puissance prêtée au DRS constituerait, en pareil cas, un obstacle à la volonté populaire ?
Vous pouvez me citer un précédent historique où un appareil de renseignement, aussi puissant soit-il, a pu faire obstacle à la marche impétueuse d’un peuple déterminé et guidé par des leaders charismatiques, convaincus et résolus ? La Savak en Iran, la Pide au Portugal ou la Stasi en Allemagne ? Vous savez ce qu’il en est advenu ! Regardez seulement ces jeunes étudiants qui, tout dernièrement encore, ont pu déborder le service d’ordre mis en place à Alger jusqu’à faire basculer — momentanément, il est vrai — le rapport de forces. Les services de renseignement tout puissants et capables de faire échec — par l’infiltration ou l’affrontement, peu importe — à un véritable soulèvement populaire ? C’est de l’histoire ancienne ! Il ne s’agit pas de disculper ces services de renseignement de leur part de responsabilité dans l’état des lieux décrit dans cet entretien. Il ne s’agit pas de «sanctuariser» ces services et de les glorifier de manière béate. Quoi qu’en pensent les esprits simplistes, nous ne sommes pas, en présence d’une société «infantilisée», nous sommes en présence d’une société désorganisée qui souffre d’un manque patent de leadership. Pour l’heure, hisser à tout bout de champ l’épouvantail du DRS, c’est un procédé spécieux du cercle présidentiel qui cherche à dégager sa responsabilité dans la paralysie qui frappe le pays. Un prétexte commode chez certains leaders de l’opposition soucieux de justifier leur résignation symbolique à une situation de fait. Mais il est permis de s’interroger, ayant à l’esprit l’exemple de Youri Andropov qui, à la tête du KGB puis du PCUS, avait tenté de tout faire pour éviter le naufrage de la Russie et la disqualification irrémédiable de l’appareil soviétique de sécurité et de renseignement, il est permis de s’interroger, en effet, si les services de renseignement en Algérie, leur chef en tête, seront capables de devancer le cours de l’histoire ? C’est l’ANP, corps de bataille, qui, paradoxalement, pourrait être plus réceptive au souffle puissant de l’histoire.
Votre analyse laisse presque suggérer que ce n’est pas sur la puissance du DRS et la force de l’armée que repose le pouvoir du président Bouteflika ?
La réponse devrait être nuancée. Sans doute, le DRS procure un appui au président Bouteflika dans l’exercice de son pouvoir. Nul doute que l’ANP, corps de bataille, ne constitue pas une source de contestation du pouvoir du président Bouteflika. Mais il faut convenir, lucidement, que la résignation des élites nationales, politiques et intellectuelles suivie de la normalisation de presque la totalité des formations politiques sont pour beaucoup dans la consécration du pouvoir du président Bouteflika. La difficulté pour ces élites d’établir un contact réel et permanent avec la société réelle devrait les interpeller sérieusement. Comment, en effet, ne pas être frappé par ce fossé qui sépare la société réelle des leaders traditionnels de l’opposition ? Pourquoi les retombées en termes de mobilisation et d’organisation de la population restent aussi limitées, malgré ce potentiel de contestation indéniable qui agite la société algérienne ? Rien ne sert, à cet égard, de rejeter la faute sur un pôle de pouvoir quel qu’il soit. L’histoire nous enseigne, depuis la nuit des temps, qu’il n’existe pas de vrai antidote à la volonté d’un peuple déterminé.
A propos de rôle et de statut de l’armée, cela ne vous semble pas paradoxal que cette institution soit interpellée par M. Ali Yahia Abdennour, président d’honneur de la Ligue algérienne des droits de l’homme, qui lui demande de destituer le président Bouteflika ?
