Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Algérie Pyrénées - de Toulouse à Tamanrasset
  • : L'Algérie où je suis né, le jour du débarquement des Américains, le 8 novembre 1942, je ne l'oublierai jamais. J'ai quitté ce pays en 1962 pour n'y retourner que 42 ans plus tard. Midi-Pyrénées m'a accueilli; j'ai mis du temps pour m'en imprégner...mais j'adore
  • Contact

De Toulouse à Tamanrasset

 

cirque-de-gavarnie.jpg

Le cirque de Gavarnie

L'Algérie, j'y suis né le jour du débarquement des Américains, le 8 novembre 1942. J'ai quitté ce pays merveilleux en 1962, pour n'y retourner qu'en août 2004, soit 42 ans plus tard...
Midi-Pyrénées m'a accueilli. J'ai mis du temps pour m'imprégner de Toulouse mais j'ai de suite été charmé par ce massif montagneux et ses rivières vagabondes que je parcours avec amour...Ah ces chères Pyrénées, que je m'y trouve bien ...! Vous y trouverez de nombreux articles dédiés à cette magnifique région et la capitale de Midi Pyrénées : Toulouse
L'Algérie, j'y suis revenu dix fois depuis; j'ai apprécié la chaleur de l'accueil, un accueil inégalé de par le monde.......L'espérance d'abord ...Une relative désillusion ensuite...Pourquoi alors que le pays a un potentiel énorme...Les gens sont perdus et ne savent pus que faire....Les jeunes n'en parlons pas, ils ne trouvent leur salut que dans la fuite....Est-il bon de dénoncer cela? Ce n'est pas en se taisant que les choses avanceront.
Il y a un décalage énorme entre la pensée du peuple et des amis que je rencontre régulièrement et les propos tenus dans les divers forums qui reprennent généralement les milieux lobbyistes relayant les consignes gouvernementales...
Les piliers de l'Algérie, à savoir, armée, religion et tenants du pouvoir sont un frein au développement de l'Algérie ....Le Pays est en veilleuse....Les gens reçoivent des ….sucettes...Juste le nécessaire... pour que ....rien nez bouge....
Pourtant des individus valeureux il y en a ....Mais pourquoi garder des élites qui pourraient remettre en cause une situation permettant aux tenants des institutions de profiter des immenses ressources de l'Algérie. Le peuple devenu passif n'a plus qu'un seul espoir : Dieu envers qui il se retourne de plus en plus...Dieu et la famille, cette famille qui revêt une importance capitale en Algérie.

Le vent de la réforme n'est pas passé en Algérie tant les citoyens sont sclérosés dans les habitudes et les traditions relevant des siècles passés....La réforme voire la révolution passera....à l'heure d'Internet, on ne peut bâillonner le peuple indéfiniment...Cela prendra du temps mais cela se ferra...
Pour le moment le tiens à saluer tous les amis que j'ai en Algérie et Dieu sait que j'en ai....C'est pour eux que j'écris ces blogs, quand bien même je choisis souvent mes articles dans la presse algérienne....pour ne pas froisser la susceptibilité à fleur de peau de l'Algérien...

Cordialement,
Le Pèlerin

 

 

 

 

Recherche

28 août 2019 3 28 /08 /août /2019 14:55

Connaissez-vous ces expressions ?

Les Patos & Pieds Noirs

Ces deux expressions sont aujourd'hui employées, « gaillardement » entre copains, sans aucune connotation péjorative, pour désigner les Français nés en métropole ou en Algérie, avant l'indépendance.
 

Le terme « Pied-noirs » comme celui de « Patos » n'ont commencé à être employé, couramment, qu'après le début de la guerre d'Algérie. Ils furent tous deux, au début, utilisé de manière péjorative.

Mais ceux que l'on qualifiait de « Pied-noirs », au lieu de rejeter ce terme le reprirent à leur compte en rajoutant souvent à la suite « et fier de l'être », puis par riposte, utilisèrent le terme « Patos », pour désigner les Français métropolitains arrivant en Algérie.
Donc des nouveaux débarqués, des bleus, des pieds tendres comme dirait Lucky Luke. Patos en Espagnol désigne un canard et sa démarche « lourdaude. »  Par la suite ce terme a été appliqué à tous les Français métropolitains….

 

Maintenon, y a des choses que tu peux pas les dire,
Des mots que comme insultes, oualou, y'a pas plus pire !
Appelle un, n'importe où, négro, youpin, bicot,
La police, le procès y z'arrivent aussitôt !
Y'a les ligues qu'elle défilent et tout l'monde y s'déchaîne !
La honte elle est sur toi, t'y es bon comme la romaine !
A côté d'ça, t'y a le droit, même c'est recommandé
D'appeler « pied-noir » un qui t'a rien d'mandé !
S'plique moi la différence, aousqu'elle est l'astuce ?
Sauf qu'pour noyer son chien, on dit qu'il a des puces…
Suppose qu'les marseillais on s'les nomme « blague à mort »,
Les bretons « tête de mule », « Bazouk » les gens du nord,
Les parisiens « gros bec », les auvergnats « rapia »,
Les toulousains « saucisse », les corses « vendetta »,
Quel beau sac d'embrouilles pour parler des Français !
Combien de tchaklalas pour combien de procès…
Au sujet des Pieds-noirs, rapport à l'étiquette,
Y'en a qui z'ont sarché, y z'ont fait des enquêtes
Qu'on dirait le concours du tchalef le plus gros !!!
Personne y peut prouver ça qu'y disent, ces falsos…
Un, il accuse les zouaves, les « pieds-noirs » pleins d'la boue…

Un aut', y s'leur répond « c'est à dormir debout » !!!
« Moi, j'dis que les raisins que les pieds y z'écrasent
S'les sont peints en noir… Pas la peine d'faire des phrases !!!
Embrouillounes que vous êtes, un troisième il ajoute :
C'est rapport au charbon des marins dans la soute,
Que, bessif, les pieds noirs y z'avaient quand y sortent…
Personne y peut m'enl'ver cette preuve que j'apporte !
On était tous babaos à s'poser des questions
Quand d'un coup y'en a un qui lance sa solution : 
On descend d'Amérique, des tribus, des indiens,
De ceuss qu'on a chassé, nous aut'es comme des chiens…
On s'les appelait « blackfeet », peignaient leurs pieds en noir,
Tribus comme « œil de lynx », « sioux » ou « faucons noirs »…
Je ne trancherai pas parmi ces hypothèses,
Il n'y a pas matière à présenter une thèse.
Ce pseudo sobriquet, vulgaire, péjoratif,

 Quelque soit l'employeur, la raison, l'objectif,
Nous fut attribué pendant l'Indépendance
Par un large consensus du mépris de la France…
Afin d'édulcorer ce terme peu flatteur,
Certains se plaisent à dire qu'il n'est pas réducteur…

Pourtant traiter quelqu'un de « pied » ou « d'imbécile »
Est d'une équivalence ni fortuite, ni subtile…

Le « noir » incarne le deuil, l'obscurité, la crasse
Et conforte l'anathème, l'injure, la disgrâce...
Mais ces vains subterfuges nous laissent convaincus
Que « Pieds-noirs », à dessein, synonyme de « vaincus »,
Est ce terme foncier que la France affectionne
Distillant le venin que l'hypocrisie donne…

