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  • : Algérie Pyrénées - de Toulouse à Tamanrasset
  • : L'Algérie où je suis né, le jour du débarquement des Américains, le 8 novembre 1942, je ne l'oublierai jamais. J'ai quitté ce pays en 1962 pour n'y retourner que 42 ans plus tard. Midi-Pyrénées m'a accueilli; j'ai mis du temps pour m'en imprégner...mais j'adore
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De Toulouse à Tamanrasset

 

cirque-de-gavarnie.jpg

Le cirque de Gavarnie

L'Algérie, j'y suis né le jour du débarquement des Américains, le 8 novembre 1942. J'ai quitté ce pays merveilleux en 1962, pour n'y retourner qu'en août 2004, soit 42 ans plus tard...
Midi-Pyrénées m'a accueilli. J'ai mis du temps pour m'imprégner de Toulouse mais j'ai de suite été charmé par ce massif montagneux et ses rivières vagabondes que je parcours avec amour...Ah ces chères Pyrénées, que je m'y trouve bien ...! Vous y trouverez de nombreux articles dédiés à cette magnifique région et la capitale de Midi Pyrénées : Toulouse
L'Algérie, j'y suis revenu dix fois depuis; j'ai apprécié la chaleur de l'accueil, un accueil inégalé de par le monde.......L'espérance d'abord ...Une relative désillusion ensuite...Pourquoi alors que le pays a un potentiel énorme...Les gens sont perdus et ne savent pus que faire....Les jeunes n'en parlons pas, ils ne trouvent leur salut que dans la fuite....Est-il bon de dénoncer cela? Ce n'est pas en se taisant que les choses avanceront.
Il y a un décalage énorme entre la pensée du peuple et des amis que je rencontre régulièrement et les propos tenus dans les divers forums qui reprennent généralement les milieux lobbyistes relayant les consignes gouvernementales...
Les piliers de l'Algérie, à savoir, armée, religion et tenants du pouvoir sont un frein au développement de l'Algérie ....Le Pays est en veilleuse....Les gens reçoivent des ….sucettes...Juste le nécessaire... pour que ....rien nez bouge....
Pourtant des individus valeureux il y en a ....Mais pourquoi garder des élites qui pourraient remettre en cause une situation permettant aux tenants des institutions de profiter des immenses ressources de l'Algérie. Le peuple devenu passif n'a plus qu'un seul espoir : Dieu envers qui il se retourne de plus en plus...Dieu et la famille, cette famille qui revêt une importance capitale en Algérie.

Le vent de la réforme n'est pas passé en Algérie tant les citoyens sont sclérosés dans les habitudes et les traditions relevant des siècles passés....La réforme voire la révolution passera....à l'heure d'Internet, on ne peut bâillonner le peuple indéfiniment...Cela prendra du temps mais cela se ferra...
Pour le moment le tiens à saluer tous les amis que j'ai en Algérie et Dieu sait que j'en ai....C'est pour eux que j'écris ces blogs, quand bien même je choisis souvent mes articles dans la presse algérienne....pour ne pas froisser la susceptibilité à fleur de peau de l'Algérien...

Cordialement,
Le Pèlerin

 

 

 

 

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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 10:06

Premier sourire du printemps printemps2.jpg

 

Tandis qu'à leurs oeuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit, malgré les averses,
Prépare en secret le printemps.

Pour les petites pâquerettes,
Sournoisement lorsque tout dort,
Il repasse des collerettes
Et cisèle des boutons d'or.

Dans le verger et dans la vigne,
Il s'en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer à frimas l'amandier.

La nature au lit se repose ;
Lui descend au jardin désert,
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert.

Tout en composant des solfèges,
Qu'aux merles il siffle à mi-voix,
Il sème aux prés les perce-neiges
Et les violettes aux bois.

Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l'oreille au guet,
De sa main cachée il égrène
Les grelots d'argent du muguet.

Sous l'herbe, pour que tu la cueilles,
Il met la fraise au teint vermeil,
Et te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.

Puis, lorsque sa besogne est faite,
Et que son règne va finir,
Au seuil d'avril tournant la tête,
Il dit : " Printemps, tu peux venir !

 

Théophile Gautier

Le Pèlerin

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 12:12

Ce siècle avait deux ans !...

Hugo_photographie-par-Bacot-en-1862.jpg

Victor Hugo naît à Besançon le 26 février 1802, sous le Consulat... Les héros de l'épopée révolutionnaire et impériale ne savent pas encore qu'ils ont gagné le plus grand mémorialiste qui soit.

Son père, Léopold Hugo, est un général et un comte de l'Empire napoléonien. Sa mère, Sophie Trébuchet, originaire de Châteaubriant, en Bretagne, donne très tôt à Victor le goût des auteurs classiques. Vers 17 ans, celui-ci aurait écrit sur un brouillon d'écolier :

«Je veux être Chateaubriand ou rien». Il sera bien plus.

Sa jeunesse se partage entre la nostalgie de l'Empire (son père était un général de Napoléon 1er) et le soutien à la Restauration.

