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  • : Algérie Pyrénées - de Toulouse à Tamanrasset
  • : L'Algérie où je suis né, le jour du débarquement des Américains, le 8 novembre 1942, je ne l'oublierai jamais. J'ai quitté ce pays en 1962 pour n'y retourner que 42 ans plus tard. Midi-Pyrénées m'a accueilli; j'ai mis du temps pour m'en imprégner...mais j'adore
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De Toulouse à Tamanrasset

 

cirque-de-gavarnie.jpg

Le cirque de Gavarnie

L'Algérie, j'y suis né le jour du débarquement des Américains, le 8 novembre 1942. J'ai quitté ce pays merveilleux en 1962, pour n'y retourner qu'en août 2004, soit 42 ans plus tard...
Midi-Pyrénées m'a accueilli. J'ai mis du temps pour m'imprégner de Toulouse mais j'ai de suite été charmé par ce massif montagneux et ses rivières vagabondes que je parcours avec amour...Ah ces chères Pyrénées, que je m'y trouve bien ...! Vous y trouverez de nombreux articles dédiés à cette magnifique région et la capitale de Midi Pyrénées : Toulouse
L'Algérie, j'y suis revenu dix fois depuis; j'ai apprécié la chaleur de l'accueil, un accueil inégalé de par le monde.......L'espérance d'abord ...Une relative désillusion ensuite...Pourquoi alors que le pays a un potentiel énorme...Les gens sont perdus et ne savent pus que faire....Les jeunes n'en parlons pas, ils ne trouvent leur salut que dans la fuite....Est-il bon de dénoncer cela? Ce n'est pas en se taisant que les choses avanceront.
Il y a un décalage énorme entre la pensée du peuple et des amis que je rencontre régulièrement et les propos tenus dans les divers forums qui reprennent généralement les milieux lobbyistes relayant les consignes gouvernementales...
Les piliers de l'Algérie, à savoir, armée, religion et tenants du pouvoir sont un frein au développement de l'Algérie ....Le Pays est en veilleuse....Les gens reçoivent des ….sucettes...Juste le nécessaire... pour que ....rien nez bouge....
Pourtant des individus valeureux il y en a ....Mais pourquoi garder des élites qui pourraient remettre en cause une situation permettant aux tenants des institutions de profiter des immenses ressources de l'Algérie. Le peuple devenu passif n'a plus qu'un seul espoir : Dieu envers qui il se retourne de plus en plus...Dieu et la famille, cette famille qui revêt une importance capitale en Algérie.

Le vent de la réforme n'est pas passé en Algérie tant les citoyens sont sclérosés dans les habitudes et les traditions relevant des siècles passés....La réforme voire la révolution passera....à l'heure d'Internet, on ne peut bâillonner le peuple indéfiniment...Cela prendra du temps mais cela se ferra...
Pour le moment le tiens à saluer tous les amis que j'ai en Algérie et Dieu sait que j'en ai....C'est pour eux que j'écris ces blogs, quand bien même je choisis souvent mes articles dans la presse algérienne....pour ne pas froisser la susceptibilité à fleur de peau de l'Algérien...

Cordialement,
Le Pèlerin

 

 

 

 

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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 22:54

A travers les catastrophes naturelles

le sahara reverdit

 

Ces catastrophes attribuées au réchauffement climatique se profile une inexorable fatalité faite de désertification, de sécheresse, de pauvreté et de mort.

Mais il se pourrait que ce scénario soit contrarié. En effet, les observations pluriannuelles d’une étude publiée par Biogéosciences*, revue scientifique internationale consacrée à la publication et la discussion des articles de recherche, ont fait le constat que le réchauffement climatique et l’augmentation des températures pourraient profiter à des millions d’Africains de la bande sahélo-saharienne. Les auteurs de l’étude vont jusqu’à prédire le retour des conditions climatiques qui avaient transformé le Sahara en une luxuriante savane, il y a 12 000 ans. Les scientifiques ont pu voir, par traitement des photos satellitaires, que le Sahara et les régions environnantes deviennent verts à cause de l’augmentation des précipitations qui accompagnent le changement climatique. Si elles sont soutenues, ces pluies pourraient revitaliser des régions ravagées par la sécheresse, ce qui les rendrait de nouveau aptes à l’agriculture.

«Les pousses vertes de la “guérison’’ se voient de mieux en mieux sur les images satellites prises entre 1982 et 2002, y compris dans la région du Sahel, une zone semi-désertique qui borde le Sahara au sud et qui s’étend sur 3800 km du centre du Tchad et l’ouest du Soudan.» Deux chercheurs de l’institut météorologique de Hambourg (Allemagne) expliquent cette reprise par l’action de l’air plus chaud qui peut contenir davantage d’humidité et qui, par conséquent, crée plus de pluies. Les données du satellite montrent qu’«effectivement au cours de la dernière décennie, le Sahel est devenu plus vert», ont-ils déclaré. De récentes enquêtes sur le terrain, pour confirmer les observations par images satellitaires qui ne peuvent distinguer que les plantes qui poussent au gré des pluies, ont prouvé que le retour de la végétation est un phénomène «fermement enraciné».

On a observé qu’à l’est du Sahara, dans la région du sud-ouest de l’Egypte et du nord du Soudan, de nouveaux arbres, comme des acacias, se développent. «Des arbustes apparaissent et deviennent de gros arbustes. Au Sahara occidental, les nomades n’ont jamais eu autant de pluie et de zones de pâturage que ces dernières années. Maintenant, ils font paître leurs chameaux dans des régions qui n’avaient pas été utilisées depuis des centaines, voire des milliers d’années. On voit des oiseaux, des autruches, des gazelles revenir, et même certaines espèces d’amphibiens reviennent. Cette tendance s’est poursuivie sur ces dernières vingt années. Elle est indéniable.» Une explosion de la croissance des plantes a été prédite par certains modèles climatiques qui annonçaient que les précipitations de juillet à septembre, la saison des pluies, augmenteraient jusqu’à 2 millimètres par jour d’ici 2080. Toutefois, certains climatologues ne sont pas d’accord. Ce problème est encore plutôt «incertain» ; c’est pour l’Afrique du Nord que les désaccords sont les plus grands.

Source El Watan Bigeosiences.net

Le Pèlerin

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 17:06

Sud Algérien - Découvrir le Sahara

 

 

Longues théories de dunes vibrant sous un soleil implacable, lent cheminement des chameliers au cœur d’un monde immobile : c’est souvent la première image qui s’impose lorsqu’on prononce le mot « Sahara ». Et pourtant le plus vaste désert du monde est un milieu étonnant et divers. Clio vous convie à découvrir deux régions du Sahara exceptionnelles par la splendeur de leurs paysages et uniques par l’abondance et la qualité des témoignages artistiques que les hommes du Néolithique y ont peints ou gravés à une époque où cette terre verdoyait sous un climat plus clément : le Hoggar et le Tassili des Ajjers.

 le Tassili des Ajjers

 

Chacun sait que le désert n’a pas toujours été aussi aride qu’aujourd’hui, mais peut-on savoir comment les hommes y vivaient jadis ?

Il y a plus de douze mille ans, quand l’Europe était largement recouverte par les glaces, la zone saharienne connaissait un climat beaucoup plus humide qu’aujourd’hui. Les plateaux étaient couverts d’une savane arborée, les oueds étaient des rivières pérennes et les éléphants voisinaient avec les girafes et les hippopotames. Les hommes du Paléolithique y menaient une vie axée sur la chasse et la cueillette : la fin de la dernière grande glaciation bouleversa leur mode de vie. Une aridification progressive fit régresser la flore et la vie se concentra dans les fonds de vallées humides ou dans les zones de montagnes plus arrosées. L’homme dut s’adapter pour survivre. Le perfectionnement des outils de pierre marqua alors le passage au Néolithique. L’élevage le conduisit à fonder sa vie sur la gestion des troupeaux. L’environnement de plus en plus hostile rendit nécessaire des déplacements toujours plus fréquents : le Sahara devenait le domaine du nomadisme pastoral associé, plus tard, à une sédentarisation marginale dans les oasis vouées à l’agriculture.
 

Mais que reste-t-il d’une telle civilisation, fugitive par essence ? 

Un immense trésor artistique ! Les pasteurs du Néolithique ressentirent le besoin de confier aux parois rocheuses leur reconnaissance envers les animaux nourriciers, leur crainte des grands prédateurs, la fierté du chasseur vainqueur d’un rhinocéros, ou de mémoriser les rites ancestraux. L’homme martela, incisa, polit la pierre pour en faire jaillir la vie. À l’ombre d’un encorbellement rocheux, il broya les ocres, les appliqua uniment, d’un geste précis, sur la paroi. La vie quotidienne, l’imaginaire, les fantasmes de ces hommes allaient traverser plus de cinquante siècles pour émerveiller et émouvoir le voyageur d’aujourd’hui et l’on ne peut que s’émerveiller de l’immense talent de ces artistes qui savaient d’un trait résumer le dynamisme du mouvement d’une antilope, la massivité d’un pachyderme, la fascination de la beauté.

 les Touaregs et leurs traditions

Les hommes ont-ils conservé mémoire de ces traditions ?

Aujourd’hui encore, malgré l’irruption du monde moderne qui jette à bas les fondements économiques sur lesquels ont de tout temps reposé les modes de vie pastoraux et nomades, les Touaregs peuvent se prévaloir du lointain héritage des antiques civilisations sahariennes. Ces véritables « princes du désert » ont privilégié le verbe plus que l’image. Leur riche tradition orale, appuyée par la maîtrise d’une écriture originale, apanage des femmes, reste encore aujourd’hui le symbole de leur identité. Chants emplis des grands espaces, de la gloire des combats, de la mélancolie des départs ou troublantes oaristys nourrissent une poésie toujours vivante, toujours vécue, malgré l’abandon des troupeaux et des caravanes.