Ces manœuvres mesquines, misérables et sans gloire
Ne parviendront jamais à falsifier « L'Histoire »…
Les français d'Algérie quelle qu'en soit l'origine
Ont des critères palpables, des vertus synonymes
De vaillance, de courage. Du fond de leurs entrailles,
Issus des bâtisseurs et des champs de bataille,
Contre vents et marées, ils ont pourvu la France
D'une œuvre colossale jusqu'à… l'Indépendance

Le Pèlerin

Partager cet article

Repost0
16 mars 2019 6 16 /03 /mars /2019 07:30

Quand le professeur Paquito fait de la philologie... ou l'étude du verbe "mettre" dans le vocabulaire Pied-Noir

Le Verbe Mettre

Le verbe "mettre" a connu dans la lexicologie pied-noire, une évolution sémantique particulière et son emploi a rapidement pris dans la langue de là-bas, une importance considérable.
Abondamment utilisé dans le truculent langage de chaque jour, ce verbe avait une signification suffisamment explicite pour que l'on ne soit pas tenté d'avoir le mauvais goût de vouloir éclairer le lecteur innocent sur une certaine valeur érotico-péjorative. Chacun, en Piednoirie, connaissait cette valeur. Et c'est tellement vrai qu'il n'arrivait que très rarement - et encore fallait-il être vraiment distrait - que l'on demandât, au milieu d'un groupe, lorsqu'un objet quelconque devenait embarrassant : "Où je le mets ? ..." Il ne manquait jamais quelque malin pour vous répondre- le plus gentiment du monde, d'ailleurs - avec la sollicitude de celui qui apporte une solution à votre problème : "Tu te le mets là où je pense..!". Il n'y avait dans cette réponse, ni méchanceté, ni agressivité vis-à-vis de l'autre. C'était tout simplement un réflexe conditionné, à l'état pur, provoqué par l'audition du fameux verbe "mettre".
Lorsque celui qui avait posé la question était un personnage à manipuler avec précaution, un supérieur hiérarchique, par exemple - d'ailleurs, il ne disait pas : "Où je le mets ?...", mais : "Où dois-je donc le mettre ?..." - personne ne répondait ; il s'instaurait un silence épais, métaphysique, où chacun, prenant un air dégagé dans l'attente qu'un audacieux se décide, évitait de croiser le regard du voisin, car il aurait pu y lire très clairement la réponse à la question posée.

Jeune officier instructeur au 2ème Zouaves, au Quartier Magenta d'Eckmühl-Oran, alors que je venais de démonter un fusil mitrailleur, modèle 24-29, et que je procédais à son remontage au milieu d'un cercle attentif de jeunes recrues, tenant à la main un long boudin métallique, je déclarais sans faire attention : "Ceci est un ressort récupérateur ; où dois-je le mettre ?..."
Un silence embarrassé suivit la question. Les jeunes Bretons, Lorrains et gars du Nord qui m'entouraient, supputaient les différentes possibilités d'emplacement de la pièce en question. Mais comme la réponse tardait à venir, je levai les yeux et... je vis alors, sur le visage épanoui d'Armand V..., le boulanger de Bab-el-Oued, le seul Pied-Noir de ma section, un sourire béat qui en disait long...

Je compris aussitôt qu'il "savait" ou je devais "me" mettre le ressort récupérateur.
Autour de nous, dans leur candeur infinie, les "petits Français" n'avaient rien vu, rien entendu, rien compris...

Parti donc du registre érotique le plus trivial, le verbe "mettre" a conquis en quelque sorte des lettres de noblesse en prouvant son utilité en des domaines aussi relevés que peuvent l'être la Sociologie, la Politique, la Morale ou l'Histoire, domaines nécessitant la détermination d'une hiérarchie de valeurs.

En Sociologie, par exemple... les spécialistes de toutes écoles, examinant les structures d'une société, procèdent à des classements variés de peuples, de races, d'ethnies, de religions, de communautés, de conditions sociales, de groupes, de sous-groupes, et j'en passe...

Le Pied-Noir ne s'est jamais éparpillé en de telles considérations. Il a toujours classé les gens, en deux grandes catégories : "Ceux à qui on la met" et "Ceux à qui on la met pas".

Les sociologues ne trouveront sans doute pas dans ces raccourcis, l'explication rationnelle de la lutte des classes, des conflits de génération, des différences entre partis de droite et partis de gauche, ou de l'évolution des mouvements d'opinion, à l'intérieur d'un pays. Mais le colossal effort de simplification, apportée par la pensée pied-noire de la première moitié du XXème siècle, dans une discipline aussi complexe, ne saurait échapper à personne. En politique, le verbe "mettre" a toujours présidé aux multiples débats, empoignades et face à face, quand ce n'était pas corps à corps, qu'engendrait la moindre campagne électorale. Le programme d'un parti, la personnalité des hommes qui pouvaient l'animer, la plate-forme des revendications qu'il fallait soutenir, ont toujours été là-bas des éléments de second plan. Fallait-il, en effet, pour se déterminer dans un choix politique, savoir si l'on allait changer dans la stabilité ou se stabiliser dans le changement, s'aventurer dans la stagnation ou stagner dans l'aventure, continuer dans le progrès ou progresser dans la continuité ?... Les critères du Pied-Noir étaient plus simples et se ramenaient à ces constatations de bon sens
1 ° "Tous ceux qui sont dans la politique, ils te la mettent." 
2° "Il faut choisir çuila qui te la met le moins."
3° "Encore content, s'il laisse pas que les autres, ils te la mettent aussi."
A partir de là s'est manifestée, au sein de la société Pied-Noire, l'élaboration de toute une hiérarchie de valeurs professionnelles, religieuses, sociales, énoncées en quelques principes clairs, ne souffrant la moindre contestation et que seuls, "les événements d'Algérie" sont venus bouleverser, après plus d'un siècle de tranquillité qui, sans atteindre la "pax romana", n'en était pas moins l'expression sereine de la bonne conscience d'un peuple "L'ouvrier qui travaille pas, pas besoin de syndicat pour ça, il la met au patron, tous les jours ; mais le patron c'est toujours le plus fort parce qu'il lui met à l'ouvrier à la fin du mois." "
"De toutes les façons - concluait-on avec une philosophie à l'opposé de toutes ces manifestations qui fleurissent de nos jours, aussi bruyantes que stériles - d'accord ou pas d'accord, le gouvernement, il la met à tout le monde." 
Selon certains chercheurs, cette philosophie prendrait ses sources dans l'Antiquité greco-latine. Ainsi, Roland Bacri, dont le sérieux des travaux n'est pas à mettre en doute, attribue à l'historien Suétone, dans son dictionnaire pataouète de langue pied-noir, le Roro, la phrase suivante : "A César, personne y lui met !".

Enfin, ce verbe "mettre" appartient à l'Histoire. Il fut "mis" (sans redondance inutile) à l'honneur dans l'un des faits d'armes du corps franc des Français libres juifs de la division Leclerc. Ces soldats, qui avaient quitté clandestinement l'Algérie et avaient débarqué parmi les premiers en Normandie, toujours volontaires pour les coups durs, servaient d'éclaireurs à la fameuse division blindée. Le fait m'a été rapporté par mon ami Roger Gabbay - que l'Eternel lui donne une place de choix au paradis.
Un soir, leur commando de cinq hommes, sous les ordres d'un sergent bônois, arriva aux abords d'un petit village d'Alsace. Leur mission : savoir si l'ennemi l'avait évacué ou si, au contraire, il en avait fait un point d'appui. Tandis qu'ils progressaient, un volet s'entrouvrit avec précaution presque au-dessus d'eux et, alors qu'ils s'apprêtaient déjà à tirer, une vieille femme apparut qui leur fit signe de se glisser dans sa maison. Là, elle leur dit que les Allemands s'étaient retranchés dans la partie haute du bourg. Comme ils avaient reçu l'ordre de rester sur place en observation, ils acceptèrent l'offre de la vieille Alsacienne de s'installer dans le grenier de sa maison d'où l'on découvrait tout mouvement dans le village.