1802 : une naissance prometteuse

Le poète évoque sa naissance en cultivant le paradoxe :

Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte,
Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte,
Et du premier consul, déjà, par maint endroit,
Le front de l'empereur brisait le masque étroit.
Alors dans Besançon, vieille ville espagnole,
Jeté comme la graine au gré de l'air qui vole,
Naquit d'un sang breton et lorrain à la fois

Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix ;
Si débile qu'il fut, ainsi qu'une chimère,
Abandonné de tous, excepté de sa mère,
Et que son cou ployé comme un frêle roseau
Fit faire en même temps sa bière et son berceau.
Cet enfant que la vie effaçait de son livre,
Et qui n'avait pas même un lendemain à vivre,
C'est moi.
(Les feuilles d'automne, 1831)

En 1819, Hugo reçoit ses premières récompenses de l'Académie des Jeux floraux (Toulouse) pour deux odes royalistes. Trois ans plus tard, il épouse Adèle Foucher et entame une carrière d'écrivain avec Odes et poésies diverses puis Han d'Islande.

Le jeune poète se range parmi les ultraroyalistes et chante la naissance inespérée du duc de Bordeaux, ce qui lui vaut une substantielle récompense du roi Louis XVIII. En 1825, il reçoit la Légion d'Honneur en même temps que son aîné Lamartine. Il assiste aussi à Reims au sacre de Charles X, successeur de Louis XVIII.

Un poète d'influence

Dès cette époque, Victor Hugo s'engage contre la peine de mort. C'est ainsi qu'il publie en 1829 Le Dernier Jour d'un Condamné (il s'agit du récit des derniers moments d'un jeune condamné, par lui-même). À ce livre, Victor Hugo ajoute en 1832 une préface qui est un vigoureux plaidoyer contre la peine de mort avec des arguments toujours actuels («Se venger est de l'individu, punir est de Dieu»). 

le-pendu-dessin-de-Hugo-copie-1.jpg

En 1834, il écrit un petit récit inspiré d'un fait divers : Claude Gueux. 

L'histoire d'un ouvrier au coeur noble, contraint de voler pour nourrir sa femme et son enfant. Incarcéré à Clairvaux, il devient le souffre-douleur du directeur des ateliers qu'il finit par tuer dans un accès de colère. Cela lui vaut l'échafaud. Le récit est à la fois un plaidoyer contre la peine de mort et un lointain prémisse des Misérables.

Le poète n'est pas seul, loin de là, dans le combat d'avant-garde contre la peine de mort. Dès les années 1820, de nombreux bourgeois éclairés veulent comme lui en finir avec ce reliquat de la barbarie. François Guizot échoue de peu à faire voter une loi dans ce sens.

À l'avènement du roi bourgeois Louis-Philippe 1er, le poète s'affiche en chef de file de la jeune génération de l'école romantique et s'attire très tôt une célébrité nationale et internationale avec Hernani ou encore Notre-Dame de Paris.

Il se fend de quelques vers patriotiques en l'honneur des victimes de la révolution des «Trois Glorieuses» en 1830 :
«Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie
Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie...» (*).

Avec son ami Alexandre Dumas, il fonde le théâtre de la Renaissance en 1838, pour lequel il crée Ruy Blas. Il voyage aussi en France et en Europe, multipliant les notes et les croquis. Ces derniers témoignent d'un talent certain de dessinateur et lui eussent assuré à eux seuls la notoriété s'il n'y avait eu l'écriture.

Un poète engagé

Hugo adepte de la liberte1848

La mort tragique de sa fille Léopoldine, en 1843, détourne Victor Hugo de toute publication d'envergure pendant une dizaine d'années. Académicien dès 1841 et pair de France en 1845, il devient un notable et peut alors se croire au sommet de sa carrière.

Il fait figure de fossile auprès des nouvelles générations d'écrivains, Flaubert... Lui-même sent la lassitude le gagner comme l'attestent ses recueils de poèmes : Les feuilles d'automne (1831), Les chants du crépuscule (1835), Les rayons et les ombres (1840). L'échec des Burgraves, en mars 1843, amorce le tournant de sa vie.

Le poète s'éloigne peu à peu de la monarchie. En contradiction avec son idéal de progrès, il se fait le chantre de la Légende napoléonienne et participe au culte de l'Empereur, fossoyeur de la Révolution et conquérant insatiable (cette contradiction est commune aux libéraux de cette époque).

Quand survient la révolution républicaine de 1848, animée par des libéraux et des républicains modérés, lui-même s'en tient à l'écart et même s'y oppose, fidèle à son passé royaliste.

Mais dans les mois suivants, sa conscience politique se réveille. Il vire à gauche («J'ai grandi !» dira-t-il en 1854 de ce moment-là).

Quand tout le continent entre en ébullition, il se fait le champion de la «Révolution des peuples» et en appelle à la création des États-Unis d'Europe.

