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  • : Algérie Pyrénées - de Toulouse à Tamanrasset
  • : L'Algérie où je suis né, le jour du débarquement des Américains, le 8 novembre 1942, je ne l'oublierai jamais. J'ai quitté ce pays en 1962 pour n'y retourner que 42 ans plus tard. Midi-Pyrénées m'a accueilli; j'ai mis du temps pour m'en imprégner...mais j'adore
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De Toulouse à Tamanrasset

 

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Le cirque de Gavarnie

L'Algérie, j'y suis né le jour du débarquement des Américains, le 8 novembre 1942. J'ai quitté ce pays merveilleux en 1962, pour n'y retourner qu'en août 2004, soit 42 ans plus tard...
Midi-Pyrénées m'a accueilli. J'ai mis du temps pour m'imprégner de Toulouse mais j'ai de suite été charmé par ce massif montagneux et ses rivières vagabondes que je parcours avec amour...Ah ces chères Pyrénées, que je m'y trouve bien ...! Vous y trouverez de nombreux articles dédiés à cette magnifique région et la capitale de Midi Pyrénées : Toulouse
L'Algérie, j'y suis revenu dix fois depuis; j'ai apprécié la chaleur de l'accueil, un accueil inégalé de par le monde.......L'espérance d'abord ...Une relative désillusion ensuite...Pourquoi alors que le pays a un potentiel énorme...Les gens sont perdus et ne savent pus que faire....Les jeunes n'en parlons pas, ils ne trouvent leur salut que dans la fuite....Est-il bon de dénoncer cela? Ce n'est pas en se taisant que les choses avanceront.
Il y a un décalage énorme entre la pensée du peuple et des amis que je rencontre régulièrement et les propos tenus dans les divers forums qui reprennent généralement les milieux lobbyistes relayant les consignes gouvernementales...
Les piliers de l'Algérie, à savoir, armée, religion et tenants du pouvoir sont un frein au développement de l'Algérie ....Le Pays est en veilleuse....Les gens reçoivent des ….sucettes...Juste le nécessaire... pour que ....rien nez bouge....
Pourtant des individus valeureux il y en a ....Mais pourquoi garder des élites qui pourraient remettre en cause une situation permettant aux tenants des institutions de profiter des immenses ressources de l'Algérie. Le peuple devenu passif n'a plus qu'un seul espoir : Dieu envers qui il se retourne de plus en plus...Dieu et la famille, cette famille qui revêt une importance capitale en Algérie.

Le vent de la réforme n'est pas passé en Algérie tant les citoyens sont sclérosés dans les habitudes et les traditions relevant des siècles passés....La réforme voire la révolution passera....à l'heure d'Internet, on ne peut bâillonner le peuple indéfiniment...Cela prendra du temps mais cela se ferra...
Pour le moment le tiens à saluer tous les amis que j'ai en Algérie et Dieu sait que j'en ai....C'est pour eux que j'écris ces blogs, quand bien même je choisis souvent mes articles dans la presse algérienne....pour ne pas froisser la susceptibilité à fleur de peau de l'Algérien...

Cordialement,
Le Pèlerin

 

 

 

 

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 08:28

Chômeurs en colère

Alger-Chomeurs-en-colere.jpg

 

Ils étaient venus de partout. De Aïn Témouchent, Béjaïa, Médéa, Ouargla, Bouira, Skikda, Aïn Defla, Khemis Miliana… Plus d’une centaine de jeunes (et vieux) chômeurs se sont rassemblés, hier, devant le ministère du Travail. Un travail décent, un salaire digne, une protection sociale, tel est le credo du tout nouveau Comité national pour la défense des droits des chômeurs (CNDDC).

Le siège du ministère du Travail, naguère considéré comme une citadelle imprenable pour les millions de chômeurs dont l’existence n’apparaît pas dans les statistiques officielles, l’a été davantage hier lors du rassemblement auquel a appelé le CNDDC. Le dispositif policier mis en place était des plus impressionnants pour contenir les irréductibles membres du Collectif des chômeurs suicidaires des wilayas du Sud, élargi depuis vendredi dernier en comité national sous l’égide du syndicat autonome Snapap. Les quartiers et ruelles adjacentes à la rue Mohamed Belouizdad (ex-rue de Lyon), où se trouve le siège du ministère du Travail, étaient bouclés dès la matinée par les forces antiémeute.

Le rassemblement s’est quand même tenu, soutenu par les jeunes d’Algérie pacifique, du Club des démocrates algériens,  du Mouvement des jeunes indépendants pour le changement, des groupes sociaux qui essaiment la Toile DZ. Un seul député, Tahar Besbès du RCD en l’occurrence, a fait le déplacement pour soutenir le mouvement des chômeurs.

Yacine Zaïd, de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, licencié en 2007 par une filiale de la multinationale britannique Compass, était l’un des premiers à «foncer» dans le «mur» de policiers déployés autour du ministère.

Il s’en sort avec quelques coups de trique et des lunettes cassées. «Ils (les dirigeants) se disent ouverts au dialogue et quand on est venus leur exposer pacifiquement nos doléances, on nous sort la matraque», dit-il. Plusieurs manifestants ont été molestés. Certains ont même été embarqués, puis relâchés quelques heures après.

Des slogans pleuvent, décapants, sentant le gaz moutarde : «El krassa machi daymine, khafou rab el alamin (le pouvoir n’est pas éternel, craignez Dieu !», «Messassin dima (suceurs de sang)», «Rendez-nous le sang des martyrs !» , «Djazaïr hora dimocratia (Algérie libre et démocratique)», «Barakat ! barakat min serkat el milliarate (Cessez ! Cessez de détourner l’argent public !)».

Dans son intervention, Tahar Belabès, l’ancien porte-voix du collectif des chômeurs suicidaires de Ouargla et actuel coordinateur du CNDDC, a pointé du doigt la «maffia» des bureaux de main-d’œuvre (agences de l’emploi), dénoncé «le système des quotas» dans l’octroi de postes d’emploi qui profitent (d’abord) aux «connaissances», aux «rejetons de la nomenklatura», l’exploitation des travailleurs par les sociétés de catering, de sécurité et de gardiennage, les «négriers de l’emploi» qui «s’en mettent plein les poches et exploitent les travailleurs précaires».

Il a lancé un appel à la «mobilisation générale» pour mettre un terme aux «pratiques maffieuses» qui parasitent le marché de l’emploi.

«Il y a lieu de s’interroger pourquoi le Sud connaît le plus grand nombre de tentatives de suicide de chômeurs alors que ses ressources souterraines profitent à toute l’Algérie», ajoute celui dont deux de ses frères, chômeurs impénitents, se sont déjà donnés la mort.

Le porte-parole du CNDDC, Samir Larabi, ancien journaliste à la Radio nationale, licencié après un mouvement de grève en mars 2010, a mis l’accent sur l’inefficience de tous les dispositifs d’emploi de jeunes (Ansej-CNAC). «Nous ne voulons pas devenir des patrons, nous voulons juste du travail. Un travail digne, un salaire décent. Nous voulons une vraie politique de l’emploi, qu’on mette fin au CCD, qu’on nationalise les entreprises stratégiques ; qu’on remette sur pied les entreprises communales. Nous voulons une allocation chômage à hauteur de 50% du SNMG pour tous les chômeurs.»

Reçus en délégation par des directeurs centraux du ministère, les membres du CNDDC n’ont même pas eu droit à des promesses. «Vos doléances sont entendues et seront répercutées en haut lieu, nous a-t-on dit. C’est un peu le : ’’Je vous ai compris’’ du général de Gaulle», ajoute Larabi.

Source El Watan Mohand Aziri

Le Pèlerin

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 08:16

Algérie - Pour calmer le front social en ébullition, l état débourse plus de 13 milliards de dollars

reserves de change en dollars

 

Le gouvernement tient absolument à conduire les affaires de l’Etat sans accroc pour les trois prochaines années.