" Ah ! Mes enfants ! Que je suis heureuse de voir des petits Français ! Tenez ! ... Tenez ! ..." disait leur hôtesse, et ouvrant un placard, elle en sortit toutes les provisions qu'elle avait jalousement cachée aux Allemands...

Après un plantureux repas qui changeait bien nos héros de leurs rations militaires, la vieille dame voulut encore les installer pour la nuit. Elle leur distribua toutes les couvertures disponibles et, pour qu'ils puissent s'éclairer, elle ouvrit une boite de bougies qu'elle avait précieusement conservée pendant toute la durée de la guerre. Après avoir tendu à chacun des cinq sa bougie, il lui en restait une dans la main.
" Il m'en reste une, dit-elle, où voulez-vous que je la mette ?..." 
Alors, le sergent bônois, ne laissant à personne l'initiative de la réponse, s'écria précipitamment :
" Entontion vous autres ! Cette femme, elle a été formidable, avec nous !... Si y'en a un qui lui dit où il faut qu'elle la mette, je lui donne sa mère !. 

Et voilà comment le verbe mettre s'est introduit - pour ne pas écrire s'est mis - dans l'un des innombrables faits d'armes de ces courageux, dans l'épopée de ces hommes, venus des colonies pour défendre le pays et libérer la mère patrie... Le lendemain, le village était pris... Aux Allemands, on leur avait mis !... 

Professeur Paquito - Université de la Calère

Echo de l'Oranie 281 - juillet août 2002

Le Pèlerin

 

Partager cet article

Repost0
30 décembre 2018 7 30 /12 /décembre /2018 18:08

Algérie, mon Amour

Le Pèlerin à Arzew

Le Pèlerin à Arzew

Je suis né dans la banlieue d’Alger, à Hussein-Dey

Dans cette cité populaire toute ma vie j’ai résidé….

Mon horizon c’était le quartier Trottier, le « Champ Vert»

Nous y vivions pauvrement mais n’en n’ai jamais souffert

 

Ce beau pays je l’ai rarement visité…Oui Arzew, Oran

Il est vrai que les moyens manquaient à la maison

Mes copains vivaient tout comme moi….Au quartier

Les «Arabes» et moi n’y avons jamais été inquiétés

 

Nous n’avons jamais bougé de cet espace de verdure

Nous n’avions pas peur, l’avenir nous paraissait si sur

Les fils de Pied noir partaient en Colonie de vacances

Enchantés ils revenaient …un beau pays que la France

 

L’Algérie était magnifique pourtant je ne connaissais guère

Un peu Oran et Arzew deux villes qui m’étaient chères

A l’est mon horizon s’arrêtait à Rebeval au bord du Sébaou

L’oued coulait toute l’année ; c’était un fort joli bijou

 

Nous n’étions pas des colons mais que de petites gens

Certes chez certains il y a bien des avis divergents

L’immense majorité des Pied Noirs était des pacifistes

Le seul reproche à leur faire …Ils étaient progressistes

 

De part et d’autre il y eut des attentats, toujours horribles

Ne pas attenter à la vie d’autrui, est-il donc si impossible ?

A tous ces humbles qui n’ont jamais tué ou blessé personne

Et que l’on présente là bas comme de bien piètres personnes

 

Ah qu’il est difficile d’écrire l’histoire de notre pays l’Algérie

Tant elle est écrite jusqu’à présent sur la base de tromperies

Des gens qui à tant en parler, finissent par croire ce qu’ils disent

Ils cherchent le «scoop» et leur point de vue, ils le radicalisent

 

Nous vivions avec les «Maghrébins» en franche camaraderie

Camus notait une haine entre les deux communautés d’Algérie

Haine d’Amour, car chacun avait ses «Arabes» et il les adorait

L’histoire aurait été différente si certains ne s’étaient déchirés

 

J’avais là bas mes amours mes amis et toutes mes sensations

Nous ne possédions rien, mais j’ai perdu toutes mes passions

Adieu mes amis, mes copains, ma ville, mon club de football

Il ne nous reste plus qu’à pleurer voire en rire cela console… !

 

J’avais la Grande Bleue à proximité….Je n’y allais pas souvent

Bien que notre belle Méditerranéen j’en sois un amateur fervent

Mais de chez moi je pouvais l’apercevoir et cela me rassurait

C'était chez moi...!

C'était chez moi...!

Je suis arrivé en France à Toulouse pour poursuivre mes études

En septembre 1961; j’aimais l’aéronautique ; Dieu que ce fut rude

Non par les études mais ma vie avait changé; j’en devins malade

Je n’avais plus goût à rien et je disais adieu à nos chères rigolades

 

Où était mon club local l’OHD, où était ma ville, ses murs blancs

Et ces hommes au regard rieur, ces femmes aux yeux pétillants

Toulouse, la dite »ville rose » me paraissait noire et bien triste

Moi que l’on disait Rieur, comment étais-je devenu si pessimiste

 

Jamais plus je ne serai chauvin du moindre club de football

Ce n’est pas faute d’avoir essayé avec le TFC notre club local

J’avais une autre passion « de vieux prématuré »…Les boules

Je jouais à la pétanque et j’étais passionné, j’en étais «maboul»

 

Certes ici en France j’en ai acheté une magnifique paire

Celles même que je n’avais jamais pu me payer là bas hier

Mais le cœur n’y est plus; j’ai du faire trois parties en 50 ans!

C’en est fini, je n’ai plus envie de jouer, je n’ai plus d’allant

 

Mon père est mort alors que j’étais bien jeune avant même

Le début de la guerre et «la Toussaint rouge» Quel dilemme

J’y suis retourné en 2004…..Pour me recueillir sur sa sépulture

J’ai retrouvé autre pays mais des gens d’une grande ouverture

 

Ici on ne parle que de haine de burka de terrorisme d’islam… !

Là bas on pense à vivre dans la bonne humeur et dans le calme

Qu’ont-ils fait tous ces tueurs de tous bords, ils regrettent tous

Sauf les crétins qui n’ont vécu l’Algérie que dans les livres d’histoire 

Où l’on raconte tout et n’importe quoi

Oui il y a eu du mal de fait mais  aussi de belles réalisations

Pourquoi n’avons-nous pas eu notre « Nelson Mandéla »

Je serais encore là bas à ma place sans outre passer mes droits

Je suis tout de même retourné quinze fois depuis

Loin des tumultes, de la haine de l’étranger qui ronge notre société

La où la France aurait tout intérêt à accroître notre amitié avec ce pays

Certes de l’autre côté …certains « religieux » ne nous aiment guère

Les plus radicaux sont même un danger pour le pays

Comme nous avons les nôtres aussi « fada » que les autres

Ces gens sont généralement influents aussi bien d’un côté que de l’autre

Ils ne se rendent pas compte qu’ils font de chaque côté du mal à leur propre pays

C’est ainsi….La peur de l’autre gagne du terrain, l’étranger est devenu le bouc émissaire de tous nos maux

Le Pèlerin

Partager cet article

Repost0
8 décembre 2018 6 08 /12 /décembre /2018 13:25

Algérie - Histoire d’Hussein-Dey

Chez moi près de l’hôpital Parnet

Chez moi près de l’hôpital Parnet

Hussein-Dey doit son nom au dernier souverain de la Régence d'Alger Le DEY HUSSEIN. Il possédait dans les environs immédiats de son Palais, une maison de plaisance, que l'on peut encore visiter aujourd'hui dans l'ex-entrepôt des tabacs de la S.E.I.T.A devenu tout récemment propriété de l'école de police d'Hussein-Dey.
Primitivement le territoire d'Hussein-Dey faisait partie de la Commune de KOUBA.