Il s'engage aussi aux côtés de Louis Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon 1er et candidat aux premières élections présidentielles, appréciant son côté social, voire socialiste. Mais, déçu de n'avoir pas obtenu le ministère de l'Éducation qu'il convoitait, il se fâche avec le prince président.

Après le coup d'État par lequel Louis Napoléon rétablit l'Empire, le poète s'exile volontairement avec sa famille et sa maîtresse Juliette Drouet à Bruxelles, puis sur l'île anglo-normande de Jersey, enfin sur celle de Guernesey. Il achète là une grande demeure de corsaire, qu'il va rénover et décorer à son goût, Hauteville House.

Il va y résider jusqu'à la chute de l'Empire, refusant avec obstination les amnisties et le pardon de l'empereur : «S'il n'en reste qu'un, je serai celui-là !». Paradoxalement, cette fuite de 20 ans lui vaut une seconde naissance, réalisant son souhait secret. «Je veux l'influence et non le pouvoir», avait-il écrit en 1848).

Les inscriptions «Ego Hugo» (Moi, Hugo) de Hauteville House illustrent la conscience que le poète avait de son génie... et de sa fonction sociale. De sa retraite solitaire, il lance des imprécations contre l'usurpateur, «Napoléon-le-Petit». Il reprend aussi avec acharnement son travail littéraire et publie ses plus grands chefs-d'oeuvre : Les Contemplations, La Légende des Siècles... Il devient pour les jeunes écrivains un maître incontournable et respecté.

Enfin rasséréné, il se livre au grand projet romanesque en gestation depuis trente ans : Les Misérables.

La publication du roman  en 1862 lui vaut une popularité dans tous les pays et toutes les classes sociales. On dit que des ouvriers se cotisent pour acheter l'oeuvre et se la passer de main en main. Comme l'empereur Napoléon III lui-même, comme beaucoup de ses contemporains, comme le romancier Eugène Sue (Les Mystères de Paris), le peintre Millet (L'Angélus, Le vanneur...), Victor Hugo se montre dans les années 1840-1860 très sensible au sort des humbles et à la condition ouvrière.

Enfants martyrs

Le poète est visionnaire comme le montre le poème suivant, qui n'a rien perdu de son actualité et de sa violence. Comment mieux exprimer le drame des enfants martyrs du XIXe siècle européen ou du tiers monde actuel ?

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules :
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
- Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas!
Ils semblent dire à Dieu : - Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes ! -
Ô servitude infâme imposée à l'enfant !

(Melancholia, in Les Contemplations, 1856)

Tous les artistes, peintres, poètes et romanciers qui s'épanouissent dans l'ombre de Hugo vont enraciner la nation française dans ses légendes.

Nation paysanne, patrie des droits de l'homme, royaume des lettres et des arts : autant de mythes qui deviendront des lieux communs.

Orgueil de la République

HugoVictor-age.jpg

Victor Hugo ne consent à rentrer à Paris qu'au lendemain de la proclamation de la République, le 5 septembre 1870. Le vieillard traverse Paris au milieu d'une foule émue et reconnaissante.

Élu à la nouvelle Assemblée, ses prestations sont décevantes. Il s'accommode assez bien de la répression de la Commune, cette  «bonne chose mal faite» mais sera parmi les plus ardents à demander l'amnistie pour les Communards. Plus percutants sont ses ultimes écrits. Il poursuit son combat contre la peine de mort, pour les États-Unis d'Europe, pour l'émancipation des femmes...

Après le massacre de la Commune, la question sociale n'est plus d'actualité. Les dirigeants de la IIIe République se préoccupent bien davantage d'expansion coloniale. Toujours en phase avec la bourgeoisie de son temps, Victor Hugo lance, le 18 mai 1879, à l'occasion d'un banquet commémorant l'abolition de l'esclavage : «Dieu offre l'Afrique à l'Europe. Prenez-la. Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue ; non pour le sabre, mais pour le commerce ; non pour la bataille, mais pour l'industrie ; non pour la conquête, mais pour la fraternité. Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires. Allez, faites ! Faites des routes, faites des ports, faites des villes ; croissez, cultivez, colonisez, multipliez».

Frappé de congestion cérébrale le 27 juin 1878, le poète renonce à écrire et met à jour ses notes et ses écrits résiduels dont la publication se poursuivra jusqu'en 1902. Le jour de ses 80 ans, Victor Hugo a la surprise de voir les Parisiens joncher de fleurs la portion d'avenue où il habite; le même jour, la municipalité donne son nom à cette même voie !

À sa mort, le 22 mai 1885, Victor Hugo bénéficie de funérailles grandioses autant qu'émouvantes. Aux côtés de son contemporain Louis Pasteur, le poète symbolise le triomphe de la République et la plus grande gloire de la culture française.

Source hedpdote.net Camille Vignolle

Le Pèlerin

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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 00:42

Beauté des femmes…  Marylin 

Beauté des femmes, leur faiblesse, et ces mains pâles
Qui font souvent le bien et peuvent tout le mal,
Et ces yeux, où plus rien ne reste d’animal
Que juste assez pour dire : « assez » aux fureurs mâles !