Quelle différence y a-t-il entre les deux voyages que vous nous proposez ?

Le Hoggar est un vaste massif montagneux, dominé par le massif de l’Atakor et ceinturé par les rebords de plateaux sédimentaires – les tassilis du Hoggar. C’est avant tout la région des paysages fantastiques et des gravures rupestres. Le Tassili des Ajjers, plateau creusé de vallées d’oued parfois étonnamment profondes, est le grand domaine des peintures rupestres sahariennes. Sur ce plan, les deux voyages sont réellement complémentaires. Mais une différence majeure tient au fait que, contrairement au Hoggar qui est sillonné de pistes praticables par les véhicules tout terrain, le Tassili des Ajjers n’est accessible qu’à pied. Même si les conditions de marche ne s’avèrent pas difficiles, ce circuit est naturellement plus exigeant sur le plan de la condition physique que le circuit au Hoggar.

Comment se déroule votre voyage au Hoggar ?

Ce circuit consiste en deux boucles effectuées au départ de Tamanrasset. Au nord, une piste assez difficile conduit à travers le massif du Hoggar – plus précisément de l’Atakor – à travers des paysages grandioses. Dans ce monde minéral, l’écorce terrestre dévoile ses racines et livre l’histoire de toutes ses convulsions. Paysage où l’homme ne peut que ressentir l’humilité, paysage à la mesure d’une personnalité hors du commun comme celle de Charles de Foucauld, qui choisit pour ermitage le sommet de l’Assekrem. Une seconde boucle de cinq jours conduit au sud de Tamanrasset vers les tassilis du Hoggar. À travers le vaste espace du reg, les cordons dunaires et les vallées d’oued, la piste mène vers les basses collines et plateaux rocheux qui recèlent de nombreuses gravures. Ce circuit s’effectue donc en véhicules tout terrain. L’accès aux sites de gravures rupestres est aisé et ne nécessite que de courtes marches.

En dehors des nuits passées en hôtel à Tamanrasset, le voyage s’effectue en bivouac. Je signale également que la nuit passée sur l’Assekrem se déroule à une altitude supérieure à 2 500 mètres.

Le bivouac


Dans quelles conditions s’effectue votre voyage au Tassili des Ajjers ?

 

En l’absence de toute piste praticable par les véhicules tout terrain, seule la marche à pied permet de visiter le plateau des Ajjers et d’accéder aux sites des peintures rupestres. Cette randonnée nécessite une bonne aptitude à la marche, mais ne présente pas de difficulté particulière et n’a rien d’un parcours sportif. La durée journalière des marches est comprise entre quatre et sept heures, mais il s’agit essentiellement de promenades à la recherche des peintures dans des paysages qui n’engendrent pas la monotonie. Seule la longue traversée du plateau des Alendoumen le cinquième jour du circuit (un peu plus de vingt kilomètres) peut présenter une certaine difficulté. Un point important est cependant à préciser : le groupe est accompagné par une équipe locale qui fournit des ânes transportant les bagages tout au long du circuit pédestre. C’est donc les mains libres, sans sac à dos, que vous ferez ces promenades, ce qui est fort appréciable. Mais attention, les ânes ne peuvent supporter la charge d’une personne sur ce type de chemins : ne comptez pas sur eux pour vous transporter ! Naturellement, ce circuit s’effectue entièrement en bivouac, à l’exception des deux nuits à Djanet.

Qu’entendez-vous exactement par « bivouac » ?

Le Petit Larousse nous définit le bivouac comme un « campement provisoire en plein air ». C’est tout à fait exact, et le désert se prête parfaitement à cette expérience. Chaque voyageur aura soin d’emporter un duvet de qualité suffisante : les nuits peuvent être très froides dans le désert et, en hiver, les températures nocturnes oscillent entre 5 et 12 °C, avec une mention particulière pour la nuit passée sur l’Assekrem (circuit au Hoggar) où l’on peut subir cinq degrés en dessous de zéro…
Mais, même s’il s’agit de votre première expérience, je peux vous assurer que vous ne le regretterez pas. L’expression consacrée de « nuit à la belle étoile » n’acquiert nulle part autant de réalité qu’au Sahara. C’est avec regret que vous retrouverez l’espace clos de vos nuits

Qu’avez-vous prévu pour les repas ?

Le soir, au campement, l’équipe locale allume le feu du bivouac et prépare le repas. Ratatouille de tomates, oignons et courges diverses, pommes de terre rissolées ou cuites sous la cendre, ragoût de mouton ou de chèvre, brochettes, sauté d’agneau seront préparés sur place, accompagnés de la teguela, galette traditionnelle cuite sous le foyer dans le sable brûlant. Je précise cependant que la viande fraîche ne se conservant pas très longtemps sous le climat saharien, les derniers repas seront plutôt végétariens… L’eau est le bien le plus précieux au désert. Les ânes, et même les véhicules, ne peuvent en emporter des quantités considérables et il faudra vous montrer très économe du précieux liquide et vous contenter durant quelques jours de faire une toilette de chat à l’aide d’un litre d’eau et des lingettes imprégnées que vous aurez emportées.

Quelle est la meilleure saison pour ce voyage ?

Naturellement, les températures estivales excessives interdisent tout voyage dans des conditions acceptables en été. C’est pourquoi nous programmons nos circuits de fin octobre à avril. À cette époque de l’année, vous connaîtrez un climat chaud et sec. Les températures au cœur de la journée atteignent généralement 30 °C en décembre et janvier, 35 °C en novembre et février. Parfois cependant, un vent frais vient diminuer l’impression de chaleur et impose de se couvrir un peu plus. Enfin, la nuit, l’absence de couverture nuageuse entraîne une diminution fort sensible de la température dès que le soleil disparaît à l’horizon. Il faudra donc vous munir d’un anorak pour les bivouacs.

Faut-il prendre des précautions sanitaires particulières ?

Aucune vaccination n’est exigée pour se rendre au Sahara, et il n’y a pas actuellement de maladies endémiques. Il est naturellement conseillé d’être à jour des vaccinations classiques, en particulier contre l’hépatite. Les moustiques, présents seulement autour des rares trous d’eau permanents – les gueltas –, sont peu virulents à l’époque où nous programmons nos circuits. Cependant, ceux qui désirent éliminer tout risque pourront prévoir une prophylaxie antipaludéenne.

Ces circuits s’adressent-ils à tous les voyageurs de Clio ?

En ce qui concerne leur intérêt culturel, il n’y a pas de doute : ces circuits s’adressent à tous les voyageurs passionnés de Clio. Il ne faut cependant pas ignorer que, même si les conditions matérielles sont parmi les meilleures possibles, elles se doivent de respecter la philosophie du désert, et ces circuits ne peuvent s’adresser qu’à des voyageurs qui les acceptent en connaissance de cause. Une mention supplémentaire doit être faite pour le circuit au Tassili qui nécessite une bonne condition physique et une bonne aptitude à la marche.

Pour conclure, à qui conseilleriez-vous de partir à la découverte du Sahara ?

À tous ceux qui ont un jour rêvé du désert, qui ont été fascinés par les légendes des « hommes bleus » et sauront comprendre que rien n’est moins désert que le désert.

Le Pèlerin

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 07:59

Sud algérien - Vallée du M’zab - Le plus grand secteur sauvegardé au monde
MZAB.jpg