Le 23 Mai 1835, un arrêté gubernatorial créait le centre d'Hussein-Dey et fixait ainsi sa délimitation:
1°)l'Oued Kniss depuis le rivage de la Mer jusqu'à la route de Constantine.
2°)l'Harrach jusqu'à la mer.
3°)Le rivage de la mer entre les 2 Oueds.

Ce territoire était donc plus vaste que celui occupé par Hussein-Dey de nos jours. La superficie était de 4.291 ha et on y dénombrait 433 habitants dont 94 européens.

Cette section d'Hussein-Dey fut mise sous le contrôle d'un édile de la commune de Kouba, le 1er magistrat de ce centre fut M. GARCIN désigné par décret gubernatorial du 15 Novembre 1839.

Cependant l'existence légale de la section Hussein-Déenne ne remonte seulement qu'au 1er janvier 1843 date à laquelle des registres d'Etat-Civil ont été ouverts en faveur de ses résidants.

Ce furent les adjoints au Maire de Kouba ou le Maire lui-même qui assurèrent alors les fonctions d'Officier d'Etat-Civil.

En 1843, BAIN Charles, en 1844, SABATAULT Charles, du 1er janvier 1845 au 30 juin 1857, SIMON Louis, du 1er juillet 1857 au 30 juin 1860. PAYN Adolphe, tous adjoints au Maire de Kouba.

Du 1er juillet 1860 au 30 juin 1863, le Maire de Kouba en personne, M. BUREAU Jacques assura cette charge.
Il se fit remplacer à compter du 1er juillet 1863 par son adjoint LETHEULE Mathurin, lequel se fit suppléer à compter du 1er mai 1870 par M. TROTTIER François, alors conseiller municipal de Kouba.

La place

La place

Après la publication du décret du 20 mai 1870, érigeant la section d'Hussein-Dey en commune libre autonome, M. le Docteur PAYN, alors adjoint au Maire de Kouba, fut désigné par l'administration, en qualité de Maire provisoire d'Hussein-Dey, à compter du 23 septembre 1870, il céda ensuite sa place à M. TROTTIER le 15 octobre 1870, date de l'installation officielle du Maire et de la 1ère municipalité d'Hussein-Dey.

Voici le texte du décret impérial du 20 mai 1870

- VU les pétitions des habitants du village d'HUSSEIN-DEY, demandant leur séparation de la commune de KOUBA et l'érection de leur commune, en commune distincte et de plein exercice.
- VU les délibérations du conseil municipal d'ALGER.
- VU la délibération du conseil du gouvernement, en date du 13 avril 1870.

Avons décréré et décrétons ce qui suit:
ARTICLE 1 - La section d'Hussein-Dey est distincte de la commune de Kouba et érigée en commune de plein exercice.
ARTICLE 2 - Les limites de la commune sont fixées de la manière suivante :

- La commune d'Hussein-Dey conserve les limites de l'ancienne section de même nom, sauf en ce qui concerne la partie qui est voisine de la commune de MAISON-CARREE. De ce côté, la commune aura pour limite le pont viaduc du chemin de fer et les dépendances à partir du pont viaduc jusqu'à, et y compris la maison portant n° 12, la barrière fixée en face de la maison portant le n°12 avant le moulin Saulière et de cette barrière une ligne droite jusqu'à l'Harrach.

ARTICLE 3 - Le corps municipal est fixé à 9 membres.
ARTICLE 4 - Les arrêtés du préfet d'Alger fixeront les détails d'exécution du présent arrêté en ce qui concerne l'établissement du budget ainsi que le partage à faire entre la commune ancienne et la section érigée en commune nouvelle, des biens et des créances à payer.
ARTICLE 5 - Notre Ministre Secrétaire d'Etat au Département de la guerre et le Gouvernement général sont chargés chacun en ce qui le concerne de l'exécution du présent arrêté.

Fait au Palais des Tuileries, le 20 Mai 1870.

signé : NAPOLÉON III.

Mon Père y repose

Mon Père y repose

Rue de Constantine

Rue de Constantine

APERÇU SUR L'EVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DE LA VILLE

Notre ville comptait au recensement du 31/10/1954, 18 049 européens et 42 005 musulmans soit une population totale de 60054 habitants.
En raison de la création des cités d'habitations des quartiers LA MONTAGNE et des EUCALYPTUS par les soins de la Cie Immobilière Algéroise, plus de 10 000 musulmans sont venus s'établir à Hussein-Dey, l'immigration massive des fellahs venant du bled se poursuit parallèlement à un rythme accéléré au coeur des quartiers Hussein-Déens, situées à la périphérie de notre territoire. Il faut compter également avec les apports annuels de naissances (3 152 en 57, dont 233 de souche européenne).

De la sorte, il n'y a pas lieu de s'étonner qu'Hussein-Dey, ait pu compter au 1er janvier 1958, 85000 habitants, comme en témoigne la délibération du conseil municipal n° 236, en date du 31 décembre 57. Ce nouveau dénombrement se décompose en 19 000 français de souche européenne et 66 000 français de confession musulmane.

Cette expansion n'est d'ailleurs pas stoppée et notre commune avec ses 62 habitants à l'hectare contre 242 à Alger, justifie à cette époque sa pleine urbanisation et devient par excellence, le territoire où la capitale algéroise peut s'étendre.

D'après les chiffres officiels on observe qu'il y avait en :
- 1939 13 495 européens
- 1953 15 178 européens
- 1954 18 049 européens + 42 005 musulmans soit 60 054 habitants
- 1958 19 000 européens + 66 000 musulmans soit 85 000 habitants

Le 21 mars 1958 un nouveau projet était soumis au gouvernement par le ministère de l'Algérie relatif au découpage des communes de l'algérois. Il était prévu qu'Alger et sa banlieue formeraient le grand Alger, administré, comme Paris avec Hussein-dey, Kouba, Maison-Carré, Birmandreis, El-Biar, Bouzareah et Saint-Eugène.
Alger constituerait de la sorte, un ensemble de 13 à 14 arrondissements. Il faut rappeler à cet égard les efforts de M. Germain MARTY, maire d'Hussein-Dey, qui à cette époque ne voulait pas que l'on ampute notre ville des quartiers tels que LEVEILLEY, l'OUED OUCHAIA, la zone comprise entre le D13 et le D14, l'Oued Harrach et le prolongement de la route de BADJARAH, la cité MONTAGNE, BERARDI, les EUCALYPTUS, la cité BEL AIR et le lotissement DJENAN EL MABROUK.
L'ensemble de cet article est issu du compte rendu de gestion réalisé par M. MARTY en mars 58 lors de la présentation du budget primitif de notre ville.
En conclusion de son exposé, il précise - je le cite- "Nous avons, durant cinq années consécutives déjà, et très régulièrement rendu au grand jour, les comptes de notre gestion".
"Nous pouvons dire, sans fausse modestie, que nous avons largement tracé la voie et créer parallèlement tous les dispositifs pour que notre cher Hussein-Dey, prenne rang de grande ville"
Peu de temps après, le grand Alger était crée..........