 

Et toujours, maternelle endormeuse des râles,
Même quand elle ment, cette voix ! Matinal
Appel, ou chant bien doux à vêpre, ou frais signal,
Ou beau sanglot qui va mourir au pli des châles !…

 

Hommes durs ! Vie atroce et laide d’ici-bas !
Ah ! que du moins, loin des baisers et des combats,
Quelque chose demeure un peu sur la montagne,

 

Quelque chose du cœur enfantin et subtil,
Bonté, respect ! Car, qu’est-ce qui nous accompagne,
Et vraiment, quand la mort viendra, que reste-t-il ?

 

Paul Verlaine, Sagesse (1881)

Le Pèlerin

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 10:21

Le Français, souffre de n'être plus ce qu'il fut jadis dans le monde.

Communiquer en francais

 

Cette frustration est particu­lièrement sensible dans deux domaines, la diplomatie et l'armée. Il fut un temps où toute l'Europe parlait français. Pas un prince, pas un dignitaire ou un notable de haut rang qui ne maîtrisât deux langues, la sienne et la nôtre. Aux XVII ème et XVIII ème siècles, tous les princes européens avaient les yeux fixés sur Versailles. Louis XIV modifiait-il la coupe de son pourpoint ? La Pompadour changeait-elle de coiffure ? Toutes les cours d'Europe faisaient de même. Il n'est qu'à voir encore aujourd'hui le nombre de petits Versailles qui, d'Allemagne au Piémont, d'Autriche en Pologne, témoignent de cette fascination. Diderot conversait en français avec Catherine de Russie et Voltaire avec Frédéric de Prusse. C'était la langue universelle comme l'est devenue la vôtre, au point qu'aujourd'hui un pilote de ligne d'un vol intérieur doit s'exprimer en anglais pour atterrir à Bergerac.

Peut-être avez-vous entendu parler de la fameuse dictée à laquelle Mérimée soumit la cour de Napoléon III. Dictée pleine de pièges, avec ses cuisseaux de veaux et ses cuissots de chevreuil. L'empereur fit quarante-cinq fautes, Alexandre Dumas fils vingt-quatre ; celui qui en fit le moins, seulement trois, fut le prince Metternich, ambassadeur d'Autriche.

Toute langue a ses qualités, même si certaines ont leurs spécificités.

L'italien semble avoir été créé pour l'opéra, au point que Mozart, quoique autrichien, choisissait l'italien pour ses livrets.

L'anglais est la langue des affaires et de la communication, le français est par essence celle de la diplomatie. Elle est si riche en nuances qu'un traité rédigé dans notre langue offre toutes les interprétations propres à satisfaire ceux qui les signent.

Comment ne pas admirer une langue qui offrait aux diplomates ces subtilités dont ils sont friands ! Une langue où une variation n'est pas un changement, où une prééminence se différencie d'une supériorité et grâce à laquelle on peut être franc sans être sincère, enfreindre sans transgresser, convaincre sans persuader, et faire du commerce sans se livrer au négoce.

Les diplomates attendent patiemment que les militaires aient fini d'en découdre, sachant que leur heure viendra quand il faudra reprendre un par un les haillons pour en faire un habit présentable.

Ces hommes, quoique dans des camps opposés, sont de la même race. Ils pèsent leurs mots sur des balances d'apothicaire et, lors­qu'une difficulté se présente, ils savent trouver les termes qui per­mettent de la contourner.

Tous les attachés d'ambassade de France connaissent l'anecdote du traité signé en 1659 sur l'île des Faisans, au milieu de la Bidassoa à Hendaye, entre Mazarin et son homologue espagnol Luis de Haro.

L'Espagnol parlait le français à la per­fection, mais moins bien que l'Italien qui représentait la France.

Le traité, qui scellait le mariage de Louis XIV et de l'infante Marie-Thérèse offrait de nombreux avantages à la France qui, en contrepartie, renonçait à toute prétention des Bourbons au trône d'Espagne.

Les deux hommes peaufinèrent leur texte, qui était fort long. Ils le lurent, le relurent, le firent lire à leurs conseillers, jusqu'à ce qu'il fût déclaré parfait. Mais Luis de Haro, tout fran­cophone qu'il fût, ne décela pas deux petits mots que Mazarin avait glissés dans une page : « Sauf à », cinq lettres en tout, qui ouvraient la voie des interprétations. Lorsque, en 1701, Louis XIV déclencha la guerre de Succession d'Espagne pour mettre sur le trône de Madrid son petit-fils, les Espagnols firent un foin de tous les diables. « Et le traité alors ? » s'écrièrent-ils. On alla chercher le manuscrit plein de poussière qui dormait depuis quarante-deux ans sur un rayonnage et on leur montra : « Vous voyez là... l'encre est un peu passée, mais c'est encore lisible... "Sauf à...", ce qui en français implique une restriction, une condition qui devait être remplie et qui ne l'a pas été, nous sommes parfaitement dans notre droit. »

La guerre de Succession d'Espagne allait durer douze ans. Connaissez-vous, une autre langue où cinq lettres insidieusement glissées dans un texte puissent avoir de telles conséquences ?