Que vous soyez un travailleur pauvre, un demandeur de logement ou un chef de famille nombreuse, le budget de l’Etat est là pour atténuer vos souffrances. Les revenus tirés de l’exportation des hydrocarbures permettent au gouvernement de Ouyahia de dégager 1200 milliards de dinars en tant que transferts sociaux. C’est ce qu’a affirmé hier Kamel Aïssani, directeur des transferts sociaux et de la protection sociale au ministère des Finances, au cours d’une rencontre à Alger avec le patronat pour expliquer les mesures prises au titre de la loi de finances 2011. Ces transferts sont l’équivalent de plus de 10 milliards de dollars. Ces décisions sont prises pour calmer le front social. Et elles ne sont pas les seules. L’initiative du ministère du Commerce de plafonner les prix du sucre et de l’huile jusqu’à août prochain entrent dans le même cadre. Un autre représentant du ministère des Finances est intervenu affirmant qu’il est possible que ces solutions pour réduire les prix soient étendues à une autre période au-delà du Ramadhan prochain. Le directeur général des impôts, Abderrahmane Raouïa, a souligné que même la réduction des taxes douanières pour l’importation du sucre visent à apaiser le front social. Même si cette manière de recourir systématiquement à l’importation n’est pas toujours du goût des opérateurs économiques. Le même responsable trouve qu’il n’y aura pas de problème pour financer le soutien des prix des légumes secs décidé par le Conseil des ministres. Plusieurs autres cadres du même ministère sont intervenus pour défendre l’action sociale du gouvernement. C’est ce qu’a fait Abdelmalek Zoubeïdi, directeur général de la prévision et des politiques. Selon lui, il n’est pas exclu que la hausse des prix des produits alimentaires au niveau mondial conduise à un rallongement de la facture des importations de un à deux milliards de dollars. Toutes ces actions seront financées sans problème puisque les réserves de change de l’Algérie de plus de 150 milliards de dollars le permettent. Mais qu’en est-il de la répartition des transferts sociaux? Pour l’habitat, les ressources dégagées sont de 228 milliards de dinars. Quand on se souvient que de nombreuses émeutes ont éclaté à cause du problème du logement, on se rend compte de l’importance de cette donne pour le gouvernement qui veut acheter la paix sociale à tout prix. Pour le soutien aux familles, ce sont 302 milliards de dollars qui sont prévus. Le soutien des prix du lait et des céréales entre dans cette rubrique tout comme les cantines scolaires et le tarif d’électricité. Le soutien aux retraites absorbe 136 milliards de dinars, y compris pour les moudjahidine et les petites retraites. Dans le domaine de la santé, 220 milliards de dinars sont dégagés pour soutenir essentiellement les établissements publics. Démunis, handicapés et titulaires de faibles revenus ne sont pas oubliés puisqu’ils bénéficient de 134 milliards de dinars. C’est dans cette case qu’est rangée la création de l’emploi relevant de l’Agence de développement social bénéficiant à 700.000 personnes. En plus du social, le ministère des Finances assure que le plan des investissements publics jusqu’à 2014 est garanti. Abdelmalek Zoubeïdi rappelle que 2011 est la deuxième année d’exécution du programme quinquennal 2010-2014 qui totalise 280 milliards de dollars. Il indique que le Fonds de régulation des recettes, en 2010, dispose de 4842 milliards de DA. En d’autres termes, la sécurisation de la dépense publique est assurée sur le moyen terme (trois années). Même les réserves de change de 150 milliards de dollars représentent trois années d’importation. C’est cette dépense publique importante qui pose problème pour le gouvernement et le patronat. Ces deux partenaires sont d’accord pour dire que l’investissement et la création d’emploi relèvent des responsabilités de l’entreprise.
Hier, Habib Yousfi, président de la Confédération générale des entreprises algériennes (Cgea), a soulevé à nouveau, le problème du crédit documentaire tandis que Slim Othmani, qui intervient au nom de l’Association des producteurs de boissons et membre du Forum des chefs d’entreprise, s’est interrogé sur le devenir du marché informel. D’autres critiquent le recours jugé excessif aux importations. Pour cette année, les importateurs de marchandises se positionneraient entre 37 et 38 milliards de dollars, selon les prévisions de la loi de finances. La croissance économique globale se situerait aux alentours de 4 et 6% hors hydrocarbures. C’est toujours insuffisant pour garantir l’emploi.

Source L’Expression Ahmed Mesbah

Le Pèlerin

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 07:53

 

Algérie - Interdiction de la marche à Alger : laborieuses justifications

pouvoir face la rue

 

Les interventions se succèdent pour délégitimer la marche de samedi, rivalisant d’indigence dans l’argumentaire justifiant son interdiction. Considérons, à titre d’exemple, les deux dernières protestations émises par Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’Homme, et par Mustapha Boudina, président de l’Association nationale des anciens condamnés à mort.

Le premier, détenteur désigné de la cause des droits de l’Homme en Algérie, mais plus assidûment chargé d’assurer le bon accueil social aux terroristes “repentis”, trouve simplement qu’Alger n’offre pas la garantie de sécurité à d’éventuels manifestants. Ou, plutôt, trouve-t-il, que la meilleure manière de leur assurer cette sécurité, c’est de leur interdire de manifester.

Maître Ksentini ne va pas jusqu’à renier le droit de revendiquer, mais il en redéfinit la manière : “Les gens qui projettent de faire des marches ont des revendications. Ils peuvent exprimer leurs revendications autrement : par la presse, des réunions, des conférences de presse… On peut s’exprimer pacifiquement et utilement”, précise-t-il. Parce que manifester n’est pas pacifique ni utile ! Le président de la CNCPPDH ne semble pas saisir le sens d’une action populaire. Celle-ci a pour vocation de mesurer l’audience d’une requête ; et si les démocraties les mieux établies ne l’ont pas encore bannie, c’est parce qu’on n’a pas encore trouvé meilleur moyen pour évaluer l’ampleur concrète d’une pétition. Tout le monde n’a pas droit à la conférence de presse !

“Un attentat à Alger lors d’une marche peut faire des dégâts humains considérables”, nous apprend Ksentini. Et un attentat à Batna, il ne ferait pas “des dégâts humains considérables” ? Pourtant, les marches n’y sont pas interdites et personne n’a conseillé au président de ne plus retourner à Batna?

Depuis le temps que Ksentini annonce la reddition massive des terroristes qui se bousculent au portillon de la “réconciliation nationale”, n’en resterait-il qu’à Alger ?

Le sénateur Boudina qui, en dépit de l’interdiction légale, parlait de politique à des lycéens de Médéa, mettait les jeunes en garde contre… “la manipulation de leur colère”. Le président de l’Association nationale des anciens condamnés à mort puise, lui aussi, dans le registre de la sécurité : “Aucun parti ne peut se targuer de pouvoir organiser une marche sans que des dérapages se produisent.” On peut se demander par quelle métamorphose un homme engagé dans sa jeunesse jusqu’à endurer le risque de la guillotine se retrouve à devoir appeler les jeunes à ne rien faire parce que “ce n’est pas une raison pour s’adonner à des actes de vandalisme et de destruction !”

ç’aurait été tellement plus conséquent de leur apprendre à lutter… sans “s’adonner à des actes de vandalisme et de destruction”, puisque Boudina reconnaît que “les problèmes sont légion”. Tellement “légion” d’ailleurs, qu’il en profite pour se plaindre que des   “anciens condamnés à mort n’ont, à ce jour, pas de logement !”

Gageons donc que d’anciens condamnés à mort seront à la marche ! Mais sûrement pas pour un logement.

Les manifestations populaires ont de bien plus sérieux motifs que leur interdiction.

musthammouche@yahoo.fr

Source Liberté Mustapha Hammouche

Le Pèlerin

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 07:37

Plus 20% par rapport à 2009

dinar-d-valu-.jpg

 

Les recouvrements de la fiscalité ordinaire en 2010 ont dépassé 1.500 milliards de DA, en hausse de 20% par rapport à 2009, a annoncé lundi à Alger le Directeur général des impôts (DGI), M. Abderrahmane Raouia. Cette fiscalité, qui représente la fiscalité ordinaire de l’Etat ainsi que les ressources fiscales recouvertes au profit des collectivités locales et des Fonds spéciaux, avait dépassé 1.200 milliards de DA en 2009. «C’est un taux d’évolution très appréciable», a déclaré M. Raouia à la presse au terme d’une rencontre sur les dispositions de la Loi de finances (LF) pour 2011. La LF 2010 tablait en effet sur une fiscalité ordinaire de 1.500 milliards de DA, soit 52% de la totalité des recettes fiscales. C’est la première fois qu’un budget prévoit une fiscalité ordinaire supérieure à la fiscalité pétrolière, les prévisions budgétaires étant calculées sur la base d’un baril de pétrole à 37 dollars, alors que les prix réels tournent autour de 100 dollars. La fiscalité pétrolière pour 2010 avait atteint 2.844 Mds de DA.  Mais, cette évolution positive du recouvrement de la fiscalité ordinaire, moyen incontournable pour la diversification des ressources de l’économie  nationale, ‘‘mérite tout de même d’être signalée, puisque le budget de 2009 était également basé sur un baril à 37 dollars alors que la fiscalité ordinaire recouverte a été nettement inférieure que cette année (2010)’’, estiment des fiscalistes.