 

Source: le site des Enfants d’Hussein-Dey

Le Pèlerin

 

Partager cet article

Repost0
17 novembre 2018 6 17 /11 /novembre /2018 12:01

Tikjda, ou l’attrait des cimes et des abîmes

Le Djurdjura et Tikjda...Et c'est aussi beau en été
Si l’honorable voyageur, qui a pris la RN18, puis la RN8, pour aller de Bouira à Sour El Ghozlane, et s’il ne veut pas revoir les plaines des Aribs qui s’étalent sur plus de 2000 ha entre Aïn Bessem et Sour El Ghozlane, il peut au retour prendre le CW127 qui le fera passer par El Hachimia. 
II pourra même faire un crochet par Hammam Ksenna aux eaux miraculeuses capables de guérir même un eczéma. Tout au long de son périple, il pourra jouir de la vue de belles pinèdes qui bordent sa route des deux côtés. Mais par l’aspect de sa nature prodigieuse qui éclate dans sa non moins prodigieuse variété floristique et faunistique que Tikjda se recommandera à l’attention du voyageur épris de sensations fortes. La RN33 qu’il prendra dès la sortie Est de Bouira déroulera devant lui son ruban noir sur 33 km pour atteindre ce lieu paradisiaque. S’il se sent l’âme d’un varappeur, il pourra se lancer à l’assaut de pics vertigineux tel le mont Lala Khedidja qui culmine à plus de 2300 m ou Tala Rana qu’il atteindra en passant de l’autre côté de la montagne où il rejoindra la RN30. Là, après avoir vu le complexe touristique à sa droite, situé à plus de 1700 m, après avoir dépassé Tizi N’Kouilal et reçu le souffle du vent qui frôle ce mont appelé la Main du juif (on a effectivement la représentation rocheuse d’une main), et franchi la Porte blanche, on entreprend la descente sur le versant opposé.
le centre d'accueil de Tikjda 
Si le désir d’une gorgée d’eau fraîche se fait impérieuse avec cette longue ascension vertigineuse, on s’arrête pour recueillir le jet puissant d’une eau limpide qui jaillit d’un rocher ou tombe en cascade du haut d’un pic. Le village Uzarir paraît si minuscule au fond de la vallée. Une descente s’impose pour goûter à cette grande source Aberkane dont le patron de Cévital, Rebrab, envisage sa mise en bouteille et sa commercialisation. Au temps de la colonisation, elle avait servi à produire de l’énergie électrique. Elle sert aujourd’hui à alimenter en eau potable la daïra de M’Chedellah, alors qu’une partie de cette eau se perd dans la nature au grand dam de ce P/APC de Saharidj qui se désole d’une telle perte pour sa commune. La randonnée pédestre ou motorisée aura permis au voyageur de recenser des essences végétales les plus curieuses, comme le cèdre, le pin noir, le pin d’Alep, le chêne-liège, le chêne vert et d’autres pousses aux noms latins fort compliqués. Pour la faune, la diversité est aussi digne d’étonnement, car au porc épic, à la mangouste, à l’hyène rayée, au singe magot correspondent des espèces d’oiseaux bien plus dignes encore de retenir l’attention telles les trois aigles (l’aigle botté, l’aigle rouge et l’aigle de Boticelli), le gypaète, le faucon, le vautour etc. Le voyageur non pressé fera certainement plus de découvertes en prenant d’autres chemins moins connus et plus fertiles en surprises. A moins que se sentant des aptitudes de skieur, il ne veuille tâter de ce sport auquel cas, il existe tout à son intention une piste aménagée à cet effet. Les téléskis sont endommagés, mais il ne faut pas trop exiger. A moins que se reconnaissant l’étoffe d’un spéléologue, il ne souhaite se colleter avec le gouffre d’Awel ? Sensations fortes garanties .  
Le Pèlerin 

Partager cet article

Repost0
10 novembre 2018 6 10 /11 /novembre /2018 16:08
Arzew - Le Phare

Arzew - Le Phare

Ou l'étude du verbe "mettre" dans le vocabulaire Pied-Noir

Humour  Pied-Noir - "Où je le mets ? ..."

Le verbe "mettre" a connu dans la lexicologie pied-noire, une évolution sémantique particulière et son emploi a rapidement pris dans la langue de là-bas, une importance considérable.
Abondamment utilisé dans le truculent langage de chaque jour, ce verbe avait une signification suffisamment explicite pour que l'on ne soit pas tenté d'avoir le mauvais goût de vouloir éclairer le lecteur innocent sur une certaine valeur érotico-péjorative.

Chacun, en Piednoirie, connaissait cette valeur. Et c'est tellement vrai qu'il n'arrivait que très rarement - et encore fallait-il être vraiment distrait - que l'on demandât, au milieu d'un groupe, lorsqu'un objet quelconque devenait embarrassant : "Où je le mets ? ..." Il ne manquait jamais quelque malin pour vous répondre- le plus gentiment du monde, d'ailleurs - avec la sollicitude de celui qui apporte une solution à votre problème : "Tu te le mets là où je pense..!". Il n'y avait dans cette réponse, ni méchanceté, ni agressivité vis-à-vis de l'autre. C'était tout simplement un réflexe conditionné, à l'état pur, provoqué par l'audition du fameux verbe "mettre".
Lorsque celui qui avait posé la question était un personnage à manipuler avec précaution, un supérieur hiérarchique, par exemple - d'ailleurs, il ne disait pas : "Où je le mets ?...", mais : "Où dois-je donc le mettre ?..." - personne ne répondait ; il s'instaurait un silence épais, métaphysique, où chacun, prenant un air dégagé dans l'attente qu'un audacieux se décide, évitait de croiser le regard du voisin, car il aurait pu y lire très clairement la réponse à la question posée.

Jeune officier instructeur au 2ème Zouaves, au Quartier Magenta d'Eckmühl-Oran, alors que je venais de démonter un fusil mitrailleur, modèle 24-29, et que je procédais à son remontage au milieu d'un cercle attentif de jeunes recrues, tenant à la main un long boudin métallique, je déclarais sans faire attention : "Ceci est un ressort récupérateur ; où dois-je le mettre ?..."
Un silence embarrassé suivit la question. Les jeunes Bretons, Lorrains et gars du Nord qui m'entouraient, supputaient les différentes possibilités d'emplacement de la pièce en question. Mais comme la réponse tardait à venir, je levai les yeux et... je vis alors, sur le visage épanoui d'Armand V..., le boulanger de Bab-el-Oued, le seul Pied-Noir de ma section, un sourire béat qui en disait long...

Je compris aussitôt qu'il "savait" ou je devais "me" mettre le ressort récupérateur.
Autour de nous, dans leur candeur infinie, les "petits Français" n'avaient rien vu, rien entendu, rien compris...

Parti donc du registre érotique le plus trivial, le verbe "mettre" a conquis en quelque sorte des lettres de noblesse en prouvant son utilité en des domaines aussi relevés que peuvent l'être la Sociologie, la Politique, la Morale ou l'Histoire, domaines nécessitant la détermination d'une hiérarchie de valeurs.

En Sociologie, par exemple... les spécialistes de toutes écoles, examinant les structures d'une société, procèdent à des classements variés de peuples, de races, d'ethnies, de religions, de communautés, de conditions sociales, de groupes, de sous-groupes, et j'en passe...