Sommes nous chauvin. Eh bien, oui, pour ce qui est de la langue de Molière, de Racine, de Beaumarchais et de Dumas, nous sommes d'un chauvinisme exacerbé. Elle se prête à toutes les audaces, ricane avec Voltaire, s'encanaille avec Zola, se dévergonde avec Céline, sans que rien altère sa limpidité. Jusqu'à la fin du XIV ème siècle, où que se rende un Français, il était certain d'être compris et c'est pourquoi d'ailleurs nous avons négligé d'apprendre les langues étrangères et que nous sommes aujour­d'hui dans ce domaine dotés d'un affligeant handicap.

Vous connaissez le dicton : « Celui qui parle trois langues est un tri­lingue, deux langues un bilingue et celui qui n'en parle qu'une un Français », et encore pas toujours.

Les bienfaits d'une Education nationale remaniée depuis cinquante ans par tous ses ministres nous valent aujourd'hui une génération de gamins illettrés qui embellissent les murs de tags poétiques du style « Nique les Keufs » - « nique » avec un k. Là n'est pas le pire. Le massacre organisé de notre langue est dû à une minorité, à une caste qui règne en maître sur nos destins, dont je vous reparlerai lon­guement, celle des « énarques ».

Nous l'aimions tant, cette langue, que nous avons inventé, pour illustrer ses subtilités, des histoires, apocryphes bien entendu, mais qui faisaient rire nos aïeux. On les attribuait à deux ardents défenseurs du français, le grammairien Vaugelas et le lexico­graphe Littré.

Vaugelas, rentrant un jour chez lui plus tôt que d'habitude, trouva sa femme en compagnie de son amant. « Je te l'avais bien dit qu'il fallait que je m'en aille » s'écrie l'amant, et Vaugelas, glacial, fait remarquer : « Que je m'en allasse ! »

Littré au contraire se fait surprendre par son épouse alors qu'il lutine la bonne.

« Monsieur, dit l'épouse, je suis surprise.

— Ah non, madame, répond Littré, vous êtes étonnée, c'est nous qui sommes surpris. »

Vous noterez que, tout en traitant de grammaire, les deux histoires ont pour sujet l'adultère, preuve qu'en France on ne dis­socie jamais les sujets sérieux des histoires de fesses.

Nous ne nous sommes jamais remis de la perte d'influence de notre langue, qui donnait à nos diplomates, à nos ambassadeurs, à tous ceux qui répandaient dans le monde notre savoir-faire, une supériorité naturelle.

C'est Talleyrand qui, arrivant au congrès de Vienne en représentant d'un pays vaincu, réussit, en jouant sur les rivalités entre les vainqueurs, à en prendre la direction et à imposer ses vues.

Où est-il le temps où le secrétaire général du Quai d'Orsay, patron inamovible des Affaires étrangères alors que les ministres se succèdent, s'appelait Saint John Perse, poète et prix Nobel de littérature ? Là encore, les énarques ont chassé les poètes et ins­tallé leur emprise barbare.

Le Français qui voyage aujourd'hui dans le monde se rend vite compte que sa langue n'est plus qu'un idiome parmi tant d'autres ; maltraitée sur son propre sol, elle s'efface hors de ses frontières, et le début de ce recul a coïncidé avec le déclin de notre diplomatie.

Source Les Français mode d’emploi

Jean Amadou

Le Pèlerin

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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 09:44

Poème Arabe - L'Amour - Alors Almitra dit, Parle-nous de l'Amour. st-valentin.jpg

 