Fondée en 1053, Ghardaïa ou Taghardaïte répond toujours présent avec ses magnifiques ksour et villes aux édifices religieux (mosquées) aux minarets en forme de pyramide et son ingénieux système d’urbanisation et toute sa vallée classée patrimoine national puis patrimoine mondial par l’Unesco. Une vallée qui est, selon les experts internationaux, le plus grand secteur sauvegardé au monde et qui est considérée comme une source d’inspiration et de recherche pour les chercheurs.
Cette vallée, grâce à la mise en place d’un système de digues et de captage des eaux – unique en son genre dans le monde – par les ancêtres de la vallée, a toujours échappé aux fortes crues des oueds. «ces villes demeurent jusqu’à aujourd’hui vivantes grâce à la volonté des habitants qui s’adaptent au fur et à mesure aux nouveautés», nous dit le directeur de l’office de protection et de promotion de la vallée du M’zab (opvm), Zohir Ballalou.
Ghardaïa, c’est aussi le souk avec sa placette classée en 1985 patrimoine de l’Unesco entourée de galeries d'arcades, sa belle palmeraie et son système d’antan de partage des eaux. Pour profiter pleinement de toute cette richesse, un nouveau dispositif dénommé plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur de la vallée du M’zab (ppsmv) a été mis en place.
Un plan ambitieux
La phase d’étude, qui s’étend sur 30 mois, est un instrument de mise en œuvre de l’étude de restauration et de prise en charge du patrimoine de la vallée du M’zab.
Ce plan permanent «va être le garant de la mémoire locale, nationale et universelle, car il va définir toutes les opérations qui vont être initiées dans la vallée du M’zab par rapport à l’étude dont la phase la plus importante est le diagnostic. Et nous faisons entièrement confiance à notre bureau d’études qui a une expérience acquise», affirme le directeur de la culture de la wilaya de Ghardaïa, Nacer Eddine Boulebelout.
L’objectif principal de ce plan, selon lui, est la sauvegarde de ce patrimoine contre toute dégradation et sa mise en valeur au niveau international. Ce plan englobe tous les ksour, les monuments, le tissage urbain et suburbain et même les oasis de la vallée.
Le plan de sauvegarde a été lancé en 2008, selon notre interlocuteur, suite à une nouvelle loi sur la prise en charge du patrimoine culturel promulguée en 2005 par l’etat, définissant clairement le centre historique et l’outil de sa préservation. Ce qui a permis à la vallée d’être érigée en secteur sauvegardé. «en application des programmes de sauvegarde et de réhabilitation du patrimoine national, dont la vallée du M’zab classée patrimoine mondial depuis 1982, et suite aux différentes résolutions que l’Unesco a émises pour l’élaboration d’un plan permanent de sauvegarde de la vallée du M’zab, l’opération d’étude a été lancée sur concours national et international où le bureau d’études algérien, Urbat, a été choisi pour son importante expérience dans le patrimoine notamment à Ghardaïa», nous a-t-il expliqué.
Cette phase d’étude qui s’étend sur 30 mois, selon les experts du domaine dont le directeur de l’Urbat, Hocine Nemmour, est un instrument de mise en œuvre de l’étude de restauration et de prise en charge du patrimoine de la vallée du M’zab.
L’étude, qui demande un travail épineux, s’articule sur 3 phases : «le diagnostic et l’analyse de l’état de fait et l’établissement du plan d’urgence, la seconde concerne l’avant-projet pour esquisser les premières actions à entreprendre dont celles pour la protection et la préservation du patrimoine de la vallée et la 3e la levée des réserves pour l’établissement du règlement d’urbanisme qui va gérer tout l’ensemble du territoire pour l’établissement du projet du plan de sauvegarde validé par décret présidentiel opposable au tiers avec un règlement d’urbanisme», nous a-t-il clarifié en tant que chargé du projet. «D’après la première réunion du comité du patrimoine de l’Unesco au canada, il s’est avéré que nous avons à Ghardaïa, le plus grand secteur sauvegardé au monde.
Car ce n’est pas uniquement un patrimoine architectural, mais aussi urbain constitué d’un ensemble de ksour avec leurs palmeraies sans compter le paysage naturel de la région», a souligné Hocine Nemmour.
Faire de l’acte culturel un acte social
Interrogé sur ce que ce plan va apporter à la wilaya, le directeur de la culture, Nacer Eddine Boulebelout, estime que «si on parle en termes d’élaboration, c’est un plan qui va permettre à tout un chacun de se reconnaître – que ce soit en tant que personne physique ou morale. On doit intervenir à tout moment. Certains monuments qui se trouvent dans les ksour comme Mousala Sidi-Brahim figure dans le classement d’El-Atteuf et dans la vallée du M’zab comme patrimoine universel. Alors qu’on peut le classer, à titre individuel, comme monument national. Nous avons aussi Mousala Sidi-Bouhafs, certains monuments de Melika, Daya-Bendahwa, des vestiges de sites préhistoriques comme des gravures rupestres de Daya-Bendahwa et Hassi R’mel. Le plan pourrait nous déterrer des monuments que nous ne connaissons pas encore.» La particularité de la wilaya de Ghardaïa, selon lui, se situe notamment dans les ksour qui se trouvent dans la vallée du M’zab. «heureusement qu’il existe des citoyens, conscients de l’importance de leurs ksour, qui organisent des campagnes de nettoyage encadrés par des associations ou à titre individuel.
Raison pour laquelle tous les ksour sont ‘’vivants’’. Ils sont habités par une population qui connaît la valeur de ce patrimoine et qui constitue le premier rempart de préservation avant l’intervention de l’Etat qui est toujours là pour les soutenir», a-t-il déclaré.
Au niveau des ksour et monuments
Des enquêtes sont à engager sur le terrain au niveau des ksour et monuments pour l’analyse de l’état de notre patrimoine, selon Hocine Nemmour, sur l’aspect de préservation de l’originalité et l’authenticité des constructions (habitats, édifices...) et l’aspect stabilité physique de la construction. Idem pour les monuments extra muros (mausolées, cimetières...). «C’est un travail de fourmi et de longue haleine qu’il va falloir faire de façon très rigoureuse.»
Hocine Nemmour à Infosoir * «On ne veut pas en faire un dossier tiroir»
M. Nemmour nous parle de cet important plan de sauvegarde, de tout ce qu’il peut apporter à la région et de ses propres attentes.
InfoSoir : Que sera-t-il fait durant la 1re phase ?
H. Nemmour : Une fois les données de base récoltées durant la première phase, un grand travail de réflexion en collaboration avec les partenaires concernés, est à engager, pour préconiser les lignes directrices de prise en charge et de préservation de ce patrimoine sur tous les aspects (urbain, environnemental, architectural...) sur plusieurs scénarios d’intervention à présenter au secteur concerné pour le choix d’une ligne définitive à développer pour les phases suivantes. Celles-ci seront soutenues par un règlement d’urbanisme et d’occupation des sols qui spécifiera toutes les actions à entreprendre par les collectivités locales au niveau du territoire du secteur sauvegardé. Outre la préservation de ce qui reste comme tissu végétal et palmeraies avec les services agricoles, il ne faut pas que le développement urbain porte préjudice à la visibilité et aux monuments et sites historiques qu’il faut mettre en valeur.
Les différentes phases du plan
Le plan permanent de sauvegarde de la vallée du M’zab ressemble, selon le directeur de la culture de Ghardaïa, à un plan de développement et d’aménagement urbain (Pdau) «au sens plus large encore, il remplacera tous les pdau qui s’étalent sur la vallée du M’zab allant de Daya-Bendahwa jusqu’à El-Atteuf, sur 20 km».
D’après M. Nemmour, ce plan est une obligation de l’Unesco avec laquelle nous avons des engagements afin de ne pas mettre en péril notre vallée. D’après ses explications, ce plan est très difficile en terme d’élaboration car la vallée comporte des infrastructures, des propriétés privées et de servitude.
Mais il doit donner, selon lui, des solutions pour une harmonisation de tout ce qui est développement avec l’aspect architectural et patrimonial de la vallée du M’zab. «mettre tout ce qui est développement futuriste en étroite collaboration avec l’aspect architectural et traditionnel dans la vallée du M’zab dans ses différents ksour et façades dont le premier construit à El-Atteuf depuis plus de 11 siècles.»
Dans sa 1re phase de pré-étude «diagnostic et mesures d’urgence», le plan permettra, selon notre interlocuteur, de cadastrer le patrimoine et mettre les mesures d’urgence pour la réhabilitation et la prise en charge. La 2e phase sera engagée sur la base de la 1re qui sera remise au département de Khalida Toumi et l’Unesco. Elle consiste en la réalisation de l’avant-projet du plan de sauvegarde pour aboutir à la 3e phase qui sera chargée de la réalisation finale du plan. Le plan de sauvegarde de la vallée du M’zab, selon le directeur de la culture de Ghardaïa, «va déterminer tout l’ensemble mobilier, immobilier et même rural qui se trouve dans la vallée avec exactitude : les mesures générales, les servitudes, les autorisations de remise de permis de construire ou de démolition doivent rentrer dans le cadre de ce plan opposable au tiers.
Ce sera un outil juridique et d’analyse n°1 pour l’urbanisme. Il nous permettra de recenser les biens matériels et immatériels, on pourra proposer de nouvelles mesures de classement pour certains monuments»
Urbat est une société par actions rattachée au ministère de l’habitat mais qui est autonome depuis 1991. Ses principales missions sont les études d’urbanisme et de gestion des zones industrielles, l’architecture et la promotion immobilière. «nous voulons apporter notre savoir-faire dans la région de Ghardaïa où nous nous sommes investis dans les études de restauration des monuments et sites historiques. Cela a été conforté avec les études du plan de sauvegarde de la vallée du M’zab», souligne M. Nemmour qui ajoute : «avant la nouvelle loi 90/04 sur le patrimoine, il existait un vide juridique en matière de maîtrise d’œuvre pour les études de restauration des sites historiques et les plans de sauvegarde à l’échelle nationale. Mais grâce aux efforts locaux de nos compétences, dont l’opvm, la direction de la culture et celle de l’urbanisme, de grands progrès ont été effectués dans la mise au point d’une méthodologie d’approche pour les plans de sauvegarde où il y avait toute une action de promotion du patrimoine, de restauration et de prise en charge de ce programme.»
Source Horizons  Souad Labri
Le Pèlerin

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 18:03

Ils ne veulent plus être marginalisés

touareg

 