Le Pied-Noir ne s'est jamais éparpillé en de telles considérations. Il a toujours classé les gens, en deux grandes catégories : "Ceux à qui on la met" et "Ceux à qui on la met pas".

Les sociologues ne trouveront sans doute pas dans ces raccourcis, l'explication rationnelle de la lutte des classes, des conflits de génération, des différences entre partis de droite et partis de gauche, ou de l'évolution des mouvements d'opinion, à l'intérieur d'un pays. Mais le colossal effort de simplification, apportée par la pensée pied-noire de la première moitié du XXème siècle, dans une discipline aussi complexe, ne saurait échapper à personne. En politique, le verbe "mettre" a toujours présidé aux multiples débats, empoignades et face à face, quand ce n'était pas corps à corps, qu'engendrait la moindre campagne électorale. Le programme d'un parti, la personnalité des hommes qui pouvaient l'animer, la plate-forme des revendications qu'il fallait soutenir, ont toujours été là-bas des éléments de second plan. Fallait-il, en effet, pour se déterminer dans un choix politique, savoir si l'on allait changer dans la stabilité ou se stabiliser dans le changement, s'aventurer dans la stagnation ou stagner dans l'aventure, continuer dans le progrès ou progresser dans la continuité ?... Les critères du Pied-Noir étaient plus simples et se ramenaient à ces constatations de bon sens
1 ° "Tous ceux qui sont dans la politique, ils te la mettent." 
2° "Il faut choisir çuila qui te la met le moins."
3° "Encore content, s'il laisse pas que les autres, ils te la mettent aussi."
A partir de là s'est manifestée, au sein de la société pied-noire, l'élaboration de toute une hiérarchie de valeurs professionnelles, religieuses, sociales, énoncées en quelques principes clairs, ne souffrant la moindre contestation et que seuls, "les événements d'Algérie" sont venus bouleverser, après plus d'un siècle de tranquillité qui, sans atteindre la "pax romana", n'en était pas moins l'expression sereine de la bonne conscience d'un peuple "L'ouvrier qui travaille pas, pas besoin de syndicat pour ça, il la met au patron, tous les jours ; mais le patron c'est toujours le plus fort parce qu'il lui met à l'ouvrier à la fin du mois." "
"De toutes les façons - concluait-on avec une philosophie à l'opposé de toutes ces manifestations qui fleurissent de nos jours, aussi bruyantes que stériles - d'accord ou pas d'accord, le gouvernement, il la met à tout le monde." 
Selon certains chercheurs, cette philosophie prendrait ses sources dans l'Antiquité greco-latine. Ainsi, Roland Bacri, dont le sérieux des travaux n'est pas à mettre en doute, attribue à l'historien Suétone, dans son dictionnaire pataouète de langue pied-noir, le Roro, la phrase suivante : "A César, personne y lui met !".

Enfin, ce verbe "mettre" appartient à l'Histoire. Il fut "mis" (sans redondance inutile) à l'honneur dans l'un des faits d'armes du corps franc des Français libres juifs de la division Leclerc. Ces soldats, qui avaient quitté clandestinement l'Algérie et avaient débarqué parmi les premiers en Normandie, toujours volontaires pour les coups durs, servaient d'éclaireurs à la fameuse division blindée. Le fait m'a été rapporté par mon ami Roger Gabbay - que l'Eternel lui donne une place de choix au paradis.
Un soir, leur commando de cinq hommes, sous les ordres d'un sergent bônois, arriva aux abords d'un petit village d'Alsace. Leur mission : savoir si l'ennemi l'avait évacué ou si, au contraire, il en avait fait un point d'appui. Tandis qu'ils progressaient, un volet s'entrouvrit avec précaution presque au-dessus d'eux et, alors qu'ils s'apprêtaient déjà à tirer, une vieille femme apparut qui leur fit signe de se glisser dans sa maison. Là, elle leur dit que les Allemands s'étaient retranchés dans la partie haute du bourg. Comme ils avaient reçu l'ordre de rester sur place en observation, ils acceptèrent l'offre de la vieille Alsacienne de s'installer dans le grenier de sa maison d'où l'on découvrait tout mouvement dans le village.

" Ah ! mes enfants ! Que je suis heureuse de voir des petits Français ! Tenez ! ... Tenez ! ..." disait leur hôtesse, et ouvrant un placard, elle en sortit toutes les provisions qu'elle avait jalousement cachée aux Allemands...

Après un plantureux repas qui changeait bien nos héros de leurs rations militaires, la vieille dame voulut encore les installer pour la nuit. Elle leur distribua toutes les couvertures disponibles et, pour qu'ils puissent s'éclairer, elle ouvrit une boite de bougies qu'elle avait précieusement conservée pendant toute la durée de la guerre. Après avoir tendu à chacun des cinq sa bougie, il lui en restait une dans la main.
" Il m'en reste une, dit-elle, où voulez-vous que je la mette ?..." 
Alors, le sergent bônois, ne laissant à personne l'initiative de la réponse, s'écria précipitamment :
" Entontion vous autres ! Cette femme, elle a été formidable, avec nous !... Si y'en a un qui lui dit où il faut qu'elle la mette, je lui donne sa mère !. 

Et voilà comment le verbe mettre s'est introduit - pour ne pas écrire s'est mis - dans l'un des innombrables faits d'armes de ces courageux, dans l'épopée de ces hommes, venus des colonies pour défendre le pays et libérer la mère patrie... Le lendemain, le village était pris... Aux Allemands, on leur avait mis !...

Source Professeur PAQUITO - Université de la Calère

Echo de l'Oranie 281 - juillet août 2002

Le Pèlerin

Partager cet article

Repost0
18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 13:56

L’économie algérienne commence ses soins palliatifs

Le gouvernement Bouteflika-Ouyahia

Le gouvernement Bouteflika-Ouyahia

Après la décision du gouvernement Bouteflika de recourir à la planche à billets, il est désormais impossible d’empêcher les Algériens de subir une importante diminution de leur niveau de vie.

Le mercredi 6 septembre, le gouvernement Ouyahia a décidé de faire modifier la loi sur la monnaie. Il se donnait le droit d’imprimer de l’argent sans prendre en compte les règles de la finance mondiale. Le mépris du gouvernement algérien pour les mécanismes de gestion d’un État moderne au 21e siècle le dirige tout droit dans les traces du Venezuela.

Il y a des raisons pour lesquelles il est strictement interdit de faire fonctionner la planche à billets dans la zone euro en vertu de l’article 123 du Traité de Lisbonne. Cette pratique amène souvent à une situation tragique. Dans le libre marché, la valeur totale des billets d’une devise en circulation dépend de la demande des utilisateurs. La demande est un besoin solvable. Quand la planche à billets commence à tourner pour couvrir des déficits, la valeur de l’argent se dilue d’autant. En expliquant simplement la situation, si Bouteflika double le nombre de devise en circulation, elles ne vaudront que la moitié de leur valeur en monnaie étrangère. Le gouvernement s’appropriera de ce fait la moitié de la valeur de tous les billets en circulation. Cette mesure créera de l’inflation, une dévaluation de sa monnaie au niveau international, une forte baisse du pouvoir d’achat et une importante fuite de capitaux.

Comme la valeur des actifs en dinar fondera à vu d’œil, toutes les personnes qui le peuvent achèteront des devises étrangères pour se protéger de l’inflation.