Et il leva la tête et regarda le peuple assemblé, et le calme s'étendit sur eux. Et d'une voix forte il dit :
Quand l'amour vous fait signe, suivez le.
Bien que ses voies soient dures et rudes.
Et quand ses ailes vous enveloppent, cédez-lui.
Bien que la lame cachée parmi ses plumes puisse vous blesser.
Et quand il vous parle, croyez en lui.
Bien que sa voix puisse briser vos rêves comme le vent du nord dévaste vos jardins.
Car de même que l'amour vous couronne, il doit vous crucifier.
De même qu'il vous fait croître, il vous élague.
De même qu'il s'élève à votre hauteur et caresse vos branches les plus délicates qui frémissent au soleil,
Ainsi il descendra jusqu'à vos racines et secouera leur emprise à la terre.
Comme des gerbes de blé, il vous rassemble en lui.
Il vous bat pour vous mettre à nu.
Il vous tamise pour vous libérer de votre écorce.
Il vous broie jusqu'à la blancheur.
Il vous pétrit jusqu'à vous rendre souple.
Et alors il vous expose à son feu sacré, afin que vous puissiez devenir le pain sacré du festin sacré de Dieu.
Toutes ces choses, l'amour l'accomplira sur vous afin que vous puissiez connaître les secrets de votre cœur, et par cette connaissance devenir une parcelle du cœur de la Vie.
Mais si, dans votre appréhension, vous ne cherchez que la paix de l'amour et le plaisir de l'amour.
Alors il vaut mieux couvrir votre nudité et quitter le champ où l'amour vous moissonne,
Pour le monde sans saisons où vous rirez, mais point de tous vos rires, et vous pleurerez, mais point de toutes vos larmes.
L'amour ne donne que de lui-même, et ne prend que de lui-même.
L'amour ne possède pas, ni ne veut être possédé.
Car l'amour suffit à l'amour.
Quand vous aimez, vous ne devriez pas dire, "Dieu est dans mon cœur", mais plutôt, "Je suis dans le cœur de Dieu".
Et ne pensez pas que vous pouvez infléchir le cours de l'amour car l'amour, s'il vous en trouve digne, dirige votre cours.
L'amour n'a d'autre désir que de s'accomplir.
Mais si vous aimez et que vos besoins doivent avoir des désirs, qu'ils soient ainsi :
Fondre et couler comme le ruisseau qui chante sa mélodie à la nuit.
Connaître la douleur de trop de tendresse.
Etre blessé par votre propre compréhension de l'amour ;
Et en saigner volontiers et dans la joie.
Se réveiller à l'aube avec un cœur prêt à s'envoler et rendre grâce pour une nouvelle journée d'amour ;
Se reposer au milieu du jour et méditer sur l'extase de l'amour ;
Retourner en sa demeure au crépuscule avec gratitude ;
Et alors s'endormir avec une prière pour le bien-aimé dans votre cœur et un chant de louanges sur vos lèvres.

Source Algérie -Dz 

Le Pèlerin

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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 00:35

Toi, l'étranger

J arrive où je suis etranger 

Toi, l'étranger tu sursautes ma vie de ton accent
Pour m'attirer vers d'autres horizons sous le vent
Tu traduis mes rires et mes pleurs
Pour toujours en retirer le meilleur

Toi, l'étranger tu taquines mes convictions
Pour orienter mes choix dans d'autres directions
Tu grandis ma confiance et me parle de nouvelles chances
Que j'attrape en l'air hors des frontières qui dansent

Toi, l'étranger tu cris l'aujourd'hui de chaque rencontre
Pour enrichir la vie qui espère en vers et contre
Tu élargis mes rêves au ciel éternel de l'amitié
Peau contre peau nous irons ivres au bout des immensités

Le Pèlerin

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 12:07

  Mon manège à Moi

-edith-piaf.jpg

 

Tu me fais tourner la tête
Mon manège à moi, c'est toi
Je suis toujours à la fête
Quand tu me tiens dans tes bras

Je ferais le tour du monde
Ça ne tournerait pas plus que ça
La terre n'est pas assez ronde
Pour m'étourdir autant que toi...

Ah! Ce qu'on est bien tous les deux
Quand on est ensemble nous deux
Quelle vie on a tous les deux
Quand on s'aime comme nous deux

On pourrait changer de planète
Tant que j'ai mon c
œur près du tien
J'entends les flons-flons de la fête
Et la terre n'y est pour rien

Ah oui! Parlons-en de la terre
Pour qui elle se prend la terre?
Ma parole, y a qu'elle sur terre!!
Y a qu'elle pour faire tant de mystères!

Mais pour nous y a pas d'problèmes
Car c'est pour la vie qu'on s'aime
Et si y avait pas de vie, même,
Nous on s'aimerait quand même

Car...
Tu me fais tourner la tête
Mon manège à moi, c'est toi
Je suis toujours à la fête
Quand tu me tiens dans tes bras

Je ferais le tour du monde
Ça ne tournerait pas plus que ça
La terre n'est pas assez ronde...
Mon manège à moi, c'est toi!

Etienne Daho

Chantée par Edith Piaf

Le Pèlerin

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 17:22

L’Etrangère

Louis-aragon-copie-1.jpg

 

Il existe près des écluses 
Un bas quartier de bohémiens 
Dont la belle jeunesse s'use 
À démêler le tien du mien 
En bande on s'y rend en voiture, 
Ordinairement au mois d'août, 
Ils disent la bonne aventure 
Pour des piments et du vin doux 

On passe la nuit claire à boire 
On danse en frappant dans ses mains, 
On n'a pas le temps de le croire 
Il fait grand jour et c'est demain. 
On revient d'une seule traite 
Gais, sans un sou, vaguement gris, 
Avec des fleurs plein les charrettes 
Son destin dans la paume écrit. 

J'ai pris la main d'une éphémère 
Qui m'a suivi dans ma maison 
Elle avait des yeux d'outremer 
Elle en montrait la déraison. 
Elle avait la marche légère 
Et de longues jambes de faon, 
J'aimais déjà les étrangères 
Quand j'étais un petit enfant ! 