Il ne faut pas prendre au mot maître Ali Yahia Abdennour, homme des plus respectables s’il en fût. C’est sur le mode symbolique qu’il faut décrypter son message : «Vous, militaires, qui avez intronisé M. Bouteflika, aidez-nous à le faire partir.» Dans le cadre bien entendu de la Constitution. Au demeurant, maître Ali Yahia Abdennour, parfaitement avisé, ne peut ignorer que ce qui est en cause c’est le système lui-même. A quoi bon le départ de M. Bouteflika si le système doit perdurer ? Entout état de cause, l’hypothèse d’une initiative de l’armée sous la forme imaginée par maître Ali Yahia Abdennour a peu de chances de se vérifier. En premier lieu, à l’exception notable du chef du DRS, les chefs militaires qui ont intronisé le président Bouteflika ne sont plus en activité. Ils ne peuvent plus agir sur la chaîne de commandement militaire. En deuxième lieu, les jeunes officiers qui, désormais, détiennent les leviers de commande ne sont plus dans une logique d’interférence dans la sphère politique. De surcroît, il n’existe pas, parmi eux, de figure charismatique capable d’audace et susceptible d’exercer un effet d’entraînement sur l’ensemble de la chaine de commandement. Le seul cas de figure qui pourrait se présenter c’est bien donc le scénario égyptien où l’armée, sans prendre ellemême l’initiative, viendrait appuyer un soulèvement populaire devenu non maîtrisable. C’est tant mieux ainsi, il faut, autant que possible, tenir l’armée loin des démons de la politique.
A propos de pôles de pouvoir, l’ancien ambassadeur américain à Alger, Robert Ford, estimait impossible de déterminer qui détient, réellement, le pouvoir en Algérie ?
L’ambassadeur Robert Ford était bien avisé lorsqu’il envisageait cette problématique. En fait, il existe, en Algérie, deux réalités juxtaposées. Une réalité formelle, tout d’abord. A se référer à la Constitution, à examiner l’organisation théorique des pouvoirs en Algérie, le régime est hyper présidentiel avec prime au chef de l’Etat dispensé, pour ses décisions, de l’aval préalable du Parlement. Une réalité pratique, ensuite. L’indisponibilité chronique du président de la République aidant, il n’existe plus de centre de décision centralisé en Algérie. Le Premier ministre, par exemple, dispose d’un pouvoir virtuel, seulement virtuel, sur les membres du gouvernement. Le président de la République, seul dépositaire du vrai pouvoir, ne l’exerce pas, pour autant. Il en résulte un effritement du pouvoir avec impact préjudiciable sur la cohérence et l’efficacité de la démarche stratégique de l’Etat.
La stabilité politique et institutionnelle de l’Algérie peut-elle être, aujourd’hui, menacée par un mouvement islamiste d’extraction populaire ?
Le mouvement islamiste, dans sa forme plébéienne radicale, à l’image de ce que fut le FIS, a vécu. C’est une nouvelle direction que ce mouvement a prise, désormais, s’appuyant sur la prédication et prônant l’éloignement par rapport aux attraits matériels, jugés condamnables, de la vie moderne. La conquête du pouvoir politique n’est plus un objectif prioritaire, c’est la conquête des esprits qui est au cœur du combat que mènent ces nouveaux islamistes. A court terme, il n’existe pas de menace majeure sur la stabilité politique et institutionnelle du pays. Encore que dans le cas d’une élection libre et transparente, la victoire de ce mouvement islamiste s’il venait à être structuré — il ne s’agit guère ici de Hamas — pourrait provoquer la surprise. A moyen et long termes, si, en termes de mauvaise gouvernance, de précarité et d’injustice, le statu quo persiste, ce mouvement finira par cueillir, comme un fruit mûr, un pouvoir qui tombera, fatalement, dans son escarcelle.
Dans l’une de vos récentes interventions dans la presse, vous avez évoqué l’hypothèse selon laquelle le président Bouteflika, pour s’assurer de garanties après son départ, pourrait frayer la voie au pouvoir à un tel mouvement islamiste. Si le suffrage populaire en décidait ainsi, faudra-t-il, de nouveau, déjuger le choix du peuple algérien ?