Ce cercle vicieux s’amplifiant avec le temps, bientôt, les petites coupures n’auront plus la valeur du papier sur lequel elles sont imprimées et serviront, comme en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, à tapisser les murs.

L’utilisation de la planche à billets n’est pas aussi létale pour tous les pays. Si plusieurs gouvernements tels ceux de l’Europe, du Japon et des États-Unis ont eu recours à cette technique pour se sortir d’une période de récession particulièrement difficile, ils s’en servaient en général pour dévaluer la valeur de leur monnaie et rendre leurs exportations plus compétitives afin de relancer leur économie. En ce qui concerne l’Algérie, comme 97 % de ses exportations sont en hydrocarbures et qu’ils son vendu en dollars américains sur le marché international, le pays n’augmentera pas son niveau de compétitivité. Bien au contraire, il le diminuera en rendant sa monnaie moins attractive.

Si investir pour créer de la richesse est le fondement de la croissance au niveau international, imprimer de l’argent pour financer le déficit budgétaire est le chemin de l’appauvrissement national assuré.

Quand Ahmed Ouyahia décidait de recourir au "financement interne non conventionnel", il faisait beaucoup plus que d’avouer la faillite de l'État. Le gouvernement Bouteflika commence donc actuellement à administrer les soins palliatifs à l’économie du pays. En ce sens, le message d'espoir et de sérénité politique du premier ministre est la parole apaisante d’un ami veillant un mourant. Il n’empêchera pas la mort économique de l’Algérie, mais la rendra plus douce. Malheureusement, l’économie mondiale étant ce qu’elle est, même cela ne durera pas. La loi de finances 2018 risque donc d’être particulièrement incisive pour la population et ce ne sera qu’un début.

Les seules choses qui peuvent sauver l’Algérie sont, soit une remontée rapide du coût du baril de pétrole, ce qui ne s’annonce pas actuellement ; soit un changement de régime pour un vrai gouvernement d’union nationale qui modifiera rapidement la politique monétaire.

Dans peu de temps, quand les mécanismes inflationnistes seront enclenchés, même cette option ultime ne pourra plus sauver le pays. Les citoyens subiront une importante perte de leur pouvoir d’achat et commenceront une descente aux enfers du type que subit actuellement le Venezuela avec une hyperinflation de 900 % en 2017. Les historiens vous diront qu’en général ces situations se terminent dans la guerre ou la révolution et une importante destruction des actifs publics. Est-ce vraiment ce que veulent les Algériens ?

Source Le Matin - Dz Michel Gourd

Le Pèlerin

Partager cet article

Repost0
6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 14:39

Ramadan : le pique-nique de non-jeûneurs kabyles, un pied de nez aux autorités

L’Algérie et la liberté de culte

Plusieurs centaines de personnes ont déjeuné publiquement samedi à Tizi-Ouzou, en Kabylie, pour appeler au respect de la liberté de conscience et dire non à "l'islam radical".

C'est un appel à la tolérance que d'aucuns ne manqueront pas de percevoir comme une provocation. Près de 500 personnes se sont réunies samedi à Tizi-Ouzou, en Kabylie, autour d'un déjeuner public pour dénoncer "les campagnes d’intimidation menées contre les non-jeûneurs" dans cette région de l'est algérien en cette période de ramadan.

"Il y a un climat de terreur qui règne contre ceux qui ne jeûnent pas" durant le mois de jeûne sacré musulman du ramadan, dénonce à l'AFP l'un d'eux, Ali, la quarantaine. "Il faut que la religion reste du domaine du privé", dit-il en s'affirmant "musulman de tradition mais pas jeûneur", acquise quand à lui, Tahar Bessalah, venu spécialement d'Alger.

Ramadan : le pique-nique de non-jeûneurs kabyles, un pied de nez aux autorités

Lors d'une prise de parole, le président du Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie (MAK), Bouaziz Aït Chebib, a revendiqué "l'attachement ancestral" des Kabyles "à la liberté de conscience". "C'est une réponse au courant d’un islam radical qui commence à supplanter l’islam tolérant pratiqué par les citoyens kabyles", a-t-il martelé le site maghrebemergent.com.

Bouteille et sandwich à la main, jeunes, personnes âgées, artistes, militants politiques et associatifs ont répondu à l'appel lancé la semaine dernière sur les réseaux sociaux après une descente de gendarmes, le 19 juillet, dans une cafétéria de non-jeûneurs au village Tifra, toujours en Kabylie, précise le journal El Watan. Les clients avaient alors été pris en photo.

L'ambiance de cette manifestation est restée bon enfant malgré la présence de policiers en civils, selon le site Tout sur l'Algérie (TSA). Aucune intervention n'a eu lieu comme l'avait annoncé mardi le maire de Tizi-Ouzou, Abdelkader Bouazghi, lors d'une conférence de presse. "Chacun est libre face à sa conscience", avait-il ajouté en affirmant qu'il n'y aurait aucune répression.

Une liberté de conscience non partagée par le ministre des Affaires religieuses Bouabdellah Ghlamallah qui a qualifié cet appel au rassemblement de véritable "provocation", a rapporté le site Algérie Focus.

"Punissez les voleurs de milliards"

D'après TSA, une manifestation a également eu lieu samedi à Aokas, sur la côte est de Béjaia, en Kabylie, pour dénoncer "l’inquisition", le "salafisme" et appeller à punir "les voleurs de milliards et pas les non-jeûneurs".

En 2010, plusieurs non-jeûneurs avaient été poursuivis et condamnés à des peines de prison ferme pour non respect du ramadan. Alors que la Constitution algérienne garantit la liberté de culte et ne prévoit aucune sanction contre ceux qui refusent d’observer le jeûne, les juges avaient invoqué l'article 144 bis 2 qui stipule qu'"Est puni d’emprisonnement quiconque offense le Prophète et les envoyés de Dieu, ou dénigre le dogme ou les préceptes de l’islam."

Le Pèlerin

Partager cet article

Repost0
5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 09:40

Serge Molines, le Poète d’Hussein-Dey est un eternel nostalgique de notre pays natal

Il a écrit ces quelques mots, épris de chaleur, pour ce pays, à jamais perdu

Algérie - Combien je peux t’aimer !!!!

Quelques mots simplement qui témoignent avec ferveur tout l'amour que j'éprouve pour cette terre d'Algérie chère à mon cœur, où j'ai vu le jour et que j'ai quittée voilà maintenant bien des années.