Celle-ci parla vite vite 
De l'odeur des magnolias, 
Sa robe tomba tout de suite 
Quand ma hâte la délia. 
En ce temps-là, j'étais crédule 
Un mot m'était promission, 
Et je prenais les campanules 
Pour des fleurs de la passion 

À chaque fois tout recommence 
Toute musique me saisit, 
Et la plus banale romance 
M'est éternelle poésie 
Nous avions joué de notre âme 
Un long jour, une courte nuit, 
Puis au matin : "Bonsoir madame" 
L'amour s'achève avec la pluie.

Louis Aragon

Le Pèlerin

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 09:24

La tendresse

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Nombreux sont les psychologues qui ont relevé chez leurs patientes un manque ou une baisse de désir pour leur partenaire liés au manque de tendresse ou d’affection de ce dernier. L’affection et la tendresse chez les femmes sont pourtant des éléments essentiels à leur épanouissement sexuel. Le Cheikh Nefzaoui, soulignait déjà il y a plusieurs siècles (XVIe siècle), l’importance de gagner le coeur et l’affection d’une femme pour éveiller son désir. Philippe Brenot, psychiatre et anthropologue français va aussi dans ce sens après avoir constaté que les femmes venaient à la sexualité par la tendresse, alors que les hommes y venaient par la sexualité… Les femmes privilégient en effet la complicité et la relation affective à l’acte purement sexuel. Elles ont même besoin de cette complicité et de cette tendresse pour se laisser aller… La majorité des femmes n'aiment vraiment pas la routine. Sans tendresse, l'acte charnel s'apparente plus souvent à un acte "mécanique" plutôt qu'à un acte d'amour pour beaucoup de femmes. Pour autant, les femmes peuvent aussi apprécier la spontanéité ! Il ne faut pas confondre tendresse avec absence d'imagination, ni l'opposer à la passion. Ce paradoxe a parfois tendance à déboussoler les hommes qui ne savent plus s'ils doivent impérativement prolonger les préliminaires avant l'acte sexuel proprement dit, ou si au contraire, ils peuvent faire preuve de spontanéité en étant plus directs. Mais une fois qu'ils ont compris et accepté l'idée que les femmes ont des envies variables, ces derniers sont plus à l'écoute des envies de leur compagne...

Le besoin d'aimer et... d'être aimées

Les femmes, lorsqu'elles sont amoureuses, ne se contentent pas seulement d'être désirées, elles ont aussi besoin d'amour. En effet, elles rejettent l'idée d'être considérées comme de simples objets sexuels. Quel est le premier geste d'amour pour les femmes ? S'entendre dire "Je t'aime", tout simplement. Aussi, beaucoup de femmes souffrent que leur compagnon ne leur ait jamais dit qu'il les aimaient. Les autres preuves d'amour peuvent se manifester au quotidien par des petites attentions, de douces paroles susurrées à l'oreille, un moment de complicité dans un lieu romantique, .etc.. D'ailleurs les femmes ont avant tout du désir pour l'homme dont elles sont amoureuses.

Les effets délétères de l'abstinence sexuelle sur le couple

Dans son cabinet, Robert Neuburger, thérapeute familial et auteur de Les Territoires de l'intime (Odile Jacob), voit défiler les couples en crise. "Une fois sur trois, ils n'ont plus de relations sexuelles. Et c'est le symptôme d'un problème plus profond qu'ils découvrent au fil de la thérapie. L'infidélité de l'un, le penchant homosexuel de l'autre, le manque de communication des deux, débouchent sur un système de rétorsions croisées, de bouderies sexuelles prolongées. L'absence de rapports peut alors être vécue, au-delà de la frustration sexuelle, comme une violente attaque identitaire". Souvent, dans le couple, la femme est plus encline que l'homme à l'endormissement des sens : "L'homme a une libido de conquête, d'éjaculations, de pulsions répétitives. Le désir de la femme s'ancre sur les sentiments", explique Michel Reynaud, psychiatre et auteur de L'amour est une drogue douce (Robert Laffont)

La Chanson de Daniel Guichard

 

C'est quelquefois ne plus s'aimer mais être heureux
De se trouver à nouveau deux
C'est refaire pour quelques instants un monde en bleu
Avec le cœur au bord des yeux
La tendresse, la tendresse, la tendresse,
La tendresse.

La tendresse
C'est quand on peut se pardonner sans réfléchir
Sans un regret sans rien se dire
C'est quand on veut se séparer sans se maudire
Sans rien casser, sans rien détruire
La tendresse, la tendresse, la tendresse,
La tendresse.

La tendresse
C'est un geste, un mot, un sourire quand on oublie
Que tous les deux on a grandi
C'est quand je veux te dire je t'aime et que j'oublie
Qu'un jour ou l'autre l'amour finit
La tendresse, la tendresse, la tendresse,
La tendresse.

La tendresse, la tendresse, la tendresse,
La tendresse.

(Parlé) Allez viens.

 

Paroles: Daniel Guichard, Jacques Ferrière. Musique: Patricia Carli

Source Orientale.fr

Le Pèlerin

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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 00:34

 Pensées d’Automne...

Je vous propose un poème de notre ami et poète d'Hussein-dey Serge Molines...