Source Horizons

Le Pèlerin

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 07:12

Algérie – 8 février 2011 - Rachid Tlemçani. Politologue - «La culture de l’émeute est la seule expression politique audible»

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- Des manifestations se sont propagées  rapidement dans plusieurs pays arabes : Tunisie, Algérie, Egypte,  Jordanie, Yémen et Soudan. Quel est votre éclairage sur cette onde de choc qui a surpris tout le monde ?

Rappelons tout d’abord qu’au début des années 1990, l’empire communiste, sous la houlette de l’URSS, s’était brutalement effondré sous la pression de la rue. En quelques  mois, des régimes honnis et usés jusqu’à la corde disparaissaient les uns après les autres. L’effondrement du Mur de  Berlin avait surpris tout le monde, à l’Est comme à l’Ouest. Même les  experts, animés  par un anti-stalinisme viscéral, ont été pris de court par ce vent de liberté. Personne n’avait pensé que la rue pourrait un jour faire tomber le système totalitaire. La succession de révolutions en Europe de l’Est, survenue après la chute de dictatures militaires sud-américaines, avait conduit  à  conclure hâtivement que la région du MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) ne connaîtra  pas  de mouvement démocratique. Les sociétés arabes sont trop archaïques et amorphes pour se révolter contre l’ordre autoritaire des maréchaux, généraux militaires, rois, princes et darwiches. Le changement politique ne pourrait venir donc que de la communauté internationale. Dans  cette perspective, le président George Bush a mis  en place, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, une politique «tout sécuritaire» pour démocratiser les pays arabes. Comme premier bilan en Irak, un million de personnes  tuées, 3 à 4 millions de déplacés et un pays ruiné par une  guerre  asymétrique de plusieurs années. L’exception arabe est rapidement devenue un élément fort dans la théorie de la transition démocratique. Cette théorie faite d’un tissu de présomptions et de données statistiques erronées fut rapidement adoptée par les élites arabes, elles ont même amplifié son discours idéologique.

- Comment expliquez-vous que les populations sortent soudainement dans les rues en bravant l’état de siège et le couvre-feu ?

Le mur de la peur n’est-il pas tombé brutalement ?

Ces derniers temps, des milliers de manifestants envahissent spontanément chaque jour les rues dans les pays arabes. Ces événements ne sont, selon Noam Chomsky, comparables nulle part ailleurs. Ils revendiquent clairement une justice sociale, des libertés, de la dignité, la fin du règne de la hogra. Le pouvoir des  kleptomanes est de plus en plus contesté et rejeté dans sa totalité. Marginalisée, représentant plus de 70% de la population, la jeune génération s’est accaparée de l’espace  public sans demander l’autorisation aux bureaucrates. Les populations n’ont plus peur du régime policier et corrompu, l’abus d’obéissance à un pouvoir arbitraire s’est transformé soudainement en révolte. La peur a changé de  camp, la nomenklatura a commencé en catimini à évacuer sa progéniture à l’étranger. Ce mouvement démocratique fera tomber inéluctablement ces régimes un à un plus tôt que l’on ne l’avait imaginé. Cette onde de choc  n’est ni une  colère ni une révolte, c’est un mouvement révolutionnaire qui s’est mis en branle ces dernières années. On est objectivement devant un processus dans le sens classique du terme. C’est la première fois dans l’histoire qu’une révolution sociale est en marche dans le monde arabe et dans l’ensemble du monde musulman. Ce mouvement spontanément initié par les jeunes, les exclus, les marginaux et les laissés-pour-compte de l’économie de bazar a rapidement fédéré les couches moyennes citadines en un élan patriotique. Ce mouvement  conduira inéluctablement les pays arabes à la modernité, en opposition aux tenants qui prédisaient «le choc de civilisations». Comme revendication immédiate, ce profond mouvement réclame, tout simplement, le départ des chefs d’Etat élus pourtant «démocratiquement» à la suite de scrutins  supervisés par la communauté internationale. Comme en Tunisie, il n’y a pas eu de slogans  anti-occidentaux et anti-Israéliens en Egypte et ailleurs. Le slogan mobilisateur de la révolution tunisienne, «Dégage», en s’adressant au président Zinedine Ben Ali, fut spontanément adopté par la rue arabe. Comme Emmanuel Todd le soutient, la Tunisie  contribuera à faire passer le monde arabe de l’autre côté du miroir et rendre caduc le sempiternel discours sur l’incapacité structurelle des pays arabes à devenir des démocraties. La refondation des relations internationales est mise en place avec la participation cette fois-ci des pays  arabes.

- Quels sont les facteurs externes et internes qui ont contribué à ce mouvement de protestation ? Sont-ils d’ordre  socio-économique ou d’ordre politique ? Quelles ont été les  réactions des gouvernements à ces manifestations ?

La mise en place des programmes d’ajustement structurel et des politiques néolibérales sous la houlette des institutions internationales (Banque mondiale et FMI) a fini par accentuer  la structuration sociale et à marginaliser la société active. Les règles de jeu ont même changé dans l’économie de bazar une fois que les lobbies de l’import-import et les Tycoons ont fait main basse sur l’économie nationale. «Le droit d’entrée» dans l’économie nationale a atteint jusqu’à 50% du capital des investissements, projets industriels ou containers. D’année en année, on a vu des investissements productifs, créateurs de valeur ajoutée et  richesse  nationale fondre comme neige au soleil ou se diriger vers d’autres ensembles géo-politiques. Lorsque la crise des subprimes en 2008 se déplaça sur l’économie réelle, la crise économique mondiale a rapidement secoué les économies spéculatives et rentières. Les denrées alimentaires que ces pays sont contraints d’importer ont vu leurs prix flamber. Au lieu de répondre politiquement aux modèles de développement économique en place, les gouvernements répondent dans la précipitation par des mesures technico-financières. Ils subventionnent les produits alimentaires en violant les élémentaires règles de la commercialité. Ils ont même trouvé, comme par enchantement, les fonds nécessaires pour faire des stocks de céréales pour parer éventuellement aux «émeutes de la  faim». Mais ces mesures se sont révélées rapidement très insuffisantes au regard d’une demande sociale grandissante. Le pacte sécuritaire reposant sur la militarisation de la société contre la croissance économique et la consommation contre l’islamisme radical  n’est plus  en mesure d’embrigader la jeunesse, notamment la génération des réseaux sociaux. Sur la crise de légitimité, à laquelle les pouvoirs prétoriens n’ont pas cessé d’en endurer depuis l’indépendance  nationale, s’est greffée la crise du pacte sécuritaire. Le modèle de prédation imposé par la kalachnikov, le kamis et l’urne truquée a atteint ses limites congénitales.

- L’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi a provoqué un mouvement de protestation en Tunisie qui a conduit à la fuite du président Ben Ali. Depuis cet acte, le suicide par immolation s’est répandu dans plusieurs pays arabes, alors que l’Islam interdit les suicides. Que représente pour vous le phénomène des harraga, l’immolation par le feu ou des autres formes de suicide ? Quelle est la réaction des gouvernements face à ces nouveaux phénomènes ?