Les Touareg du Hoggar affirment ne reconnaître que l’amenokal comme porte-parole. Dans une plateforme de revendications adressée au président de la République, ils regrettent «l’exclusion» dont ils font l’objet. Ils exigent un quota de postes ministériels, de membres de l’Exécutif et de hautes fonctions de l’Etat au profit de leurs enfants. Ils demandent aussi l’adaptation du dispositif d’aide aux jeunes aux spécifités de la région et revendiquent l’enseignement de tamazight avec les lettres en tifinagh.
Les chefs de tribu touareg et les notabilités de l’Ahaggar ont adopté hier matin, lors de leur rencontre avec l’amenokal Ahmed Edabir, à son domicile à Tamanrasset, une longue déclaration adressée au président de la République, Abdelaziz Bouteflika. La trentaine de tribus de Touareg du Hoggar étaient représentées pour faire de ce rassemblement, le plus important depuis le dernier, tenu en 2008, et sanctionné par une motion de soutien au Président pour un troisième mandat. Hier, l’heure n’était pas à «la politique partisane ou électorale», nous dit-on, «mais plutôt à des mises au point pour couper l’herbe sous le pied de ceux qui parlent au nom des Touareg de Tamanrasset».
La plus importante est celle de ne reconnaître comme porte-parole de la communauté que l’amenokal Ahmed Edabir. Le reste est contenu dans une plate-forme de revendications qui s’apparente à un véritable programme d’action politique, sociale, économique et culturelle. Les chefs des tribus rappellent que «les événements que vivent les pays de la région obligent l’Algérie à renforcer son unité nationale et à faire face à toutes les menaces intérieures et extérieures».
De ce fait, «il est du devoir de chacun de revenir aux références traditionnelles ancestrales de les réactiver pour qu’elles puissent jouer leur rôle (…). Le rôle qu’a joué l’amenokal au Hoggar est un modèle exemplaire à travers l’histoire, notamment durant la guerre de Libération, en se dressant contre les plans du colonialisme visant à séparer le Sahara de l’Algérie». Pour les Touareg, l’organisation ancestrale entourant l’amenokal a également «participé» à la construction du pays après l’indépendance et «fait face à toutes les crises», surtout celle de la décennie noire, et «constitué une barrière» contre le terrorisme durant cette période. Néanmoins, «l’amenokal, les notables et les jeunes expriment leur regret de constater aujourd’hui une exclusion volontaire ou involontaire de l’autorité traditionnelle et l’apparition de personnes étrangères s’autoproclamant porte-parole de la communauté en dénaturant son histoire. Ce qui constitue un réel danger sur l’identité de notre région, qui fait partie intégrante de l’identité nationale».
Et d’ajouter que les Touareg, «au nom de toutes les composantes de la société, à leur tête l’amenokal, nous refusons catégoriquement ces atteintes aux principes de nos valeurs que nous considérons comme une ligne rouge infranchissable et inviolable de quelque manière que ce soit». A ce titre, tout en réitérant leur attachement à l’unité nationale et à la préservation de la sécurité de la région, les Touareg font état d’une série de revendications. Sur le plan politique et vu la détérioration de la situation sociale, sécuritaire et économique dans «les pays limitrophes qui appellent à la protection de l’Algérie de toutes les menaces qui l’entourent et à barrer la route à tous ses ennemis de l’intérieur et de l’extérieur, aux corrompus et aux corrupteurs devenus un lourd fardeau pour la société qui exige la réhabilitation des symboles de la communauté et la reconnaissance de l’organisation sociale comme unique porte-parole de la région, rejetant ainsi toutes les personnes importées et autoproclamées représentantes de la population du Hoggar».
Les Touareg de Tamanrasset demandent par ailleurs que leurs enfants puissent bénéficier d’un quota de postes ministériels, de walis, de directeurs de l’Exécutif, d’ambassadeurs, de consuls, de représentants d’ONG internationales à l’étranger, mais aussi des postes au sein de toutes les institutions sécuritaires. Ils revendiquent la révision des procès de tous les élus poursuivis et une grâce au profit de ceux ayant été condamnés, en arguant du fait que «ces poursuites ont été engagées sur la base de règlement de comptes personnel».
Ils exigent du gouvernement de ne plus continuer à considérer la région comme un réceptacle des cadres sanctionnés et de lieu de stage pour les débutants. «Nous voulons que la langue amazighe soit instituée et enseignée à Tamanrasset, avec ses lettres historiques du tifinagh, tout comme nous voulons que l’université de Tamanrasset puisse ouvrir des départements spécifiques à la région, notamment de géologie, de tourisme, de pétrochimie et d’environnement (…), il est demandé aussi la création d’une direction centrale consacrée au tourisme saharien, la révision à la hausse du quota de carburant dont bénéficient les éleveurs de cheptel et les agriculteurs, le renforcement du tourisme saharien, et la révision de tout le dispositif d’aide à l’emploi Anjem, filet social, Ansej et Cnac, pour le réadapter à la spécificité de la région, notamment l’éloignement, et faire en sorte que les élus locaux gèrent ces aides (…), de même qu’il est exigé l’accompagnement du développement des structures par celui de la ressource humaine afin qu’elle puisse participer au progrès.»
A noter qu'un «conseil des tribus de l'Ahaggar a été créé à l'occasion.
Par ailleurs, des délégués devront être désignés pour représenter l'assemblée et porter la plateforme de revendications devant les hautes instances du pays.
Source El Watan Salima Tlemçani.

Le Pèlerin

 

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 18:19

Béchar : les étonnantes gravures de l’Oued des Genêts blancs

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Des gravures rupestres dans la région de Béchar.

 

Lors de nos pérégrinations, nous avons fait la découverte de gravures rupestres que très peu d’Algériens, même ceux de la région, ont approchées.
A quelques kilomètres avant Ksi-Ksou, un ancien centre minier dont il ne reste qu’un terril de charbon dont l’incongrue présence en plein Sahara déconcerte le visiteur, il se dresse, un peu conventionnel, un panneau indicateur. Fiché en bord de la RN 6, entre Béchar et Abadla, il signale la direction de «Dayat Ettiour» à 7 km de là. Un «lac des oiseaux» au désert, cela valait le détour ! C’est ce que proclame également le site d’un internaute d’Abadla : «La sécheresse de 1994 à 2009 a fait que le lac s’est asséché et que les dunes avaient commencé à envahir et à boucher le passage de l’Oued. Grâce à Dieu en 2009, des pluies exceptionnelles et des crues à répétitions ont fait que ce site a repris ses droits».
Les dayas étant des dépressions dans la platitude des regs de hamada, deviennent des lacs à la faveur des précipitations. Celle dont il est question possède la particularité d’attirer une multitude d’oiseaux migrateurs. Mais si vous empruntez la piste, il y a de fortes chances que vous vous perdiez en pleine hamada car c’est une piste qui y mène. C’est ce qui nous est arrivé sans que nous ayons eu à perdre au change puisqu’au bout de nos pérégrinations nous avons fait la découverte de gravures rupestres que très peu d’Algériens, même ceux de la région, ont approchées. A travers le reg, sa pierraille noire avec de-ci de-là ses touffes de plantes et arbrisseaux, la piste initiale se subdivise en d’autres chemins qui se croisent et se décroisent. Parmi les nombreux itinéraires creusés par le passage d’autres véhicules, nous guidons le nôtre sur les moins susceptibles de nous ensabler.
Au bout d’un laps de temps qui s’éternisait plus que de raison au regard de la distance que nous devions couvrir, nous vîmes au loin une pauvre masure en pisé. Quatre personnes étaient à côté. La rencontre, comme toujours au Sahara, est cordiale. Le maître des lieux, Hadj Mohamed Targui, explique que nous avions pris la mauvaise piste et que de toute façon, comme il n’y avait aucun panneau indicateur le long de la piste, il n’y avait aucune chance que nous arrivions à destination : «Ce sont des rigolos qui ont placé le panneau en bord de route. D’ailleurs, ils auraient dû signaler que pour rejoindre «Dayet Ettiour», il faut être en 4x4.
Ce n’est pas avec votre voiture que vous pouviez y accéder». Là où nous avions abouti s’appelle «Hassi Rtem». Hadj Mohamed possède une concession agricole naissante. Face à notre déception, il nous console en nous révélant que pas loin de là, il y a des gravures rupestres à voir. C’est à Oued Rtem (le rtem étant le genêt blanc). Il se propose même de nous conduire. Et sur le haut des falaises noires dont des roches jonchent le sable qui recouvre la pente qui mène à leur sommet, des gravures rupestres défient le temps.
De toutes celles qui recouvrent les parois et qui figurent des animaux, il en est deux, de plus petite dimension, représentant deux chasseurs qui, selon leur attitude, dansent. Remarquable particularité : leurs membres virils sont dessinés dans une étonnante disproportion par rapport aux jambes ! A les contempler, on se prend à avoir des craintes sur leur préservation. En effet, par les temps qui courent, ceux de la régression des mentalités et de la bigoterie ambiante, il est heureux que ces témoignages des temps reculés ne soient pas encore accessibles au tout venant des visiteurs.
Source El Watan Mohamed Kali

Le Pèlerin

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 08:05

  Les Touaregs, traditions nomades et réalités du désert

algerie hoggar tin hinan

Les Touaregs ont suscité chez les premiers explorateurs des jugements positifs ou négatifs, mais jamais neutres. Ce sont des hommes de confiance qui ne renient jamais leur parole, dit Henri Duveyrier dans son ouvrage publié en 1864, Les Touaregs du Nord. Pour Félix Dubois, dans Tombouctou la mystérieuse, édité en 1897, ils ne sont au contraire que de lâches pillards qui n'attaquent que quand ils sont sûrs de leur supériorité. On ne peut aujourd'hui évoquer les Touaregs sans que s'interposent les stéréotypes d'« Hommes bleus », de « Chevaliers du désert » qui font apparaître des chameliers voilés sur fond de pics volcaniques ou de dunes ondulant à l'infini. Pour aller au-delà de cette image d'Épinal, nous avons demandé à Edmond Bernus de nous présenter cette société plurielle dont le modèle donné, le noble-guerrier, ne représente en réalité qu'une petite minorité de la population et qu'une partie du paysage, celui de l'Ahaggar ou du Ténéré. 

Qui sont les Touaregs ? 

Le nom de Touareg est d'origine arabe et inconnu de ceux qu'il désigne : de ce fait, c'est un terme devenu français. Les Touaregs se désignent eux-mêmes comme Kel tamasheq, « ceux qui parlent la langue touarègue », montrant ainsi que leur dénominateur commun est une même culture et avant tout un même langage.

Les Touaregs occupent un territoire immense qui joint le Maghreb à l'Afrique noire et qui traverse le Sahara en s'appuyant sur des massifs montagneux où l'altitude corrige les effets de la latitude et permet la vie, grâce à des ressources hydrauliques et végétales absentes des déserts environnants : ce sont le Tassili des Ajjer, l'Ahaggar, l'Aïr et l'Adrar des Ifoghas. Ainsi, les Touaregs sont-ils dispersés dans de nombreux États – Libye, Algérie, Mali, Niger, Burkina Faso – avec quelques petites communautés au Tchad et en Nigeria. Leur poids démographique est surtout important au Niger et au Mali, c'est-à-dire au sud du Sahara.

Société et traditions

Dans les traditions des Touaregs, on trouve presque toujours une référence à une ancêtre femme, à l'origine de la chefferie et fondatrice de la tribu – tawshit. Les plus connues sont Tin-Hinan et sa servante Takana, arrivées dans l'Ahaggar : la première donna naissance aux Kel Ghela, tribu suzeraine, détentrice du pouvoir ; la seconde fut à l'origine de la tribu vassale des Dag Ghali. Ce schéma se retrouve un peu partout et presque toujours les nouveaux arrivants s'allient aux populations déjà en place.