Ce temps passé loin de toi n'a altéré en rien tous les sentiments de tendresse et de fidélité que j'ai pour toi. Il me suffit de prononcer ton nom pour me sentir aussitôt transporter tout près de toi, enveloppé par une indescriptible tiédeur où se mêlent des senteurs d'épices parfumées qui embrument mes pensées et des musiques magiques qui me donnent une furieuse envie de danser.
Je suis sur la plage et je sens le soleil brûlant parcourir ma peau. J'entends les vagues s'écraser sur les rochers puis venir ensuite mourir sur le rivage. L'air venant du large chargé d'embruns m'apporte une apaisante fraicheur. Je sens mon cœur battre plus vite dans ma poitrine, mes doigts s'enfoncent dans le sable chaud et je m'accroche avec vigueur et fermeté à cette terre de peur qu'elle ne m'échappe, de peur de la perdre. Je ferme les yeux et dans un total abandon je me laisse imprégner par toutes ces saveurs qui remplissent mon âme de bonheur et de joie de vivre. Moments divins et magiques, moments de pur bonheur, moments de communication... Je me sens bien dans ce pays magnifique et féérique qui m'a donné le meilleur de lui même. Une mer sublime et bleue comme l'horizon, un soleil permanent dont les rayons venaient très tôt le matin inonder les murs blancs des maisons.
Un ciel d'un bleu unique, lumineux dans lequel les hirondelles volaient dès les premiers jours du printemps laissant dans leur sillage ce cri strident pour annoncer la venue des beaux jours. J'aimais les regarder évoluer dans ce ciel limpide, allant et venant sans cesse, se croisant avec frénésie et délicatesse avec la détermination de découvrir le coin tranquille où elles s'installeront.
Depuis ma plus tendre enfance, je les ai regardées chaque année, attendant après leur départ le moment où elles reviendront. Un jour je les ai vu revenir mais je n'étais plus là pour assister à leur départ. Moment dramatique dans ma vie où j'ai dû quitter mon pays bien aimé pour un autre dans lequel je n'ai jamais pu trouver ma place. Triste sort pour ce peuple de "déracinés" que nous étions, jeté sur les rivages de France dans un dénuement total et une solitude écrasante.
J'ai toujours dans ma mémoire ces yeux tristes et rougis par les larmes dans lesquels on pouvait lire l'inquiétude, le désespoir et la souffrance. Il t'a fallu relever la tête et reconstruire ta vie ailleurs mais à quel prix!!! Aujourd'hui je regarde évoluer les hirondelles dans un pays différent pour moi avec une certaine nostalgie et je sens les larmes envahir mes yeux et de chaudes larmes couler sur mes joues.
Le passé ressurgit et tous mes souvenirs d'enfance arrivent intacts, se bousculant et m'interpellant sans cesse. Les promenades les soirs d'été sur les trottoirs de la rue de Constantine par cette insouciante jeunesse remplie de joie de vivre et d'espérance en l'avenir. Le petit chemin qui longeait le cimetière qu'on empruntait pour aller à la plage du piquet blanc et dans lequel le vent venant du large s'engouffrait avec violence. Le bal sur la place, le corso fleuri avec ses chars recouvert de fleurs, notre marchand de beignets en bas de l'avenue Laure. La Mouna de Pâques préparée amoureusement par nos mères ou nos grands-mères et dégustée dans la forêt de Kouba ou de Sidi-Ferruch dans une ambiance incomparable, la nôtre, celle de là-bas...
Dans nos quartiers les visites régulières des "Baba Salem" paraissant venir d'un autre monde avec leur musique magique et endiablée. Les marchands ambulants de glace pour la glacière, de sardines avec son plateau sur la tête, et des fruits et légumes.
Je pense à notre cimetière tombé dans l'oubli où reposent mes parents et je dépose avec respect et circonspection sur ce marbre noir délavé par le temps, les plus doux et affectueux baisers en leur disant que je pense toujours à eux. Combien j'aimerais revivre tous ces instants de bonheur, qu'ils deviennent réalité ne serait-ce qu'un bref moment, afin que je puisse me retremper dans cette chaude atmosphère de ma jeunesse dans ce pays à la beauté incomparable aux senteurs divines et pénétrantes.
Resté au bord du chemin, j'attends le magicien muni de sa baguette magique qui viendra me chercher et m'entraîner dans une folle farandole. Les femmes au regard profond bordé de krol et parées de leur plus beau costume somptueusement décoré agiteront leurs foulards de soie aux couleurs vives et chatoyantes. Elles entreront dans la danse aux sons d'une musique orientale, langoureuse, envoûtante, où se mêlent harmonieusement le son du tambour et de la flute.
Ça et là, un parfum puissant de jasmin, de fleur d'oranger et de menthe viendront embaumer l'atmosphère légère comme une coulée de miel. Je me souviendrai avoir parcouru les grands espaces du désert fait de pierres, de rochers et de sable sous une chaleur écrasante et m'être rafraîchi dans le décor somptueux et presque irréel des palmeraies. Pays magique qui offre à notre regard émerveillé toute sa beauté sauvage et exaltante qui nous forcent à reconnaître la chance que nous avons d'être nés sur cette terre d'Algérie. C'est auprès de toi que j'aurais voulu rester, mais la vie et certains comportements humains en ont décidé autrement.

Quel dommage, quel dommage!...... Une fois de plus, je vais refermer avec une certaine nostalgie mêlée d'amertume mon album de souvenirs si cher à mon cœur et le ranger ici ou là, mais toujours à portée de main pour qu'il puisse être à tous moments ouvert.
Amitiés à tous ....

Serge Molines

Le Pèlerin

Partager cet article

Repost0
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 16:29

On nous appelle "Pieds Noirs "

Exode 1962

Exode 1962

On nous appelle "Pieds Noirs" et ces deux mots jetés
Péjorativement, souvent comme une insulte,
sont devenus pour nous bien plus qu'un sobriquet.
On nous appelle "Pieds Noirs" avec cette nuance
De dédain, de mépris attachée à ces mots
Qui pour nous, ont un sens de plus grande importance
On nous appelle "Pieds Noirs", nous acceptons l'injure,
Et ces mots dédaigneux sont comme un ralliement
Comme un drapeau nouveau, comme un emblème pur
On nous appelle "Pieds Noirs", il y a sur nos visages
Le regret nostalgique des horizons perdus,
Et dans nos yeux noyés, d'éblouissants mirages.
On nous appelle "Pieds Noirs" il y a dans nos mémoires
Le souvenir joyeux des belles heures d'autrefois,
De la douceur de vivre, et des grands jours de gloire.
On nous appelle "Pieds Noirs", ami, te souviens-tu
De nos champs d'orangers, de nos coteaux de vigne,
Et de nos palmeraies, longues à perte de vue ?
On nous appelle "Pieds Noirs", mon frère, te souvient-il
Du bruyant Bab-el-Oued, d'El Biar sur sa colline,
Des plages d'Oranie, du glas d'Orléansville ?
On nous appelle "Pieds Noirs", là-bas dans nos villages,
Qu'une croix au sommet d'un clocher dominait,
Il y a un monument dédié au grand courage.
Les nommait-on "Pieds Noirs" les morts des deux carnages
De 14 et 39, les martyrs, les héros
Qui les honorera maintenant tous ces braves ?
On nous appelle "Pieds Noirs", mais ceux qui sont restés,
Ceux de nos cimetières perdus de solitude,
Qui fleurira leurs tombes, leurs tombes abandonnées ?
On nous appelle "Pieds Noirs" nous avions deux patries,
Harmonieusement si mêlées dans nos cœurs,
Que nous disions "ma France", en pensant "Algérie"
On nous appelle "Pieds Noirs" mais nous sommes fiers de l'être
Qui donc en rougirait ? Nous ne nous renions pas
Et nous le crions fort, pour bien nous reconnaître
On nous appelle "Pieds Noirs", nous nous vantons de l'être
Car nous sommes héritiers d'un peuple généreux
Dont l'idéal humain venait des grands ancêtres.
On nous appelle "Pieds Noirs" qu'importe l'étiquette
Qu'on nous a apposée sur nos fronts d'exilés,
Nous n'avons pas de honte, et nous levons la tête.
Ô mes amis "Pieds Noirs" ne pleurez plus la terre
Et le sol tant chéris qui vous ont rejetés,
Laissez les vains regrets et les larmes amères.

Ce pays n'a plus d'âme, vous l'avez emportée.

Décembre 1962 Camille Bender

Le Pèlerin

Partager cet article

Repost0