La Flambelle
Une femme présida certainement à la création de La Flambelle... Ce
domaine qui fut exploité méthodiquement devint, au XXe siècle, une pépinière fort réputée. Maintenant la propriété a été presque entièrement urbanisée. Seuls rescapés des temps anciens
demeurent Vélégant château et le pigeonnier. Le jardin a été également conservé et offre un espace très prisé au cœur de ce nouveau quartier de Toulouse.
A l'origine de La Flambelle, il fallait rechercher le nom d'une femme : Na-Flambella - na diminutif de dona. Or, d'après
le notaire Peyronis, une certaine Austrugue Flambelle vivait à Toulouse aux environs de 1440. Ce fut elle qui eût pu donner son nom à ce domaine d'Ardenne haute. Au XVe siècle, un épicier de
Toulouse, Bernard Dupuy, possédait ce vaste terroir de cent trois arpents comprenant deux bordes : Là Flambelle - quatre-vingts arpents - et Antioque - vingt-trois arpents. Pour sa propriété,
Bernard Dupuy payait de bonne grâce les quarante sous d'oblie au prieur de la Daurade. Ses héritiers, son fils Jean Dupuy et sa fille Philippie, mariée à messire Barthélémy Ynard, refusaient d'un
commun accord de s'acquitter de cette dette. La mort de Jean interrompit ce qui eût pu donner lieu à un long procès, car Philippe consentit à une nouvelle reconnaissance féodale au bénéfice
d'Amaury de Senergues, prieur de la Daurade. Ce dernier, pour montrer sa bonne volonté réduisit confortablement la somme exigée...
Son époux étant mort en 1669, la veuve de Jean de Potier décida de vendre le domaine à Jean de Roger, un riche marchand de Toulouse, qui le légua ensuite à sa femme Bertrande d'Abadie. Le cadastre dressé en 1680 nous renseignait : une méttairie appelée Laflambelle ait: maison, jardin, pred, terres et bois, tailhis appelé Vamphithéâtre, ayan chemin de service passant entre ces terres, en tout 63 arpents.
Le 1er mars 1715, noble Jean-Gabriel Guy acheta le domaine noble Jean de Lagauzie, vice-sénéchal d'Armagnac. Le prix avait été fixé à la somme de seize mille neuf cents livres. Un mois et demi après son acquisition, Jean-Gabriel Guy affermait les terres de son domaine, par un contrat à demi fruits, à Antoine Rodoulès, laboureur de Cas-selardit. Celui-ci s'engageait à habiter La Flambelle et y faire le travail nécessaire, savoir : six voltes de labour aux terres, le curage des fossés et le nettoyage des contre-ornières, aller à Eouconne chercher dix bûchers de bois it à Laramet le brouc, c'est-à-dire la bruyère nécessaire pour couvrir les paroits de terre qui fermaient le jardin.. .(3) Jean-Gabriel Guy qui habitait à Toulouse, rue du Secourieu, fut porté à la charge capitulaire en 1722. Cette même année, il renouvela la reconnaissance de son fief de La Flambelle au prieur de la Daurade, son seigneur direct. Le domaine comprenait cent dix arpents dont quarante-sept cédés à bail emphytéotique à seize particuliers parmi lesquels Thomas Lasserre, docteur en médecine et Guillaume Lacan, marchand.
Depuis qu'il avait été capitoul, Jean-Gabriel Guy ajoutait le nom de son fief au sien et signait désormais : Jean-Gabriel Guy de La Flambelle. Il mourut le 27 novembre 1737 après avoir institué sa femme héritière de ses biens. Elle avait la charge de transmettre l'hérédité de feu son mari à son neveu Jean-Pierre Guy - fils de son frère -ou à Jean Roux - fils de sa sœur -, entendu que La Flambelle ne pouvait en aucun cas être vendue ni aliénée, mais léguée à un mâle habile à transmettre et si Jean Roux était choisi, il l'obligerait à porter son nom et ses armes^ Effectivement ce dernier devint l'héritier et, selon le désir avunculaire, prit le nom de Jean Roux-Guy de La Flambelle. Le 28 avril 1739, il épousa demoiselle Perrette Darolles de Souléry, pleinement conscient de la volonté de son oncle défunt qui avait voulu que La Flambelle fut donnée à « un mâle habile à transmettre »...
Jean Roux-Guy de La Flambelle désirait que le vieux manoir pût être remplacé par un bâtiment plus à son goût. Il voulait en effet séjourner le plus souvent possible au cœur de son domaine qui comprenait : maison, cour, jardin, pigeonnier, verger et métairie, sol et pacage... soit 42 arpents, 3pugnères, 4 boisseaux. Le château qu'il fit élever était de plan rectangulaire. Le corps central de la façade principale disposait d'un rez-de-chaussée et d'un étage coiffé d'une balustrade. Les ouvertures de ces deux niveaux étaient percées de portes-fenêtres encadrées de pilastres doriques. Les autres fenêtres de la façade furent surmontées, à l'étage, de terres cuites. Jean Roux-Guy de La Flambelle put apprécier sa belle demeure jusqu'au moment de la Révolution...
Au début du xixe siècle, Jean Sarrus aîné, qui avait déjà acquis le château de Saint Michel du Touch - voir Ancely -, acheta La Flambelle. Mais, en 1825, il s'en sépara au profit de M. Ramel. Le cadastre établi en 1829 mentionnait que le domaine appartenait à la baronne Leroy qui possédait : maison et cour, sol, bâtiment rural, pigeonnier, jardin potager, vigne, terres.^ Jusqu'au départ de Charles Sans-Leroy, député de l'Ariège, La Flambelle demeura au sein d'une même famille un siècle durant.
Les Pourailly se rendirent acquéreur de La Flambelle en 1928. Dans un domaine plus ou moins laissé à l'abandon, cette famille fit planter seize hectares de vergers. Les nouveaux propriétaires orientèrent d'abord leur activité vers les plans d'arbres fruitiers avant de surtout se consacrer aux plantes d'ornement. Leur production était connue et réputée bien au-delà de Toulouse. Une célèbre affiche publicitaire représentait le pigeonnier rond « transformé » en moulin par l'adjonction d'ailes en bois... Les pépinières cessèrent pourtant d'être exploitées en 1987.
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Une grande partie du domaine de la famille Pourailly fut alors vendue pour permettre la réalisation d'un ambitieux projet immobilier. Le programme comprenait des logements, des bureaux, deux hôtels - quatre-vingt-cinq et cinquante-trois chambres -, des commerces. Un lieu de culte, l'église Sainte-Marguerite, a même été édifié et s'ouvre en bordure de l'avenue des arènes romaines, sur les terres des anciennes pépinières. Devant le château, les jardins et le parc - classé tc - servent aujourd'hui d'espace public aux nouveaux habitants de petits immeubles collectifs construits en lisière. Satisfaites ces populations allogènes savourent, auprès des buis, le plaisir de se promener au cœur d'aimables perspectives.
Source : Les Châteaux de Toulouse
Le Pèlerin
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