La société touarègue est hiérarchisée ; elle comporte une aristocratie guerrière, des vassaux, des religieux à titre collectif, des artisans et un groupe servile qui comprend plusieurs niveaux selon son statut – esclaves, affranchis… Le chameau, en réalité le dromadaire, est l'animal associé à l'aristocratie, alors que la vache, et plus encore le petit bétail – brebis et chèvres – sont liés aux classes plébéiennes ou serves. Chaque « confédération » est composée de ces différentes strates, avec à sa tête un chef supérieur – amenokal – toujours issu d'une même tribu et dont le pouvoir est matérialisé par un tambour de guerre – ttobol ou ettebel. Les Touaregs sont des berbérophones qui font partie de ce grand ensemble berbère qui va du Maroc à l'Égypte. La langue constitue la pierre angulaire de cette société hiérarchisée, diverse dans ses composantes. Les Touaregs possèdent aussi une écriture dont les caractères tifinagh, gravés sur de nombreux rochers, sont souvent difficiles à déchiffrer, mais cette écriture, toujours vivante, est aujourd'hui utilisée dans des messages écrits sur papier. Elle est enseignée dans les familles avec des procédés mnémotechniques comme une phrase qui contient tous les signes de l'alphabet.

Le voile de tête – tagelmust – est la pièce maîtresse du vêtement masculin. Selon Charles de Foucauld, « Le voile de front et de bouche et le pantalon sont les vêtements distinctifs de l'homme […] ; ôter son voile de tête et de bouche, jeter son voile […], ôter son pantalon sont des expressions qui signifient être déshonoré. » Il est honteux de se dévoiler en public ; un homme jeune, devant une personne âgée, ne découvre son visage que par une fente où brillent deux yeux et introduit le verre à thé sous le voile sans découvrir sa bouche. Ce voile protège les muqueuses du vent, mais plus encore, soustrait les orifices faciaux aux assauts de génies dangereux.

Les Touaregs sont monogames, ce qui est un trait original dans une société islamisée. Se marier, c'est « fabriquer une tente » que la jeune femme apporte avec tout le mobilier et les ustensiles de la vie domestique. Le marié doit fournir des animaux à sa belle famille dont le nombre et la qualité varient : cette taggalt est constituée de chameaux chez les nobles, de chameaux ou de vaches chez les tributaires, de petit bétail chez les gens de moindre importance, mais ces animaux sont le gage indispensable de l'alliance entre les deux familles qui appartiennent en général à la même catégorie sociale : en théorie, la jeune mariée doit recevoir les mêmes animaux que sa mère. En cas de divorce, la femme part avec sa tente.

Cultures orale et matérielle

Bien que possédant une écriture, qui sert surtout à de courts messages et à des graffitis, les Touaregs possèdent une littérature orale d'une grande richesse. Il faut citer les paroles brèves qui concernent les devinettes et les proverbes, et aussi les contes qui s'inscrivent dans des thèmes universels, en s'incarnant cependant dans le contexte de la vie pastorale. La poésie constitue le point fort de cette littérature avec des pièces lyriques qui évoquent l'amour, la mort, et la nostalgie de l'absence avec l'évocation du campement lointain et de la femme aimée. Il n'existe pas de caste de griots, comme en Afrique soudanienne : les poètes sont des hommes de toute condition, parfois des femmes ; il y a de bons poètes dont les vers sont retenus dans toute la société. Les événements actuels, migrations et révoltes sont les nouveaux thèmes des jeunes générations et les cassettes permettent de les diffuser rapidement.

La culture matérielle est présente dans des objets de la vie domestique et pastorale, dans des armes, ou encore dans des bijoux dont les modèles sont reproduits par des artisans, fidèles conservateurs du patrimoine. Les coupes, les louches et les cuillères en bois, les lits et les poteaux sculptés ou les porte-bagages des tentes, constituent des objets superbes, souvent pyrogravés, que les artisans doivent entretenir et réparer. La selle de chameau, qui est une selle de garrot posée devant la bosse, est surtout connue par le modèle à pommeau en croix : c'est un objet sophistiqué où s'allient le bois, le cuir et le métal. Les armes, couteau de bras, lance-javelot, bouclier – aujourd'hui disparu – et surtout l'épée – takuba – qui bat toujours le flanc des hommes, constituent la panoplie de ces guerriers. Les lames de certaines épées, venues d'Europe au XVIe siècle ou d'Égypte, portent des marques qui permettent d'identifier leur origine. Quelques épées, propriétés de grands chefs, possèdent comme Durandal, un nom qui leur est propre ; les lames les plus nombreuses ont cependant été fabriquées par les forgerons locaux avec de l'acier de récupération ; toutes les épées possèdent pourtant une même garde, une même poignée, un même fourreau, et s'identifient dans un même modèle. Les cadenas, les bijoux en argent, dont la croix d'Agadez est aujourd'hui partout connue, ont conquis le marché des touristes et de l'Europe.

Vivre avec ses troupeaux dans un milieu aride, aux repères rares, demande une connaissance intime du milieu, un sens de l'observation qui permet de se situer dans l'espace grâce à des indices imperceptibles. Le nomadisme est une utilisation rationnelle du milieu par un déplacement au fil des saisons. Les Touaregs sahéliens conduisent leurs troupeaux dans les riches prairies au sud du Sahara, sur des terres et des eaux salées, au cours de la brève saison des pluies estivales ; ils regagnent des parcours méridionaux pourvus d'arbres fourragers et de ressources hydrauliques permanentes, au cours de la longue saison sèche.

 

Des variations qui confirment la règle

Dans une société si diverse, qui rassemble des hommes au teint clair et d'autres à la peau noire, il n'existe pas de modèle touareg. Aussi, être Touareg c'est se comporter comme la société le demande, c'est-à-dire en fonction de son âge, de son sexe, de sa catégorie sociale : l'artisan possède la liberté de la parole, l'aristocrate un comportement désinvolte, le religieux une manière retenue. Ne pas se conformer à ces règles, c'est s'exposer à la critique, la dérision et peut-être l'exclusion.

Les dénominateurs communs permettent de reconnaître un Touareg, de Djanet en Algérie, à Madaoua au sud du Niger. Il existe cependant, bien entendu, des différences sur divers plans. Différences linguistiques entre les dialectes du nord et ceux du sud. Différences d'organisation politique entre les chefferies centralisées les plus connues, et souvent analysées à partir des Kel Ahaggar, et celles plus souples de l'Aïr avec, en plus, une chefferie urbaine sédentaire au rôle religieux particulier, représentée par le Sultan d'Agadez. Différences de composition des « confédérations » avec certaines riches en vassaux – imghad – d'autres en religieux – ineslemen. Différences enfin, de la composition de la population touarègue avec une majorité croissante de groupes noirs d'origine servile selon un gradient nord-sud. Différences de types d'habitat avec les tentes à velum en peaux de la partie ouest du pays touareg et les tentes en nattes végétales dans l'Aïr jusqu'aux frontières de Nigeria.

Vivant dans un si vaste espace, les Touaregs ne peuvent vivre de la même manière au Sahara central ou au Sahel, dans les vastes plaines de l'Azawagh ou dans les massifs montagneux, dans les zones pastorales ou les zones agricoles méridionales. Les Touaregs du nord possèdent un élevage composé essentiellement de chameaux et de chèvres, ceux des régions pastorales méridionales, Azawagh, Aïr, Adrar des Ifoghas ont des troupeaux plus diversifiés avec chameaux, vaches, brebis et chèvres ; vers le sud, le nombre des chameaux diminue et celui des vaches augmente. Les Touaregs de l'Aïr cultivent des jardins irrigués dans les vallées méridionales et pratiquent le commerce caravanier entre les marchés du sud et les salines de Fachi et de Bilma qu'ils ravitaillent en produits variés et dont ils rapportent le sel et les dattes. Plus au sud encore, les Touaregs sont des agro-pasteurs pratiquant agriculture pluviale et élevage, ce qui exige un contrôle des troupeaux pour protéger leurs propres récoltes et surtout celles des paysans. La cohabitation avec d'autres éleveurs, Peuls surtout, et avec des agriculteurs, pose souvent de graves problèmes.

Les Touaregs dans les États

Les Touaregs ont résisté de toutes leurs forces à la pénétration des troupes françaises au début du siècle. À partir de 1916 et 1917, ils se révoltèrent contre l'occupation française et mirent en péril les troupes coloniales. L'organisation de l'Afrique française, scindée entre une Afrique coloniale et le Maghreb, mit un terme aux hostilités et les Touaregs durent s'insérer dans un nouveau maillage de l'espace : les « cercles », dirigés par des administrateurs coloniaux en AOF et les « territoires du sud », commandés par des militaires en Algérie. L'indépendance des États sahéliens surprend les Touaregs qui n'ont pas été préparés à cette évolution et qui possèdent un nombre limité d'élites scolarisées, prêtes à assumer des responsabilités administratives ou politiques. La dispersion des Touaregs dans de nombreux États, leur implantation dans chacun d'eux dans la zone la plus désertique, la moins peuplée et la plus éloignée de la capitale et du pouvoir, leur donne l'impression d'être oubliés et abandonnés dans une région moins développée que les autres.

Une première révolte contre l'État malien est durement réprimée en 1963-1964 dans l'Adrar des Iforas, avec des Touaregs munis d'épées et montés sur des chameaux contre des chars. Mais c'est à partir de 1990 qu'une révolte au Mali, puis au Niger, soulève le pays touareg contre les États. Les jeunes Touaregs qui avaient migré en Libye, connaissent alors le maniement de la kalachnikov et la conduite des véhicules tout terrain. La guerre fut dure : arrestations, massacres, émigration en Algérie et en Mauritanie. Aujourd'hui la paix est revenue sans que les Touaregs aient obtenu totalement satisfaction.