Ces dernières années, les tentatives de suicide sous diverses formes se sont multipliées dans les pays arabes. Chaque année, des milliers de jeunes Maghrébins tentent de traverser la Méditerranée dans des embarcations de fortune. Dans la plupart des cas, ces jeunes hommes n’atteignent pas le rivage, ils sont repêchés comme des épaves par les gardes maritimes. Sous la pression des gouvernements  européens, les autorités locales tentent de freiner ce phénomène. Très cyniques, elles ont concocté des mesures administratives pour pénaliser ce comportement qu’on appelle en Algérie la harga. A ce suicide collectif vient se  greffer ces dernières années un autre phénomène, le suicide individuel. Brisé, à 26 ans, par les difficultés à assurer sa survie, Mohamed Bouazizi s’est immolé par le feu le 17 décembre dernier. Ce geste sacrificiel, qui a mis l’étincelle à un mouvement de protestation en gestation depuis les événements de Gafsa en 2008, est considéré comme l’instant fondateur de la révolution tunisienne. Depuis, les tentatives de suicide se multiplient un peu partout dans la région. En Algérie, l’immolation par le  feu ne date pas de cette  année. Déjà, en 2005, la presse privée a rapporté des cas d’immolation par le feu. On a comptabilisé ces derniers  temps une dizaine de cas. Tout récemment, le 30 janvier 2011, un agent de sécurité a tenté de s’immoler par le feu avec sa fille, handicapée moteur, devant l’entrée  de l’agence de la BDL à Staouéli, la banlieue ouest d’Alger.  Par ce geste de désespoir, il a tenté de protester contre son licenciement après plus d’une  dizaine d’années de service et le refus de la direction de la banque de l’assister dans la prise en charge de sa fille. Ces actes, très symboliques de l’échec des programmes de développement mis en application sous la direction des institutions internationales, ne semblent pas émouvoir outre mesure les pouvoirs publics. Plus révoltant encore, un ministre algérien accuse sur les ondes de la chaîne publique que les parents des harraga instrumentalisent leurs enfants pour bénéficier du système social européen.

- L’immolation est-elle en soi un acte de désespoir ? Lorsque le système politique est fermé à toute forme d’expression, le suicide peut-il être interprété comme un acte politique ?

L’immolation par le feu, apparu au IVe siècle av. J.-C. en Inde, ne prend une dimension politique qu’à partir des années 1960. L’immolation, le 16 janvier 1969 à Prague, de l’étudiant Jan Palach pour protester contre l’occupation soviétique de la Tchécoslovaquie est devenue le symbole de cette forme de contestation. Quant au Tunisien Bouazizi, un jeune universitaire en chômage, il souhaitait, par son acte de désespoir, faire honte au régime qui se targuait d’avoir réussi son décollage économique. Ce geste hyper douloureux qui est interdit par l’Islam est plus influent que l’acte du kamikaze. Cette vague d’immolations est en effet le reflet d’une tension sociale à son comble. Ces personnes ne se suicident pas en tant que musulmans à l’instar des kamikazes palestiniens, mais en tant que citoyens auxquels les kleptomanes ont refusé le droit à une existence décente. Elles commettent un acte moderne qui leur donne immédiatement accès à la mondialisation par l’image. La rue arabe n’est plus dans l’instrumentalisation des revendications islamiques que le slogan creux «l’Islam est la solution» avait fait vibrer durant les années 80 et 90. Elle est entrée de plain-pied dans une nouvelle logique, par ailleurs difficilement manipulable, c’est la logique des revendications sociales et politiques. Cette logique citoyenne est en effet totalement déconnectée de la religion.

- Internet et les réseaux sociaux sont en train de jouer un rôle important dans la mobilisation des manifestants en Tunisie et en Egypte et ailleurs. Ces réseaux occupent-ils une telle place en Algérie ?

En effet, Internet et les réseaux sociaux (Facebook, Twitter,  Youtube et Skype), les sites  d’information on line et les blogs sont en train  de jouer un rôle important dans la mobilisation de la jeune génération qui a grandi paradoxalement dans une société fermée politiquement. Les réseaux sociaux ont rapidement supplanté les partis politiques, ils n’ont pas donné le temps  aux élites politiques de s’adapter à la nouvelle donne. Demain, la mobilisation citoyenne se fera via la Toile dans  les  pays  du Golfe persique, où le taux de pénétration d’Internet est déjà élevé par rapport aux autres pays arabes. Le taux de pénétration d’Internet varie énormément d’un pays à un  autre. Ce taux est de l’ordre de 50% dans les Etats  du Golfe persique, 17% en Syrie et de 1 à 2%  au Yémen et en Somalie.

- La plupart des gouvernements arabes ont promulgué une réglementation sur l’utilisation d’Internet. Quel est l’objectif de ces mesures dans un contexte politique verrouillé ?

Les régimes arabes ont en effet rapidement saisi l’importance de la technologie numérique dans le nouvel environnement international. La Ligue  des  Etats  arabes,  sous  la  houlette de Amr Moussa, s’est même intéressée à cette question brûlante. Sous sa recommandation, les Parlements arabes ont voté des lois pour superviser cette nouvelle technologie et mettre de l’ordre dans la Toile. En juillet 2009, une loi sur la cybercriminalité avait été adoptée en Algérie. Elle donne aux autorités les moyens légaux d’ordonner des blocages de sites. En vertu de l’article 12, «les fournisseurs d’accès sont tenus d’intervenir, sans délais, pour retirer les contenus dont ils autorisent l’accès en cas d’infraction aux lois, les stocker ou les rendre inaccessibles dès qu’ils en ont connaissance. (…) Ils sont tenus de mettre en place des dispositifs techniques permettant de limiter l’accessibilité aux distributeurs contenant des informations contraires à l’ordre public ou aux bonnes mœurs et d’en informer les abonnés».

Contrairement aux autres pays, comme la Tunisie ou l’Algérie, le gouvernement égyptien ne peut pas appuyer sur un «bouton» pour couper Internet. Le raïs Hosni Moubarak a réussi néanmoins à bloquer quasiment tout le système de communications, sans mesurer les conséquences économiques en faisant pression sur les 4 opérateurs. La communauté internationale, sous la houlette des Etats-Unis, a rapidement condamné ce blocage. Sans grande  surprise, Washington n’est pas intervenue, contrairement à ce qu’elle avait fait en Iran en 2009, pour «ouvrir» un réseau de communication. En Algérie, les réseaux sociaux ne sont pas développés, à l’instar de l’Egypte, la Tunisie et encore moins des Etats pétroliers du Golfe. Aujourd’hui, il est très difficile de parler de  réseaux sociaux pour la  simple raison que le nombre  d’abonnés à Internet est très faible. Il ne  doit pas dépasser un demi-million d’abonnés pour une population de plus de 34 millions, alors qu’il est de 3,6 millions en Tunisie pour une population de moins de 11 millions. Le débit d’Internet est en outre dans l’ensemble très faible lorsqu’il n’est pas perturbé pour des raisons d’ordre technique. Un SMS, supposé arriver instantanément, peut  prendre des heures pour arriver à destination.

Tout compte fait, la blogosphère algérienne n’existe pas encore. La fracture numérique par rapport à nos voisins est énorme, l’Etat dort pourtant sur un matelas de billets de  banque.

- Le mouvement de protestation égyptien a fait rapidement réagir les Etats-Unis, les gouvernements  européens et toute la communauté internationale. Cette réaction n’est-elle pas associée à l’importance géostratégique de l’Egypte ? Y a-t-il une grande crainte de perdre un allié stratégique d’une grande importance au profit d’un autre ?

Pivot entre l’Afrique et le Proche-Orient, l’Egypte  constituait en effet un pôle de stabilité particulièrement rassurant pour les Occidentaux, notamment pour les Etats-Unis. Cette donne a commencé à changer, l’opinion internationale n’a pas pour autant évolué sur cette question. L’Egypte n’est plus un allié stratégique d’une grande  importance. La  campagne antiterrorisme sous la houlette du président George Bush a bouleversé les enjeux des relations internationales, elle a mis  en place un  nouvel ordre sécuritaire.  Cette stratégie a coïncidé avec la fin du terrorisme en Algérie. Le centre de gravité du nouvel ordre régional tend à se déplacer dans la région du Sahel. L’assistance militaire américaine vise beaucoup plus à renforcer et moderniser l’appareil sécuritaire, le pivot de l’Etat pharaon, que la stratégie de paix avec  Israël. La question palestinienne est résolue depuis que les Palestiniens sont réduits à des «groupes terroristes».