Ses textes sont toujours fort appréciés par mes lecteurs

Qu'il en soit remercié pour tout le plaisir qu'il nous donne à nous faire partager ses sentiments et ses souvenirs nostaliques de l'Algérie...

L-Automne-par-Serge-Molines.gif

 

Je vois la nature changer rapidement. Toutes ces couleurs mordorées sont très belles à contempler. Les allées sont encombrées de feuilles mortes et par ci, par là on les voit tourbillonner dans le ciel et tomber avec grâce sur le sol. Elles résistent au vent où à la brise pour rester accroché aux branches mais  finissent par lâcher prise pour venir s’évanouir sur le sol. Je regarde tous ces arbres  qui se  déshabillent sans pudeur sous mes yeux  laissant apparaître leur silhouette noueuse et inquiétante. Je détourne mon regard mais une feuille légère comme une plume vient me caresser la joue et se poser délicatement sur mon épaule...De là-haut, quelqu’un voudrait-il me dire quelque chose ? Peut-être, je ne sais pas.

Je lève les yeux au ciel et je regarde ces branches d’arbres  qui sous l’effet du vent, en gestes désordonnés  semblent me saluer. Elles ont perdu leur superbe et se soumettent  à l’endormissent habituel, attendant la venue de la douce et blanche neige qui leur donnera  momentanément la beauté qu’elles  ont perdue. Toutes ces couleurs chatoyantes, cendrées aux reflets chauds et délicats se détachent sur un ciel gris, triste, mais elles donnent encore à la nature qui s’enfuit un semblant de vie qui s’effiloche au fil des jours.  La végétation se meurt lentement comme se meurent les soirées chaudes d’Eté, lentement, et les feuilles et bois morts qui forment sur le sol un tapis généreux   crissent  sous mes pas  en longues plaintes  qui résonnent dans la forêt. Les chants joyeux et mélodieux des oiseaux ont presque disparu plongeant  la forêt dans  un silence pesant et brutal qui provoque la mélancolie et l’interrogation.

Un brusque coup de vent balaye le sol soulevant brusquement les feuilles qui terminent leur course aux pieds des arbres laissant apparaître quelques lambeaux de terre recouverts d’herbe ou de mousse vertes. Il se dégage de cette terre humide et froide  une odeur âcre de bois morts et de champignons.

Assis sur un tronc d’arbre  probablement abattu par le vent, je réveille les souvenirs  enfouis au fond de ma mémoire pour les faire revivre avec chaleur et bienveillance. Ils  vont me faire voyager encore une fois, avec la plus grande nostalgie vers cette belle terre d’Algérie  si chère à mon cœur. Cœur meurtri  et déchiré par cette séparation odieuse qui est venue anéantir brusquement et définitivement  notre vie, nos espoirs et nos rêves. Abandonnés dans les méandres de la vie, perdus dans une voie sans issue nous avons dû endosser avec fierté et détermination notre costume de  « rapatriés «  pour  errer indéfiniment  à la recherche du chemin qui saura nous conduire vers la paix, le bonheur et la sérénité.

Je regarde le paysage qui m’entoure et ne peux m’empêcher de le  comparer à celui grandiose de mon enfance avec pour toile de fond perpétuelle, le soleil, la mer , le ciel bleu , les hivers si doux, les petites routes caillouteuses bordées de figuiers de barbarie , de roseaux , d’acacias ,les grandes forêts de pins , de chênes lièges, d’eucalyptus,  les grandes plantations d’orangers, de citronniers , d’oliviers et les couchers de soleil étourdissants de beauté . Je pense encore aux Etés torrides, au siroco , ce vent chaud venu du Sahara qui nous apportait un  sable fin qui se faufilait dans le moindre interstice . Je n’oublie pas les terres arides  et désertiques où le manque d’eau se fait sentir mais qui restent quand même d’une beauté incomparable et inoubliable.  Tous ces paysages qui ont marqué mon enfance et mon  adolescence me manquent terriblement .Rien de comparable avec ce que je vois aujourd’hui. Ce vide profond et ce déracinement  qui sévissent  en moi  m’oppressent. Je suis triste car rien ne reviendra comme avant  et j’ouvrirais encore longtemps ce beau livre de souvenirs et laisserai mon âme faire revivre ce passé afin que je ne puisse  jamais l’oublier.  Merci mon dieu de m’avoir permis de vivre  dans un pays aussi merveilleux,  donnant à ma vie le décor le plus somptueux , le plus absolu qui puisse exister. Merci aussi à l’Algérie de m’avoir donné tout ce qu’elle avait de meilleur et d’une valeur inestimable, qui m’a permis de constituer  un capital confortable  de souvenirs éclaboussés de  lumière aujourd’hui définitivement enfouis dans mon âme..   

Il se fait tard, de lourds nuages noirs assombrissent le ciel, je quitte ma place et ce décor où la vie commence  à se figer. Je remonte le col de mon blouson, un frisson me  parcourt, j’ai un peu froid …bonjour l’Automne !...

Auteur Serge Molines Novembre 2010

Le Pèlerin

 

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