C'est au Niger et au Mali que les Touaregs sont les plus nombreux, constituant 10 % et 6 % de population totale. La langue touarègue fait partie des cinq langues nationales.

Les Touaregs sont conscients de la richesse de leur culture et plusieurs d'entre eux travaillent à recueillir et à publier leurs traditions orales. Il faut cependant reconnaître que les révoltes se sont faites à l'intérieur de chaque État et, qu'à cette occasion, il n'y a pas eu de tentative de construire une nation touarègue. Il y a eu seulement la prise de conscience que les Touaregs font partie d'un vaste ensemble berbère, lui-même éclaté au Maghreb.  

Géographe, directeur de recherche émérite à l’Institut de recherche pour le développement (I.R.D. ex ORSTOM).Spécialiste du désert, du Sahara et des pasteurs nomades

Source Clioscope Edmond Bernus

Le Pèlerin

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 16:22

Le Tassili n'Ajjer, mémoire du Sahara

Par Pierre Colombel - Chercheur au CNRS

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Au cœur du Sahara, le Tassili n'Ajjer domine, du haut de ses falaises abruptes, le désert qui, au-delà de l'oasis de Djanet, s'étend à l'infini tel un océan calme ou tourmenté. Plateau de grès longuement érodé par les pluies des milliers d'années durant, il offre ses paysages grandioses, toujours renouvelés, avec ses canyons, ses grands oueds, mais aussi ses massifs de grès évoquant des villes mortes, des forêts de pierre, des châteaux fortifiés, et de grands espaces autrefois couverts de végétation de type savane arborée, environnement favorable à une abondante vie animale et humaine. C'est ainsi que ce plateau représente le plus grand musée à ciel ouvert du monde… Pierre Colombel évoque pour nous peintures et gravures rupestres qui nous racontent le « Sahara avant le désert. »

L'Holocène correspond au début du Néolithique saharien, soit environ 10 000 ans avant J.-C. Du début de cette époque remontent probablement les gravures les plus anciennes du plateau des Ajjer, en particulier celles de l'oued Djerat de la période du bubale antique, bovidé sauvage dont l'encornure pouvait atteindre près de trois mètres d'envergure.
Outre le bubale caractérisant cette période, la grande faune sauvage, dite « éthiopienne » est abondamment figurée par des représentations d'hippopotames, d'éléphants, de rhinocéros et de girafes, mais également d'autruches, antilopes, ânes sauvages, hyènes, crocodiles, ainsi que de poissons, oiseaux aquatiques… et des bœufs indiquant peut-être un début de domestication. Cette faune est souvent associée à des spirales et des représentations humaines. Les gravures, très réalistes, sont généralement de grandes dimensions, soigneusement exécutées, et de grande qualité artistique. À part la période des « têtes rondes » qui ne compte que des figures peintes, les périodes bovidienne, du cheval et du dromadaire sont également représentées en gravures. 
Si les gravures sont souvent situées le long des grands oueds, sur blocs de rochers ou sur dalles, les peintures ornent essentiellement les parois des abris creusés à la base des grandes formations de grès érodé du plateau.

De l'oued Djerat….

Situé dans le nord-ouest du Tassili, il offre à la fois des gravures et des peintures rupestres. En une dizaine de kilomètres, plus de quatre mille gravures se répartissent sur ses rives bordées de falaises qui atteignent jusqu'à cent cinquante mètres. Le fond de l'oued cache plusieurs gueltas ou points d'eau, comme dans les petites palmeraies de Nafeg aujourd'hui inhabitées. On y trouve des dattes, des lauriers roses, de la vigne, des ricins et quelques figuiers sauvages parmi les roseaux. Certains points d'eau abritent encore des poissons. Quelques abris naturels, situés à plusieurs mètres au-dessus du sol, sont ornés de peintures. L'un d'eux est décoré de palmiers avec des régimes : c'est le plus ancien témoignage de la culture de cet arbre que nous possédions pour tout le Sahara. 

… aux grands sites du sud-est du plateau

On y accède en partant de Djanet, la « perle du Tassili », oasis aux trente mille palmiers dattiers qui abritent des feux du soleil les nombreux jardins irrigués par une centaine de sources.
Les sites les plus importants sont Jabbaren et Sefar, chacun abritant plus d'une centaine de panneaux peints, soit plusieurs milliers de figures.
Sefar se situe au cœur d'un massif rocheux profondément érodé, avec des zones et des niveaux très tourmentés, seules quelques étendues permettant l'accès des bovidés. Les points d'eau les plus importants sont au cœur de rochers inaccessibles aux troupeaux. Il est certain que cette configuration morphologique explique pourquoi les scènes de la période bovidienne sont moins nombreuses qu'ailleurs, tandis que les populations de chasseurs de la période des « têtes rondes » y ont laissé leur empreinte par de très nombreuses peintures où les personnages sont souvent porteurs d'un masque dans des scènes à caractère rituel/religieux. Deux journées de marche, au cours desquelles on remarque des affleurements de schistes aux nombreuses nuances qui ont fourni la palette des peintres préhistoriques, mènent au site de Jabbaren, près d'un col, l'Akba Aroum, qui permet de redescendre vers Djannet. 
Jabbaren se présente comme une ville creusée dans le grès, avec de multiples rues, ruelles et places d'accès facile. On découvre des abris immenses, des cirques, dont les parois de grès sont ornées d'une multitude de figures peintes surtout aux périodes « têtes rondes » et bovidienne, dans des scènes animées de la vie quotidienne ou religieuse, pouvant atteindre parfois une surface de près de cinquante mètres carrés. Une des plus belles, des plus célèbres aussi, les « bœufs polychromes de Jabbaren », montre, sur une longueur de trois mètres, un troupeau d'une trentaine de bœufs en marche, accompagné de son gardien. L'ensemble est remarquable par ses qualités esthétiques et l'utilisation, rare, de la couleur verte.

Les grandes périodes

Le choix de leur dénomination a été fait en fonction des éléments qui les caractérisent. Ainsi la période des « têtes rondes » est due à la forme, la plus fréquente, de la tête des personnages représentés, dont les traits du visage ne sont que rarement figurés. Les trois autres périodes : du bœuf, du cheval et du dromadaire sont marquées par l'apparition successive de ces espèces animales domestiquées. 
La période des « têtes rondes » présente une grande variété de style, une vingtaine, dont le plus ancien montre des personnages monochromes qui ne dépassent guère dix à douze centimètres de haut. Plus tard, certaines figures atteindront cinq à six mètres de hauteur ; peints en blanc et entourés d'un trait brun violacé, ces personnages ont été baptisés par H. Lhote « grands dieux ». Souvent peints en des lieux exceptionnels de par leurs dimensions et leur morphologie, d'apparence humaine bien que sans visage, ils occupent généralement une position prédominante et sont entourés de personnages de même facture, mais de taille beaucoup plus petite, tournés vers eux dans des attitudes d'orants. L'ensemble de ces éléments évoque, à n'en pas douter, la pratique de cérémonies à caractère religieux.
La longue évolution des « têtes rondes », sur plus de 2 000 ans, conserve ses principales caractéristiques : tête ronde des personnages, port d'un petit pagne pour tout vêtement, quelques éléments de parures et peintures corporelles ; l'armement est limité à l'arc à simple courbure, un bâton ou une massue, parfois une sorte de longue fourche. L'abondance des scènes à caractère rituel/religieux met en évidence la place qu'elles devaient occuper dans le système culturel de ces populations. La fin de cette période est marquée par le style des « masques » où apparaissent des profils à caractères négroïdes, avec une polychromie plus riche qui se généralise.
Une sécheresse de plusieurs siècles, aux environs de 5 500-5 000 ans avant J.-C., entraîne probablement la fin de cette période dont les populations vivaient de pêche, de cueillette et de chasse. 
Le Ve millénaire avant notre ère voit l'arrivée, avec le retour des pluies, d'une nouvelle population venant de l'est qui possède des troupeaux de bovidés domestiques, ainsi que des moutons et des chèvres. 
Comme la précédente, la période bovidienne présente de nombreux caractères spécifiques qui évolueront dans le temps du fait de la pénétration successive du Tassili n'Ajjer de plusieurs ethnies successives qui toutes feront paître leur bétail dans une région privilégiée qui a retrouvé une flore abondante et une faune sauvage très riche, confirmant des conditions climatiques favorables et la présence de plans d'eau permanents. Cette période, qui marque le sommet de l'art rupestre saharien, a fourni le plus grand nombre de peintures. La multiplicité des styles et thèmes traités présente une véritable chronique ethnographique. Si le type négroïde reste présent, les nouveaux arrivants, plus nombreux, possesseurs d'animaux domestiques, sont des Peuls longilignes au teint cuivré. Généralement vêtus d'un pagne, ils sont représentés dans tous les aspects de leurs activités collectives ou privées : chassant les animaux sauvages, accompagnant leurs troupeaux, rentrant de la récolte de baies et de fruits avec une hotte sur le dos ou un panier à la main, au campement avec leurs bêtes ou près des huttes ovales, dans des scènes intimes de couples, des combats d'archers, mais également participant à des cérémonies à caractère religieux dont on connaît, pour quelques-unes, la signification qui nous a été fournie par M. Ampaté Ba et Mme Germaine Dieterlen : « Ces interprétations sont en relation, d'une part avec l'initiation traditionnelle des pasteurs peuls, d'autre part avec les rites exécutés par ces pasteurs ». Le bœuf domestique, utilisé comme monture ou animal de bât, est alors monté à cru. Plus tard, avec l'arrivée de nouvelles populations à caractères europoïdes, de vastes selles ornées porteront des femmes richement vêtues aux coiffures et parures très élaborées. Les hommes également portent des vêtements diversifiés et sont souvent parés de peintures corporelles. La palette de couleurs va de l'ocre jaune à l'ocre violacé, jaune de chrome, brun foncé, blanc, noir et vert. La taille moyenne des figures humaines se situe entre vingt et trente centimètres. Les artistes ont atteint une grande maîtrise, tant du dessin que de la composition, et certains ont réalisé de véritables chefs-d'œuvre sur les parois de grès.
Mais autour de 2 000 ans avant J.-C., les conditions climatiques se détériorent à nouveau, entraînant une migration progressive vers le sud, à la recherche de pâturages.
On cite généralement l'introduction du cheval domestique dans le courant du XIIIe siècle avant J.-C. Il est d'abord représenté attelé à un char puis, assez tôt, monté. La période du cheval est liée à la pénétration d'une nouvelle population de race blanche, venant du nord-est – les ancêtres des Touaregs d'aujourd'hui. À cette époque, la grande faune sauvage, à l'exception de la girafe, n'est plus représentée, mais le bœuf domestique reste visible sur les parois peintes de l'oued Djerat, et les représentations humaines, souvent monochromes, sont traitées de manière schématique ; l'on voit apparaître l'écriture, le tifinagh ancien qui aboutira à l'écriture actuelle utilisée par les Touaregs.
La période du dromadaire : à la fin du premier millénaire avant notre ère, l'aridité du climat entraîne le remplacement progressif du cheval. Le « chameau » est, avec l'âne, la chèvre et quelques chiens, le seul animal domestique des petits groupes de Touaregs nomades circulant encore de nos jours au cœur du Tassili n'Ajjer.