Au niveau diplomatique, l’Egypte ne joue plus un rôle diplomatique influent. C’est l’Arabie saoudite et le Qatar, rehaussé par la chaîne satellitaire El Jazzeera qui s’est imposée par effraction dans tous les foyers arabes, qui sont devenus les acteurs influents de la diplomatie arabe. Au niveau sécuritaire, c’est l’Algérie qui occupe désormais cette position depuis précisément que l’AQMI parvient à sillonner librement à travers la région du Sahel. Washington a en effet recentré depuis ces dernières années sa lutte antiterroriste  pour nuire aux nouvelles menaces provenant de cette région. A cette fin, le nouveau concept stratégique est reformulé au dernier sommet de l’OTAN tenu à Lisbonne. Le Sahel est perçu comme ayant une grande profondeur stratégique pour la pénétration US dans la région des Grands  Lacs et en Afrique noire. Washington a même  imposé sa logique sécuritaire aux Européens, notamment aux Français. Les enjeux énergétiques sont énormes pour la relance du Complexe militaro-industriel.

- Peut-on voir d’autres facteurs mettant en exergue l’Algérie comme un acteur stratégique dans le nouvel ordre moyen-oriental ?

L’autre facteur mettant en exergue l’Algérie comme un acteur stratégique dans le nouvel ordre sécuritaire est la question politique. Si le mouvement social algérien imploserait dans le contexte régional actuel, il sera plus radical que les autres. La communauté internationale craint beaucoup plus la radicalisation de ce mouvement que le changement de régime. L’Algérie donnera, selon toute vraisemblance, une nouvelle dimension à la dynamique sociale en cours. Prises  de vitesse par les couches plébéiennes, les élites politiques en Tunisie et en Egypte sont finalement parvenues tant bien que mal à encadrer le mouvement de protestation. Cette situation ne se produira pas facilement en Algérie.

Faibles et atomisées, les élites politiques algériennes ont abdiqué depuis particulièrement le début des années 2000 les luttes sociales au profit des luttes de sérail. Aujourd’hui, elles ont perdu toute forme de crédibilité au sein de le jeunesse et dans l’Algérie profonde. La culture de l’émeute est devenue dans une société fermée la seule expression politique audible. En 2010, plus de 9000 émeutes ont été recensées à travers le territoire national. Si la grosse casse a été limitée en Tunisie et en Egypte, il est fort à craindre que la situation évoluera différemment en Algérie. Plus dangereusement, l’animosité à l’égard du système de hogra est très profonde, très peu d’Algériens  n’ont pas souffert de ce système. En bref, le dragon de la région n’est plus l’Egypte mais c’est bien l’Algérie. Le réveil de l’animal immonde serait terrible.

- La communauté internationale craint-elle un changement de régime en place ? Un changement  du système politique  est-il souhaité ?

Ce que la communauté internationale craint  le plus, ce n’est pas un changement des régimes  en place, devenus par ailleurs encombrants,  mais  c’est bien la radicalisation du mouvement populaire. Les Etats-Unis ont une solide tradition d’hostilité envers tout ce qui est populaire. Ben Ali a réussi à fuir parce que les Américains en collusion avec la hiérarchie des forces sécuritaires lui ont laissé une issue de sortie en prenant de vitesse tous les acteurs extérieurs, y compris les Français. La pression des Américains, des Français et d’autres acteurs internationaux ne s’était pas relâchée tant que la constitution du gouvernement d’union nationale ne s’était pas  faite. Cette ingérence extérieure a réussi à maintenir en fonction deux figures-clefs de l’ancien régime, le Premier ministre et le ministre de la Justice. Le jugement du régime de Ben Ali n’aura pas lieu en dépit de  la pression de la rue. Peut-on imaginer pour un bref moment un tribunal populaire juger le couple Zine El Abidine et Leïla Ben Ali, comme ce fut cas pour le couple Nicolae et Elena Ceausescu de Roumanie en 1989 ? Le politiquement correct ne tient pas à soulever cette question qui fâche.

- La question qui taraude les esprits ici et ailleurs est le rôle de l’armée algérienne en cas  de soulèvement populaire ? L’armée va-t-elle s’interposer entre les manifestants et la police,  comme c’est le cas en Tunisie et en Egypte ?

Sans surprise, l’armée tunisienne a refusé de tirer sur les manifestants. L’armée tunisienne avec à peine 35 000 hommes a été de tout temps mise à l’écart de la politique, contrairement à l’armée algérienne ou égyptienne. Une fois au pouvoir, Ben Ali a continué sa dépolitisation en développant la police et les services secrets. La grande surprise est venue de l’Egypte. Après la déroute d’un appareil policier désuet, l’armée a investi les rues pour sécuriser les  édifices publics sous l’assaut des «baltagyya» et des casseurs. Même si l’ordre de tirer sur les  foules aurait été  donné, il n’aurait pas été exécuté par l’ensemble des soldats. Les hommes de troupes tiennent coûte que coûte à préserver le symbole de l’unité nationale. Personne ne souhaite un bain de sang sauf probablement les protagonistes de la partition nationale. Dans une telle éventualité, un plan militaire américain, préparé depuis la fin de la guerre en Irak, sera mis en place pour évacuer les ressortissants de ce pays.

- Comment se présente aujourd’hui la situation politique en Algérie ?

Dans notre pays, l’armée investira la rue si l’appareil policier s’effondre brutalement. Bien que la police algérienne soit mieux équipée que la police égyptienne, son appareil collapserait rapidement sous une forte pression populaire. Plus important, la police algérienne, à l’instar des autres polices arabes, n’est pas convaincue de la légitimité de faire régner un ordre sécuritaire militarisé. Donc, l’armée sera appelée à venir en aide  à la police.  Je ne pense  pas que l’armée  algérienne tirait sur «un chahut de gamins» pour faire 500 victimes en quelques jours. L’état-major l’a fait impliquer dans une lutte de clans pour laquelle elle n’était pas préparée. Elle avait ainsi  perdu brutalement la légitimité révolutionnaire dont elle se prévalait. L’armée d’aujourd’hui n’est pas celle des années 80 et 90. L’armée a déjà fait sa mue, la professionnalisation des forces  armées est bien avancée aujourd’hui.

En plus, la lutte antiterroriste a permis aux soldats d’acquérir une plus grande maîtrise sur la gâchette. La grande inconnue dans ce puzzle reste néanmoins la réaction de la police politique. Au fil de la crise sécuritaire, la police politique en se redéployant horizontalement et verticalement est devenue la plus grande force politique, une force au-dessus de la mêlée. Si le raïs Moubarak reste le chef de cette institution, ce n’est pas le cas pour tous les pays arabes. La grande particularité algérienne, c’est que c’est l’armée  qui a créé l’Etat dans ce pays, ce  n’est pas l’Etat qui a créé l’armée nationale.

- Où va conduire ce mouvement de révolte, à l’incertitude,  au chaos, à un changement radical du régime en place ou à un remplacement d’un clan par un autre ?

La question fondamentale à laquelle il est très  difficile aujourd’hui de répondre avec exactitude est associée à la nature réelle du changement politique en perspective. Ce mouvement sera-t-il seulement en mesure de remplacer une clique par une autre ou bien sera-t-il en mesure de mettre en place une nouvelle transition politique dont ses grands enjeux doivent être clairement définis ? Je pense que le fait que la tête du régime autoritaire tombe à la suite seulement de quelques semaines de protestation est en soi une grande victoire politique pour la génération montante. La révolution tunisienne a remporté déjà, en moins de deux mois dans un contexte régional et international  très hostile, un succès mondial. A ce titre, elle pourrait être comparée à la Révolution française  qui a duré 10 longues années, de 1789-1799, la Révolution américaine, sept ans, de 1756-1763, ou la Révolution bolchevique 5 ans, de 1917 à 1922. Chaque révolution fait face à une contre- révolution qui  plonge à un moment donné le pays dans l’incertitude.

- Quels sont les scénarii possibles ?

Jusqu’à aujourd’hui, il est très difficile de spéculer sur l’évolution  de la  situation politique, l’on assiste à une accélération des événements.  Le processus révolutionnaire est à la croisée des  chemins. Il faut attendre l’apparition d’autres  cas  de figure pour se faire une idée assez précise. Dans cette perspective, comme je  viens de l’examiner, l’Algérie est au centre du nouvel ordre régional en gestation. Toujours est-il, je vois 3 scénarios plausibles. Pour faire court,  le scénario islamiste, le scénario militaire et le scénario hybride. Tout le monde redoute le premier  scénario.  Comme par le passé, la presse occidentale agite «l’épouvantail islamiste» pour soutenir la mise en application du second scénario.