Absolument pas, les thèses «éradicatrices» appartiennent à un passé révolu. L’exclusion politique n’est plus de mise en Algérie comme partout ailleurs dans le monde arabe. Pour mieux étayer la réponse dans le cas présent, élargissons, cependant, le champ de la réflexion. Supposons que, désormais, la préoccupation du chef de l’Etat porte, d’une part, sur le besoin de disposer d’un répit pour préparer une sortie qui lui soit la plus favorable et, d’autre part, sur l’impératif de négocier les conditions d’un départ qui ne lui soient pas préjudiciables dans l’avenir, pour lui et pour sa famille. Revenons plus en détail sur les hypothèses qui peuvent se présenter dans ce contexte fermé. Deux cas de figure au total. D’une part, les pôles de pouvoir qui se chevauchent, actuellement, à l’intérieur du système pourraient être tentés de privilégier la création d’un poste de vice-président de la République à la faveur de la prochaine révision constitutionnelle pour adouber un successeur au président Bouteflika coopté à l’avance. C’est, évidemment, compter sans l’état d’exaspération de la population laquelle devrait réagir violemment. Ne nous attardons pas trop sur l’effet contre-productif, puisque ce n’est pas la perspicacité politique, de toute manière, qui domine en ces sphères. D’autre part, le président Bouteflika pourrait être tenté par la conclusion d’un «deal» avec un nouveau parti islamiste populaire qui serait créé à la faveur de la révision de la loi sur les partis. Ce deal comporterait l’octroi de garanties, après son départ, au président Bouteflika ainsi qu’à sa famille. En contrepartie de quoi, le président Bouteflika s’engagerait à mettre en place un cadre juridique et organisationnel qui permettrait à ce nouveau parti islamiste d’accéder, légalement, au pouvoir. Comme une politique d’éradication comparable à l’expérience passée en Algérie — faut-il le souligner à nouveau — est inconcevable, c’est dans la perspective de la durée que ce parti islamiste pourra accéder au pouvoir. Pour le reste, il ne s’agit d’être ni pour ni contre cette perspective, c’est au titre de la réflexion que le cas de figure est évoqué.
Vous êtes, personnellement, opposé à cette éventualité ?
Quelle importance s’il s’agit d’un point de vue émis à titre personnel ? Sur le plan du principe, qui pourrait, sans craindre le ridicule, contester un choix populaire, librement exprimé ? Un électeur islamiste est un électeur algérien, l’équation est aussi banale. Observez ce qui se passe dans le monde arabe avec cette attention focalisée sur le modèle turc, n’y trouvez-vous pas matière à illustrer l’incongruité de toute forme d’exclusion de l’islam, cette dimension identitaire essentielle des sociétés musulmanes ? C’est, donc, sur le plan opératoire que l’équation mérite un examen plus attentif. L’idéal, aurait été, en effet, qu’une telle éventualité intervienne après la conclusion d’un pacte politique qui garantisse la pérennité du système démocratique. Nonobstant l’expérience spécifique de l’Algérie, il aurait été utile, sans doute, de tirer les enseignements des situations similaires vécues à travers le monde. Depuis que l’Algérie – cela fait vingt ans, sinon plus – est confrontée à la crise, n’aurait-il pas été plus judicieux d’envisager des garanties pour que le fonctionnement démocratique des institutions, grâce à un équilibre approprié des pouvoirs, ne puisse jamais être entravé ? Bien sûr que l’émergence d’un mouvement islamiste comparable à l’AKP turc aurait été la plus favorable des issues pour l’Algérie. Bien sûr qu’une société civile organisée, disciplinée et imbue de patriotisme, à l’instar de ce qui est vérifiable pour la société civile en Turquie aurait été une progression salutaire en Algérie. Bien sûr que l’évolution de l’armée vers un statut professionnel irréversible avec mobilité régulière aux postes supérieurs de commandement et un retrait plus marqué par rapport au champ politique aurait été un dénouement heureux pour l’Algérie. Bref, comme la politique n’est pas affaire de sentiments, il eut fallu que de véritables et puissants leviers soient mis en place pour éviter que l’accès d’un parti islamiste ne conduise à l’instauration d’un Etat théocratique reniant les fondements du système démocratique. Où sont ces institutions et ces hommes capables d’assurer le fonctionnement harmonieux du pays en pareil contexte ? Il eut fallu trouver chez les gouvernants actuels ou passés de l’Algérie, les doses nécessaires d’intelligence, de conviction et de courage qui, au demeurant, déterminent le destin des hommes d’Etat ?
Source Le Soir d’Algérie

Entretien réalisé par H. M.
(À suivre)

Le Pèlerin

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