 

Auteur : Pierre Colombel

 

Source Clioscope

 

Le Pèlerin

 

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 10:10
Il était une fois une oasis de bonheur
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L'année 2011 tirait à sa fin. Un appel téléphonique venait me rappeler la vallée du M'Zab où j'y ai passé, agréablement, 30 mois de ma vie professionnelle. Il s'agissait du Dr Salim Bahayou, médecin radiologue en pratique libérale à Ghardaïa que je n'ai pas eu, encore, l'honneur de rencontrer. Il m'annonçait que l'Association des praticiens privés de la wilaya de Ghardaïa comptait organiser ses Xes Journées médicochirurgicales et de stomatologie les 4 et 5 mai de l'année 2012.
A ce titre, le collectif médical du bureau exécutif me conviait, amicalement, à cet événement scientifique. Honoré et fier du chemin parcouru par la famille médicale de cette belle contrée, je ne pouvais qu'accepter cette marque de considération affectueuse. Cette invitation me renvoyait à la fin de l'année 1994 où j'avais pris, en avril, mes fonctions de Directeur de la Santé et de la population. Recevant, à la fin du mois de décembre, le professeur Mohamed Aboulola, qu'il n'est nul besoin de présenter, nous abordions le problème de la formation continue en général et celle du corps médical en particulier. Echaudé, quelques peu par une ou deux expériences non concluantes, l'éminent chirurgien infantile montrait, ce jour là, quelque scepticisme, somme toute légitime. L'argumentaire du directeur de la santé, tenait en peu de mots : «Cher professeur, la chance qu'a le corps médical de Ghardaïa n'est nulle part rencontrée dans l'Algérie profonde. Il côtoie tous les jours l'université, faisant bien sur allusion à sa présence régulière, à l'intérieur des murs de la cité». J'osais, respectueusement, le défier par le pari suivant : «Je m'engage à vous livrer un centre de documentation et de formation continue, à la fin de la première moitié de l'année qui s'annonce». Je lisais à travers son regard amusé de vieux routier, que l'échec sera tristement consommé. On a du l'abreuver, dans sa longue et riche carrière hospitalo -universitaire, de mirifiques promesses non tenues.
L'idée d'une telle création avait germé bien avant cet entretien en regard, des énormes besoins en ressources humaines, notamment spécialisées. Les services de Santé, en ces temps de vache maigre, ne disposaient en tout et pour tout que de deux chirurgiens, l'un à El Menia et l'autre à Metlili qui du reste, quitta la wilaya au mois de mai de la même année. Ghardaia relativement «riche» en spécialistes libéraux, disposait d'une ophtalmologiste, d'une chirurgien pédiatre, d'un dermatologue, d'un gynéco-obstétricien et d'un neuro chirurgien. Il faut à, cette occasion, rendre hommage à ces praticiens, conventionnés ou pas, qui ont toujours répondu aux sollicitations de l'administration ou de tiers en quête d'une assistance. L'hôpital public, quant à lui, ne disposait que d'un spécialiste en anesthésie réanimation et d'un hépato-gastro-entérologue qui étaient sur tous les fronts. L'effectif des médecins généralistes était plus ou moins satisfaisant, mais posait cependant, quelques soucis pour les gardes et les périodes des congés.
Le lieu tout indiqué pour abriter cette structure, fut l'annexe de l'école paramédicale sise à l'hôpital Bakir Gueddi en plein centre ville. L'arrière- pensée évidente dans ce choix, était l'essaimage des cabinets privés et des structures sanitaires de base autour de ce point nodal. Il fallait offrir au corps médical «déchiré» par une dichotomisation idéologique, un cercle de réflexion et de rencontre pour des mises à niveau au moment même, où la planète entrait de plain-pied dans les sciences des technologies de l'information et de la communication. Le Ministère de tutelle lançait par l'intermédiaire de sa direction de la formation, dès 1993, l'acquisition d'équipements didactiques pour 13 centres de documentation et de formation continue. Votre serviteur, à peine arrivé à Ghardaïa, constatait que celle-ci n'était pas programmée dans cette opération. Et c'est grâce à la bienveillance du Dr Nadia Korichi, Directrice de la formation, que le centre fut inscrit dans le programme en bénéficiant d'un équipement didactique et d'un lot de livres qu'une autre wilaya n'avait pas pris la peine d'enlever.
Le wali de l'époque, M. Kheiredine Chérif, connu pour être un homme de grande culture, mis les finances de la wilaya à contribution en allouant au centre naissant, une enveloppe de 130.000 de dinars qui fut versée à l'Office des publications universitaires (OPU) pour l'acquisition d'ouvrages et d'une Encyclopédie médico chirurgicale. Le Docteur Omar Louahadj, gestionnaire du centre, pris son bâton de pèlerin pour se consacrer corps et âme à cette belle œuvre. Après les aménagements nécessaires pour une fonctionnalité optimale, le volet bureaucratique fut confié à une association scientifique. Cet outil de gestion dotée d'une trésorerie, pouvait générer des fonds propres débarrassés de la lourde et lente gestion administrative.
Le 1 er mai 1995, le nouveau centre ouvrait ses portes aux publics, médical, paramédical et administratif. Il disposait d'une salle de conférence, d'un coin repos, d'un bureau et d'une petite cafétéria. Il offrait pour la première fois, un lieu de convivialité aux médecins, sages-femmes et autres auxiliaires médicaux. Il organisa, une multitude de rencontres scientifiques de haute facture. Il organisait les premières journées médicales de Ghardaïa, totalement sponsorisées et dont la ristourne, après paiement de toutes les charges, s'élevait à 300.000 DA. Cette manne providentielle, allait constituer le premier fonds de roulement du Centre. Il participait dès septembre, à l'organisation du 2è congrès de la Société algérienne de chirurgie orthopédique et traumatologique (SACOT) et dont le Pr Ait Belkacem en était le président. La présence du Pr Yahia Guiddoum, alors, Ministre de la Santé et de la Population, fit prendre aux services de santé locaux un tournant décisif. L'intense activité du centre dépassa largement le cadre régional pour être référentielle sur le plan national de l'aveu même d'illustres visiteurs. Profitant de la commémoration du Jour du Savoir, du 16 avril 1996, il fut baptisé du nom du défunt Dr Djillali Belkhenchir. Malheureusement, les sirènes du gommage des mémoires en firent autrement.
Au départ définitif du Dr Louahadj , le CDFC disposait d'une trésorerie qui s'élevait à 2.000.000 DA, d'un fonds documentaire (Livres et CD Rom) qui ferait pâlir de jalousie certaines structures universitaires et d'un savoir-faire éprouvé. La salle de lecture, installée plus tard au rez de chaussée, disposait de près d'une dizaine de PC. Il a été pour l'histoire, le premier centre du pays à disposer de l'Internet. Le Centre de recherches en information scientifique et technique (Cerist), cet organisme à la recherche d'un «gite», a été gracieusement abrité au Centre documentaire, momentanément, suite à quoi il dota ce dernier d'une immense parabole, ce qui lui permit d'avoir une fenêtre gratuite sur la Toile. La notoriété acquise sur le plan national du lieu, céda au bout de quelques années, sous les coups de boutoir de l'inconséquence et de l'incurie. Un silence mortifère, envahit présentement les lieux
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Source Le Quotidien d’Oran Farouk Zahi
Le Pèlerin
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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 05:41

Sud algérien - Pas évident d'être femme à Ouargla

femme au foyer

 

Les hommes déjà ne trouvent rien à faire à Ouargla, alors vous imaginez ce que cela doit être pour une femme! Entre les contraintes sociales, le manque de loisirs, le chômage et la chaleur suffocante, ce n'est pas évident d'être femme à Ouargla. Ce que nous confirme Khadidja, 27 ans, qui souffre en silence. «Le seul loisir qu'on a, c'est de faire des études. Mais après on se retrouve à la maison entre quatre murs en voyant que toutes les études qu'on a faites ne serviront à rien», témoigne-t-elle. «Tout cela et on n'a pas le droit de réclamer nos droits parce qu'on est femme», ajoute-t-elle. Alors, le seul espoir pour Khadidja et ses semblables c'est de fonder une famille. «On espère se marier, fonder un foyer et s'occuper de nos enfants, au moins on aura une raison de vivre», fait-elle savoir. Ironie du sort, même les hommes sont au chômage. «Ils ne peuvent donc pas se marier. Ils ne peuvent pas subvenir aux besoins d'une famille», se désole-t-elle. «Alors on attend, on attend qu'un prince charmant trouve un travail pour pouvoir demander notre main», assure-t-elle. C'est l'espoir qui nous fait vivre, sinon ça ferait longtemps que je me serais pendue», conclut-elle tout en exprimant son désespoir qui, dit-elle, est celui de toutes les filles de la ville...!