Rappelons, même au plus fort moment de l’islamisme radical, ce scénario n’était pas «naturel» ni en Egypte ni en Algérie.

Des circonstances bien particulières qui restent à élucider ont fait que les islamistes pouvaient prendre le pouvoir par les urnes. Cette période de confusion émaillée par des conflits  armés pour le contrôle de rentes de situation tout en favorisant la modernisation de l’appareil sécuritaire au détriment de la promotion de la liberté de la presse a produit néanmoins  un esprit conservateur préjudiciable pour la justice sociale et la démocratie. Plus dangereusement, la société arabe s’est islamisée culturellement sans être sous influence directe des partis islamistes. Le second scénario semble prendre forme en Egypte au regard de la nomination de militaires à des postes-clefs. La communauté internationale sous la houlette des Etats-Unis et d’Israël, pris de  court par les événements, semblent soutenir ce scénario. Par contre, la Tunisie s’achemine vers le troisième scénario par lequel de nouveaux  acteurs participeront à la mise en place de mécanismes institutionnels devant déboucher sur une transition politique. La grande inconnue dans ce nouvel échiquier régional reste bien entendu l’Algérie. Le monde a les yeux rivés sur notre pays.

Le silence du pouvoir, en dépit d’un activisme factice comme réponse aux émeutes  du 5 janvier 20011, inquiète tout le monde. Mais lorsque le ministre  de l’Intérieur, au pouvoir depuis l’indépendance nationale, déclare qu’il n’autorise aucune manifestation pacifiste initiée par la société civile, c’est que la puissance publique  ne semble pas entendre ni la grogne populaire et ni la chute du mur de la peur. Une fois encore, le pouvoir rate définitivement sa rencontre avec l’histoire, comme c’est le cas avec le raïs Hosni Moubarak  et avant lui le général Ben Ali.

Source El Watan Hamid Tahri

Le Pèlerin

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 07:07

Rubygate: Des clichés de Berlusconi en compagnie de jeunes femmes seraient en vente

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Des photos trop compromettantes? Des clichés du Premier ministre italien Silvio Berlusconi, en compagnie de jeunes femmes, seraient en vente pour un million de livres (un peu plus d'un million d'euros). Mais les magazines auraient refusé de les publier, arguant le fait qu’elles aient été prises dans une propriété privée.

Cambriolage chez un photographe

Selon The Telegraph, les bureaux du paparazzi italien Fabrizio Corona, ont également été cambriolés. Le photographe est sûr de lui: les individus s’y sont introduits pour s’emparer des fameux clichés.

«Il y avait du liquide et des appareils mais ils n’y ont pas prêté attention. Les seuls choses qu’ils ont prises sont les disques durs où sont stockées des images», a-t-il fait savoir. Selon le Daily Mail, Fabrizio Corona a également précisé qu’il n’avait pas les images de Berlusconi.

De simples «photomontages»

Les proches de Berlusconi évoquent, eux, des photomontages si toutefois ces clichés existent. L’équipe a néanmoins déposé plainte auprès des autorités judiciaires pour prévenir toute publication.

En outre, les enquêteurs ont saisi les ordinateurs et les téléphones portables de jeunes femmes, soupçonnées d’avoir fréquenté Berlusconi, rapporte le Telegraph. Ils examinent actuellement les contenus, à la recherche de photos ou de vidéos de la villa du Cavaliere.

Source 20minutees.fr  J. R.

Le Pèlerin

 

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 06:41

Algérie – 8 février 2011 - Marche du 12 février  Le pouvoir se prépare à réprimer

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Bab El Oued par une journée printanière. La vie grouille autour de l’obélisque des Trois-Horloges et son marché aux puces. A quatre jours de la marche cruciale du 12, la température est plutôt tiède, celle d’une «trêve» avec la police après les émeutes de début janvier qui ont violemment secoué Bab El Oued, comme en témoignent encore les édifices badigeonnés au feu et au fiel par la furie des jeunes.

Hamza, 23 ans, était justement parmi eux. Casquette vissée à la tête et faux survêt’ Lacoste, Hamza se présente d’emblée comme l’un des meneurs des dernières émeutes : «Il n’y a ni huile ni sucre dans l’histoire. On était sortis du stade et j’ai dit aux copains : au lieu de taper sur les CRS comme d’habitude, pourquoi ne pas s’en prendre au commissariat du 5e qui passe son temps à nous mater ? Et ils m’ont suivi, à mon grand étonnement. Après, ils m’ont arrêté et j’ai passé un mois en prison. J’ai même fait Serkadji. Ils m’ont sorti une liste comme ça de charges : attroupement non armé, outrage à policiers et j’en passe. Je suis passé devant le juge et tout, et ils m’ont heureusement relâché.» A propos de la marche du 12, il dira : «Oui, j’en ai entendu parler.

En général, moi je suis dans tous les ‘mauvais coups’. De toute façon, je n’ai que ça à faire. Je suis au chômage et j’ai quitté prématurément l’école. Mais pas cette fois-ci. Ils m’ont dit si on t’attrape de nouveau, tu prendras 20 ans. Donc samedi prochain, moi je vais m’enrouler dans 4 couvertures et je ferai la sourde oreille. Maintenant, s’ils paient les manifestants, je marche !» Hamza lance ensuite d’un air taquin : «Dirouna massira taâ el visa !» (qu’ils organisent plutôt une marche pour le visa).

Pour cet opticien, le premier souci est celui de la sécurité : «L’autre jour, on a vécu l’enfer ici à Bab El Oued. Nous avons dû vider toutes les étagères. Personnellement, je ne m’intéresse pas à la politique et je ne sais rien à propos de cette marche. Je n’attends rien du gouvernement. Tout ce que j’ai à dire c’est ‘haniouna bark !’, qu’on nous laisse en paix ! Si jamais la marche a lieu, il y aura certainement des casseurs et des voyous qui vont tout gâcher et c’est bien dommage.»

«Nous sommes loin des Égyptiens»

Kader, 46 ans, a passé 30 ans à bourlinguer en Europe avant de se voir reconduit aux frontières en 2008. Depuis, il ronge son frein en attendant des lendemains meilleurs. «Moi j’ai fait toutes les marches des années 1990 : FFS, RCD et même le FIS. Tout cela m’a formé. Et je marcherai le 12, pour la levée effective de l’état d’urgence et pour que les choses changent», argue-t-il. Et de nous livrer ce témoignage saisissant : «Vous savez, les gens parlent du régime algérien sans le connaître. Ils disent ‘DRS’ sans savoir réellement ce que c’est. Moi, j’ai été une victime directe de ce pouvoir. J’ai été arrêté par une armada d’hommes cagoulés qui avaient débarqué en meute dans le quartier. Ils m’ont collé une affaire ‘qadiya islamiya’ (accointances avec les islamistes) alors que je n’ai jamais été militant FIS. J’étais juste connu pour être un peu politisé du fait que je participais à toutes les manifs. Ils m’ont emmené à la caserne du DRS à Ben Aknoun. J’y ai passé deux mois qui sont les pires moments que j’ai vécus de toute ma vie. J’ai subi des tortures atroces dont les séquelles me tourmentent à ce jour. Ils m’ont même fait subir la gégène. Voilà le vrai visage de ce pouvoir et voilà pourquoi je vais marcher le 12 !» Ce jeune en qamis, gérant d’une parfumerie, n’est guère chaud, quant à lui, pour participer à la marche : «Qu’est-ce que ça va changer !

Ce peuple n’est pas un peuple de marches, c’est un peuple de ‘houl’. C’est à l’image des gens des stades. Nous sommes très loin du niveau du peuple égyptien qui a une grande conscience politique. Et puis, il faut dire que la situation en Algérie n’est pas aussi déplorable que celle de l’Egypte. D’un autre côté, soyez certain que si le peuple sort dans la rue comme les Egyptiens, notre houkouma n’hésitera pas une seconde à arroser les foules de balles. Et ils le feront sans état d’âme, je vous le jure ! Vous avez vu le nombre de policiers qu’ils ont sortis l’autre jour, juste pour un petit parti... Ce régime ne changera pas par la politique. Il y a trop d’intérêts en jeu. Les généraux ne lâcheront jamais leurs privilèges.»

Pour sa part, Rachida, 30 ans, diplômée en interprétariat, estime que les gens ne sont pas suffisamment informés sur la marche : «Il n’y a qu’à voir sur Internet. Les gens continuent à poser beaucoup de questions sur les organisateurs, sur le but de la marche, la date et l’heure. L’info passe très mal.»