Source L’Expression

Walid Aït Saïd et Ramzi Boudina -

Le Pèlerin

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 05:39

La ville aux mille et un cafés...

cafe-ouargla.jpg

 

Entre un café et un café, il y a...un café. Tel est le premier constat dès que l'on débarque à Ouargla. Malgré leur grand nombre, il est difficile de trouver une place pour prendre un café. De 7 h du matin, jusqu'à 21h, ils sont pleins à craquer. Les jeunes en sont leurs principaux «occupants». Ce nombre élevé de cafés symbolise donc, à lui seul, la détresse de la jeunesse ouarglie. Entre manque de loisirs et chômage, le café reste le seul endroit où ils passent leur journée. Abdellah fait partie de ceux que le chômage a poussé à passer ses journées entre les quatre murs d'un café. «Ou au mieux dans sa terrasse», plaisante-t-il pour ironiser le drame qu'il vit au quotidien. Diplômé en pétrochimie à l'Institut national des hydrocarbures de Boumerdès (INH), ce jeune, qui est resté pendant cinq années à plus de 800 km de chez lui, est rentré au bercail il y a plus de quatre ans. Depuis, c'est le chômage! «Mon diplôme en poche, crédule comme je suis, j'ai pensé que le fait d'avoir fait de la pétrochimie me permettrait de trouver tout de suite du travail, plus près de chez moi puisque les plus grands gisements de pétrole du pays se trouvent chez nous, à Ouargla», raconte-t-il, les larmes aux yeux.
Pots-de-vin ou piston pour travailler
«Malheureusement, l'amère réalité m'a vite rattrapé. Depuis quatre ans je chauffe les chaises des cafés après avoir chauffé ceux de l'école», ajoute-t-il avec autant de désespoir. Ce n'est pas faute d'avoir essayé, Abdallah a frappé à toutes les portes...En vain! «J'ai déposé des CV partout. J'ai essayé Sonatrach, ses filiales et ses sous-traitants. J'ai tenté ma chance dans toutes les compagnies étrangères qui sont installées dans le pays. Je suis inscrit à l'Agence nationale de l'emploi (Anem). Mais, c'est partout la même réponse: «on vous rappellera», dit-il. Avant de dénoncer. «Pour trouver du travail, il faut être pistonné ou donner des pots-de-vin. ça marche comme ça ici. Moi je n'ai ni piston, ni argent pour donner de la «tchipa» (pots-de-vin, Ndlr), je reste au chômage. Alors que d'autres qui n'ont même pas le niveau requis et qui viennent d'autres régions, sont recrutés...». Alors, Abdallah se contente de petits boulots par-ci par-là. «Mais même ces petits boulots, je ne trouve rien de régulier. Seuls les cafés le sont ici...», estime-t-il.
Mokhtar est un «collègue» de café d'Abdallah. Lui aussi est diplômé, mais ne trouve pas de travail. «Ce n'est pas la faute à la chance, mais aux autorités qui préfèrent donner nos emplois à leurs enfants et aux enfants de leurs amis qui n'ont aucun niveau. Ça marche comme ça à Sonatrach», dénonce Mokhtar qui souligne que même les cafés ne lui sont pas toujours accessibles. «Il m'arrive de ne pas avoir un centime en poche, je ne peux donc même pas me payer un café. A mon âge, je ne peux pas demander de l'argent à mes parents qui sont déjà dans la misère...», ajoute-t-il avant de nous demander si on trouvait normal qu'un jeune de 27 ans soit dans cette situation. «Normalement, à mon âge, je devrais avoir des rêves plein la tête, des ambitions, des projets, penser à me marier...Alors que là je ne trouve même pas de quoi me payer un café. Je n'ai donc aucune raison de vivre», rétorque-t-il.
«Plus rien à perdre...»
Tahar, 24 ans, estime pour sa part, qu'il est en train de mourir à petit feu. «Les jours passent et moi je me demande à quoi je sers dans ce monde. Un homme qui ne travaille pas est-il un homme? Moi je ne travaille pas et ce n'est pas faute d'essayer. Je suis prêt à faire n'importe quoi pourvu que je travaille. J'en ai marre de cette vie», dit-il en avouant au passage qu'il pensait des fois au suicide ou pire... dit-il sans ambages, ce qui démontre la détresse de ce jeune. Détresse, désespoir, dépression sont également présents chez Salah, qui lui, n'a pas fait d'études supérieures, mais espère au moins un travail d'agent de nettoyage ou d'agent de sécurité. Rien! «Chakib Khelil kla edzayar ou hna li el pétrole idji men ardna massahatelnache même pas khedma! Chebab bladi...(Chakib Khelil a dépouillé l'Algérie et nous on n'a même pas eu droit à un petit travail! Il est beau mon pays)», lance-t-il avec regret. Il n'arrive pas à comprendre pourquoi le Sud est autant marginalisé par les autorités alors que c'est dans ses entrailles que se trouve l'or noir qui fait vivre tout le pays. Abdallah, Mokhtar, Tahar et Salah ne sont pas les seuls à passer leurs journées attablés dans les cafés de Ouargla à attendre un miracle appelé travail. Ils sont des milliers dans le même cas.
Un mal plus profond que le chômage...
Toutefois, le chômage n'est pas la seule raison qui révolte ces jeunes de Ouargla. Le mal est beaucoup plus profond. Comme le résume si bien Omar, un jeune chauffeur de taxi. «Restez une journée à Ouargla, à la fin de la journée, vous aurez envie de vous suicider.» Omar n'a pas tort. Il n'a rien à faire dans cette ville où on s'ennuie à mourir. Comme dans toute l'Algérie, les loisirs font défaut, mais un peu plus à Ouargla où il n'y a vraiment rien à faire. «Mis à part les cafés, la seule chose qu'on peut faire, c'est de plonger dans le sable à défaut de le manger», plaisante ce chauffeur de taxi, illustrant parfaitement la situation. Omar, qui a beaucoup voyagé dans le pays et qui sait que les loisirs font défaut dans pratiquement toute l'Algérie, soutient que Ouargla est la ville la plus ennuyante d'Algérie, elle qui est la plus riche. «Paradoxal mais vrai! Au moins dans les autres villes du pays on les fait taire avec l'opium du peuple qu'est le football. Chez nous, même le football n'existe plus», atteste-t-il. «Le Chabab Riadhi Béni Thour qui a remporté la Coupe d'Algérie en 2000 n'a reçu aucun soutien des autorités. Il était parvenu à accéder en deuxième division, maintenant à cause des problèmes financiers, il se retrouve à jouer dans les petites divisions (5eme division Ligue de Ouargla, Ndlr). Vous trouvez normal que Sonatrach et Naftal sponsorisent le Mouloudia d'Alger et le MC Oran, alors qu'un club de Ouargla, la ville du pétrole, ne soit pas aidé par ces compagnies pétrolières», se révolte-t-il. «Cela peut paraître comme un petit détail, mais ça me révolte car ça témoigne à lui seul du mépris qu'ont pour nous les autorités de notre chère patrie», réplique-t-il avec autant de colère. «Cela sans parler des autres sports qui sont pratiquement inexistants chez nous», ajoute- t-il. «Nos enfants ne peuvent ainsi même pas aller au stade pour supporter une bonne équipe ou pour faire du sport», certifie-t-il avec désolation.
Une ville riche...mais ennuyante!
Sortir décompresser seul, en famille ou avec ses amis, c'est mission impossible à Ouargla. «Il y a un promoteur privé qui avait ouvert un parc de loisirs à l'entrée de la ville où des manèges faisaient le bonheur des petits et des grands. Mais il a vite fait faillite car l'Etat n'a rien fait pour l'aider», témoigne Khemisti Mohamed Sayeh, journaliste à la radio locale et militant des droits de l'homme. «Il avait rempli le vide laissé par l'Etat en matière de loisirs mais on ne l'a pas aidé, alors il a mis la clé sous le paillasson après quelques mois d'activité. Un beau parc comme celui-là est fermé, il est en train de tomber en ruine alors qu'il avait réussi à faire oublier aux Ouarglis, quelque peu, les difficultés de la vie. C'est désolant», s'indigne Si Khemisti.
«Au mois de mars c'est l'ennui, je vous laisse imaginer ce que c'est en plein été quand il fait plus de 45° à l'ombre, quand les journées n'en finissent pas, quand il n y a pas de plage et quand il y a un manque de piscines municipales et de loisirs», indique, de son côté Mohamed, père de famille et propriétaire d'un café. En parlant de café, ceux virtuels, à savoir les cybercafés étonnamment, ne sont pas nombreux dans la ville, alors qu'ils pourraient servir de passe-temps. «On n'est pas nombreux et la connexion est loin d'être satisfaisante. On est encore à l'âge de pierre», révèle un gérant de cybercafé qui soutient que le faible débit décourage les plus téméraires. «C'est plus un dépit qu'un débit. Essayer de se connecter dans un cybercafé est plus un cauchemar qu'un loisir», fait-il savoir avec regret. Voilà donc le drame que vit au quotidien la jeunesse d'une ville, qui marche sur le pétrole! Désolant pour un pays qui grâce à ce pétrole dort sur 200 milliards de dollars de réserves de change et prête de l'argent au FMI. C'est cela, le pays de tous les paradoxes...

Source L’Expression

Walid Aït Saïd et Ramzi Boudina -

Le Pèlerin

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