Et de charger la police en s’indignant sur l’interdiction des marches à Alger : «On a décidé de lever l’état d’urgence dans toutes les wilayas, sauf à Alger. Or, toutes les grandes manifestations se font dans les capitales.» «Je partage entièrement les revendications de la Coordination pour le changement. Je compte d’ailleurs participer à la marche. J’espère juste qu’il n’y aura pas de débordements. Et je tiens à dire que les débordements ont souvent pour cause des provocations de la police. Je pense que le dispositif policier est excessif pour une manifestation pacifique.»

Le calme qui précède la tempête ?

Un boulanger tenant un exemplaire d’Echourouk est surpris par nos questions : «Quelle marche ? Le samedi ? Je ne suis pas au courant.» Nous hasardons une question à propos des dernières mesures de Bouteflika.

Pour lui, l’état d’urgence est une pure abstraction. «Je n’ai rien entendu de tel, je ne suis au courant de rien», insiste-t-il, avant de lancer : «Sincèrement, je n’aimerais pas que cette manifestation ait lieu. Natalbou el h’na, je préfère personnellement que le calme perdure», laissant entendre qu’il baissera son rideau au moindre grabuge. Lila, 27 ans, employée dans une agence de marketing, vit cela comme une affaire personnelle : «Fondamentalement, j’en ai marre qu’il n’y ait jamais de manif’ chez nous, comme si tout allait bien. A la maison déjà, personne ne m’encourage à sortir manifester, tout le monde me freine. Mon frère me dissuade d’y aller en me disant tu ne peux pas te retrouver avec des gens que tu ne connais pas. Quand je rentre à 19h, c’est déjà un énorme progrès. Ma sœur me dit attention, il va y avoir plein de voyous. Je vais donc aller marcher en cachette !»

Si les Algérois sont partagés entre «pro» et «anti» marche, Alger, elle, reste dans l’ensemble étrangement sereine. Sur le qui-vive. Devant la DGSN, pas d’affolement particulier. Dans le parking attenant au Bastion 23, qui était bardé de camions de police au lendemain des émeutes du 5 janvier, seuls des 4x4 bleus sont visibles.

En revanche, plusieurs blindés et camions antiémeute sont mobilisés dans certaines artères de la capitale, comme c’est le cas devant le siège de l’UGTA ou encore aux abords de la cour d’Alger. Le général Hamel aurait donné instruction à ses hommes de se mettre d’ores et déjà en alerte maximum. Un hélicoptère bourdonne dans le ciel d’Alger tous les matins.

Des signes qui ne trompent pas. Une inquiétude que vient corroborer le rejet catégorique de la demande d’autorisation formulée par la CNCD.

Il n’aura également pas échappé aux observateurs que dans le pack des dernières mesures, Alger est exclue des marches et autres manifestations publiques. «Rien que pour cela, il faut marcher le 12», martèle un citoyen. Pour lui, comme pour beaucoup d’Algérois, c’est avant tout «une marche pour la dignité».  

Source El Watan Mustapha Benfodil

Le Pèlerin

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 06:26

Tous pourris et vous !

  Histoire de l-humanit-

 

Lundi à l'atelier, un jeune apprenti se plaint à son collègue de travail :

- J'en ai marre de ce monde d'individualistes. Personne n'est prêt à lever le petit doigt pour aider son prochain...

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? demande l'autre.

- Regarde, ce week-end, mon beau-frère est venu manger à la maison. Comme je dois réparer mon Peugeot, je lui demande ''Tu pourrais pas me prêter 100 euros pour que je puisse réparer mon scooter?''. Eh bien, tu me croiras si tu veux, ce pourri me les a refusés !

Et le collègue:

- Je te préviens tout de suite : moi aussi je suis un pourri !

Le Pèlerin

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 06:03

Algérie - Zoubir Arous, sociologue, chercheur: "les émeutes à venir seront plus violentes et plus dangereuses"

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  Zoubir Arous sociologue et chercheur au Cread

 

“Les émeutes à venir seront plus violentes et plus dangereuses”

Zoubir Arous nous livre son avis sur la vague d’immolation en Algérie et ailleurs. Il pense que les mesures prises récemment par le gouvernement sont des solutions du ventre et non pas des solutions de fond qui touchent le système politique et social. Il affirme que les citoyens se trouvent hors de ces deux systèmes à cause, justement, de la manière dont le pays est gouverné.

Liberté : Quelle interprétation faites-vous des tentatives d’immolation en Algérie ?

Zoubir Arous : L’immolation est un moyen extrême d’exprimer le plus haut degré de frustration et de désespoir de l’Algérien. Cela a commencé par el-harga et maintenant c’est l’immolation. Par cet acte, le citoyen veut transmettre un message très fort aux décideurs du système politique et aussi à la société et ses valeurs rigides qui l’empêchent de vivre normalement sa vie spirituelle et civile sur tous les plans : social, politique et l’épanouissement individuel. L’immolation est le seul moyen d’expression qui reste aux jeunes. On a tout interdit à cette jeunesse. On a interdit aux jeunes la mosquée, sous prétexte que, du point de vue politique, fréquenter les mosquées est un danger pour le système. On leur a interdit également de vivre comme des jeunes de leur âge. Les loisirs dans toutes leurs dimensions leur sont prohibés. Cela ajouté au chômage, à la non-participation à la vie politique, au sentiment de non-appartenance à une société civile. Les jeunes n’ont le droit, ni de vivre leur vie spirituelle ni leur vie civile. Toutes les portes leur sont fermées. Alors, ils recourent à l’incendie physique et moral. Il faut savoir que ce phénomène n’est pas nouveau, il est apparu durant certaines grandes crises, à l’instar de celle du Viêt-nam. Les moines vietnamiens recouraient à l’immolation en guise de protestation contre la guerre sauvage que leur livraient les Américains. La société algérienne, dans toutes ses dimensions, vit une situation grave. C’est la résultante de la violence aveugle qui s’est propagée dans le pays dans les années 1990. Cette violence a brisé les valeurs de solidarité et a perturbé la cohésion des relations sociales.

Aujourd’hui, les tentatives d’immolation s’entreprennent même en famille, comme c’était le cas d’un père de famille qui s’est aspergé d’essence avant de faire de même avec sa fille handicapée.

C’est un indice d’une déstructuration sociale et d’un degré d’incapacité du système politique en place à répondre aux attentes légitimes des citoyens. La société algérienne se trouve dans une impasse totale sur les plans politique, social et culturel.

Il n’y a eu aucune réaction de la part des autorités par rapport à l’augmentation de ces immolations. Comment expliquez-vous ce silence face à un message fort de la population Est-ce que les décideurs ont compris le message de ces jeunes qui s’immolent ? J’en doute, parce qu’il ne suffit pas de se référer aux religieux pour décréter une fetwa sur l’immolation. Si on veut réellement stopper cette vague d’immolation, il faut revenir aux problèmes réels de ces jeunes et trouver les solutions adéquates à la situation catastrophique dans laquelle vit le peuple. Les jeunes subissent, parfois à vie, le chômage. Cette mal vie conduit à une situation psychologique où tout devient dérisoire, même l’immolation. Malheureusement, jusqu'à présent, peu d’indices prouvent que les décideurs ont compris le message de ces jeunes. Ils n’ont déjà pas assimilé le langage particulier de la jeunesse. On n’a pas vu, jusqu’à présent, des mesures probantes pour éradiquer les causes qui ont conduit les jeunes à l’autodestruction. Le citoyen est hors système social à cause de la politique menée par les détenteurs du pouvoir. Le seul moyen d’en finir avec les tentatives d’immolation et des émeutes, c’est d’enrayer les causes qui font que les jeunes perdent confiance en eux-mêmes et ne se sentent pas utiles pour leur famille et leur société.

Pourquoi le mouvement associatif et les femmes en général, sont restés en retrait du mouvement de contestation qui a secoué le pays, ces derniers temps ?

L’action du mouvement associatif féminin est élitiste. Elle n’a pas su intégrer et répondre à toutes les aspirations des femmes. C’était une action d’élite et une démarche de rêve, loin de la réalité culturelle et sociale des femmes algériennes.

Comment peut-on éviter un scénario à la tunisienne ou à l’égyptienne en Algérie ?

Il faut effectuer un changement radical du système et non pas se contenter de simples réformes. Il faut que les actions menant à ce changement soient pacifiques, car tout changement dans la violence ne conduit qu’à la destruction, à une crise sociale. En revanche, la mutation pacifique conduit à l’édification de notre société. Il faut que la participation des jeunes dans cette dynamique de changement soit importante et effective. Cela ne sera possible que si les dirigeants de ce pays tirent des enseignements de leur propre expérience historique. Nombreux sont les dirigeants de la guerre de Libération nationale qui avaient l’âge, à l’époque, de ces jeunes qu’on traite aujourd’hui d’immatures et d’irresponsables.

Des pays comme la Tunisie sont passés du suicide par immolation à d’autres formes de protestation. C’est un passage logique ?

Dans ce pays, d’autres moyens de respirer, d’exprimer la colère et la frustration sont apparus. L’immolation de Bouazizi a fait comprendre à la jeunesse tunisienne qu’elle peut être l’événement pouvant déclencher un processus en faveur d’un changement. Toute cette jeunesse a pris conscience qu’il existe des voies qui peuvent conduire à la vie et non à la mort. Le mouvement de protestation en Tunisie a donné ses fruits et la lutte pour en finir complètement avec le système Ben Ali continue. La protestation en Égypte est un séisme qui risque également d’aboutir à un changement réel. Seulement, il ne faut pas oublier un paramètre. En Égypte, les systèmes mondiaux ne peuvent permettre la survenue d’un changement total, mais seulement des réformes. Les Américains demandent actuellement le départ de Hosni Moubarak pour garder le système avec quelques réformes qui ne touchent pas leurs intérêts stratégiques. La stratégie mondiale ne peut s’accommoder d’un changement radical en Égypte. Je pense qu’en guise de deuxième étape, la colère des jeunes Égyptiens va s’orienter vers les forces étrangères qui s’opposent aux changements. En vérité, les Américains veulent des réformes dans quelques pays comme l’Égypte et des changements radicaux dans des pays comme la Libye, le Soudan et la Syrie.

Présagez-vous une réapparition des émeutes en Algérie ?

Je pense, malheureusement, que le risque de la survenue de bien d’autres vagues de protestation en Algérie est toujours présent. Les mesures, prises dernièrement par le gouvernement, ne sont pas à la hauteur des attentes. Ce sont des solutions du ventre, pas des solutions de fond qui touchent le système politique et social. Les jeunes aspirent à vivre dans une société prospère, d’avoir droit à la dignité, à une vie respectable. Qu’ils jouissent de tous leurs droits. Rien n’indique que l’on s’achemine dans ce sens. J’ai une grande crainte que les manifestations à venir soient plus violentes et dangereuses que les précédentes. Parce qu’elles seront non organisées, non encadrées et non maîtrisables. Ces violences émaneront d’une jeunesse dont le cri de détresse est ignoré, que l’on traite d’immature. La maturité, pour notre gouvernement, se compte par des années. C’est une erreur. On oublie que certains des dirigeants de la Révolution avaient à peine 19 ans. Il ne faut pas oublier, non plus, que nous faisons partie d’une région arabe qui vit de larges mouvements réclamant le changement. Ces mouvements ont commencé en Algérie et se sont étendus en Tunisie, en Égypte, en Jordanie et au Yémen. Ils sont conduits par des catégories inattendues. Ce sont les jeunes adeptes du facebook et la femme yéménite qui cachait un grand esprit de changement sous son voile imposé par les rites sociaux traditionnels et les intérêts du système tribal en place. Cette vague de changement peut s’étendre de manière violente à l’Algérie.

Pensez-vous que les initiatives en cours émanant de partis, organisations de droits de l’Homme, syndicats, trouveront un écho et une adhésion auprès de la population ?

Je le souhaite et j’espère également que les manifestions se déroulent de manière pacifique et qu’elles regroupent toutes les forces vives de la société, nonobstant l’orientation idéologique et l’appartenance partisane.

Source Liberté Nissa Hammadi

Le Pèlerin

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 18:37

L’équation à plusieurs inconnues

revolte monde arabe

 

Après moi le déluge ! L’expression, d’une brûlante actualité, s’applique tant pour la Tunisie que pour l’Egypte pour désigner l’état de déliquescence dans lequel sont plongés ces deux pays, suite à la contestation populaire contre les régimes en place.

Les dirigeants tunisiens et égyptiens semblent vouloir poser à leurs peuples respectifs le dilemme du prisonnier : l’autoritarisme ou le chaos. Hosni Moubarak et, avant lui, Zine El-Abidine Ben Ali ont fait valoir l’épouvantail de la violence, mais à quel degré s’arrête ce leurre stratégique de la peur de l’inconnu et où commence l’escroquerie politique ?

Il est clair que la contestation socio-politique en Tunisie et en Egypte a abouti à des changements tangibles pour le premier cas et perceptible pour le second, mais une remarque s’impose. Ces deux pays, présentés jadis comme des havres de paix et de stabilité, sont devenus des zones de chaos et de non droit, où la vendetta et les règlements de compte précipitent les deux sociétés dans l’anarchie et l’inconnu.

Car au-delà des revendications souvent légitimes des peuples tunisien et égyptien, la fuite en avant dans la violence interpelle les observateurs de la situation. En Tunisie, par exemple, la principale revendication a été réalisée : le départ du président Ben Ali et de sa belle-famille. Autant dire la décapitation de l’ancien système. Que ce passe-t-il dans ce pays ? La population continue de manifester et/ou de réclamer violemment la démission de tel ou tel responsable.

Dernier exemple en date, les violences qui ont ravagé la ville de Kef, dans le nord du pays. Environ un millier de personnes, selon une source au ministère de l’Intérieur tunisien, s’étaient rassemblées samedi pour dénoncer le chef du commissariat de la ville, accusé d’abus de pouvoir. Ils ont jeté des pierres et des cocktails Molotov dans le commissariat. Les policiers ont tiré, selon eux, pour les empêcher d’entrer à l’intérieur du bâtiment, faisant deux morts.

Le ministère de l’Intérieur a arrêté le chef de la police locale, suite à ces événements. Le même jour, à Sidi Bouzid, d’où est partie la «révolution des jasmins», deux policiers ont été arrêtés. Ils sont soupçonnés d’avoir provoqué un incendie qui a ravagé leur commissariat, tuant deux jeunes hommes qui se trouvaient en détention pour état d’ébriété sur la voie publique.

Ces deux faits, d’apparence banale, renseignent sur le degré de déliquescence dans lequel est plongée la Tunisie. Le pouvoir central à Tunis a mis plusieurs jours pour déloger les manifestants de l’entrée du palais du Gouvernement.

Ces centaines de Tunisiens réclamaient le départ des figures de l’ancien régime, à leur tête le Premier ministre Mohammed El-Ghanouchi. Alors, dynamique révolutionnaire ou chaos orchestré par des parties intéressées par l’instabilité de ce pays ?

L’anarchie qui a suivi la fuite de Ben Ali a montré un nouveau visage de la Tunisie.

En un mois et demi de troubles, 219 personnes ont été tuées et 510 autres blessées. Des centaines de millions de dollars de dégâts matériels ont été enregistrés. Le tourisme, qui contribue à hauteur de 6 % au PIB du pays, a chuté de 40 % en janvier 2011 par rapport à la même période de l’année passée.

C’est dire le recul du pays en un laps de temps réduit. Certes, sur le plan politique, les Tunisiens ont fait un grand bond en avant en instaurant un système réellement multipartite qui garantit la liberté d’expression, mais sur le plan économique et social, un effort considérable doit être entrepris pour recoller les morceaux.

L’Egypte n’est pas mieux lotie. Les manifestations anti-Moubarak et les contre-manifestations ont plongé le pays dans l’incertitude totale avec, en prime, des atermoiements européens et américains sur la nature du changement en Egypte et le maintien ou non du président égyptien.

Approche graduelle ou radicalisme «révolutionnaire» ? L’équation est à plusieurs inconnues. La première option apparaît comme la plus plausible, tant elle préserve les acquis des peuples sans les jeter dans un chaos qui profiterait en fin de compte à ceux qu’ils honnissent ou à certaines parties outre-mer.

Source Le Jeune Indépendant

Le Pèlerin

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